LIVRE SIXIÈME
FÉden primitif, dans le paradis d'avant la chute, en réalisant l'unité, la fraternité, la communion. Enfin la tendance des Pharisiens était la vie de l'homme dans l'humanité, la continuation du lien des individus dans l'être collectif, l'unité et la multiplicité dans Adam : la résurrection fut la réalisation supposée de tous ces membres d'Adam qui avaient vécu d'une vie individuelle depuis le premier homme, mais séparés par des temps divers , et qui allaient vivre de nouveau réunis dans une même période de temps et dans un même lieu , d'une vie à la fois individuelle et collective.
Ainsi l'impuissance de chacune des trois interprétations de Moïse prises séparément, et leur concours pour se fondre dans ime idée commune qui les reflétât toutes les trois, voilà, suivant nous, la raison de ce grand fait historique jusqu'ici inexpliqué, le Résurrectionisme^ ou l'opinion de la résurrection et du règne de Dieu sur la terre, qui devint une opinion régnante parmi les Juifs un peu avant l'époque de Jésus - Christ , et qui servit si puissamment à engendrer le Christianisme.
Vers le temps, en effet, où Jésus parut, l'idée de la résurrection^ ou de ce que l'on appelait le règne de Dieu sur la terre ^ ou simplement le règne j s'était répandue parmi les Juifs. Cette opinion effaça l'idée que soit les Pharisiens , soit les Esséiiiens, se faisaient de la vie future.
684 ^K l'humanit#.
Jésus eut tous les principes des Esséniens, et (ut résurrectioiiiste. S. Paul, élevé dans le Phariséisme, fiit également Tésurrectioniste.
Je vais expliquer aussi brièvement que je le j>ourrai comment se forma cette croyance à ce que l'on appelait la résurrection ou le règne.
On croit vulgairement et les plus savants répètent encore aujourd'hui (i) que l'opinion de la fin du' monde , ou de la consommation finale, suivie d'un avènement du règne de Dieu , avec séparation des bons et des mauvais , envoyés les uns dans le paradis , les autres dans l'enfer; on croit, dis-je, que cette opinion, qui précéda chez les Juifs la venue de Jésus-Christ, et qui servit de cortège à sa mission, est une idée sortie de la Perse. Que les
(i) Plusieurs explications récentes du Christianisme reposent en partie sur cette base. La Perse offre, en effet, une ressource fort commode , vu l'obscurité qui le couvre encore, pour ces sortes d*hypothèses où l'on fait sortir le Christianisme de toute autre chose que d'un développement métaphysique de Tesprit humain, survenu d'abord au sein du Mosaîsme, pour se répandre ensuite dans tout le monde romain et de là chez les Barbares. Dupuis , à la fin du dernier siècle , expliquait sans broncher toutes les religions par des analogies de forme. Comme il ne voyait dans' toutes qu'un bizarre composé d^erreurs et de meusonges superposés sur Tadoration de l'univers physique , il ne soupçonnait pas qu'elles pussent avoir un développement intrinsèque en rap|)ort avec une idée métaphysique. Les analogies extérieures les plus futiles lui servaient ainsi de fil conducteur. Il croyait sonder dans la profondeur, quand il ne faisait que glisser à ia surface. Son école se survit encore dans les systèmes récents dont je [Mirle.