LIVRE SIXIÈME
Perses aient eu des idées de ce genre relativement au triomphe définitif du bon principe Ormuzd sur le mauvais principe Ahriman , et que les Juifs, dans leur contact avec les Perses , aient pris quelque connaissance de ces idées, cela me paraît assez vraisemblable. Mais il n'en résulte aucunement que ropinion qui se produisit chez les Juifs vers le temps de Jésus-Christ fût persane, empruntée à la théologie de Zoroastre, ou à toute autre, étrangère pour ainsi dire aux Juifs, importée chez eux, et non pas née du développement de leurs propres doctrines.
C'est une grande erreur, d'abord , que de croire que cette opinion fut particulière à la Perse. L'idée de révolutions périodiques dans l'univers et de retours palingénésiques se retrouve chez toutes les nations de l'antiquité. N'avons-nous pas eu occasion précédemment de parler des supputations chaldéennes et indiennes sur les âges périodiques du monde ? N'avons-nous pas vu que la prétendue chronologie de la Genèse relativement à la durée du monde antédiluvien se rapporte précisément à ces suppositions de révolutions pério» diques dans l'univers ?
Ces idées de réi^olutions périodiques , comme nous avons déjà essayé de le montrer , avaient un fondement astronomique. 11 faut bien reconnaître en effet que, dès la plus haute antiquité, la période
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de six cents ans, qui ramène le soleil et la lune aui mêmes points du ciel, fut connue. Non seulement Bérose s'en sert, comme d'un cycle astronomique qui existait de temps immémorial chez les Chai* déens ; mais nous pouvons dire aujourd'hui que la très haute antiquité de cette période est attestée et par la Genèse de Moïse et par l'un des plus anciens livres de l'Inde, le Dharma-Sastra de Manou. N'avons-nous pas prouvé, en effet, que les fameuses périodes indiennes^ de même que les périodes chaldéennes ^ de même enfin que le calcul donné par Moïse, ou ce qu'on nomme Vâge du monde avant IV oé et Y âge des patriarches ^ ont pour fondement commun cette période astronomique de six cents ans appelée Néros par les Chaldéens , et que Josèphe désigne sous le nom de grande année ( i ). Il faut donc attribuer au hasard le rapport évident et certain qui existe entre toutes ces supputations de l'antique philosophie numérique chez les différents peuples, ou bien encore il faut nier l'antiquité du livre de Manou et de la Genèse^ si l'on ne veut pas reconnaître que, dès la plus haute antiquité, ce cycle de six
(i) Josèphe ( Antiq., liv. III , c. 3) , parlant des patriarches , dit que leur longue existence entrait dans les vues de Dieu sur rhumanité; car, ajoute-t-il , « ils n*auraient pu , sans cela , connaître avec silreté le mou- « vement des astres, s'ils avaient vécu moins de six cents ans^ attendu « que c'est en cet espace de temps que s'accomplit la grande année
« ( Ô ILt-^OLi EViaUTOç). >»
iiècles marquant le retour du soleil et de la lune ïux mêmes points du ciel par rapport aux étoiles fixes était connu.
Mais, indépendamment des traditions chaldéennes de Bérose, de la Genèse de Moïse, et du Dharma-Sastra de Manou , nous avons une autre preuve de l'antiquité de ce cycle dans la semaine j ou dans ce septième jour, ce jour de repos, consacré à Saturne dans les antiques religions qui se rapportaient au culte de Saturne , et consacré à Téhovah dans la religion de Moïse. Car la semaine n'est pas seulement une division du mois en jours; l'idée de périodicité^ de rétablissement^ de palingénésie y en un mot l'idée d'un retour périodique est fortement empreinte dans cette semaine composée de six jours suivis d'un jour de repos ^ ou de ce que Moïse appelle un Sabbat? Nous allons voir tout à l'heure l'immense influence de cette idée d'un retour périodique après six jours ou en général six époques.
D'où venait aux anciens cette connaissance si précise d'un fait astronomique qui avait dû exiger bien des recherches (i)? Faut-il expliquer cette
(i) « L'illastre Jean-Dominique Cassini, dit le savant Goguet {De • T Origine des Lois , etc., Appendice) , est, je crois, le premier qui ait " aperçu le mérite du néros. C*est , au jugement de ce grand astronome , « ime des plus belles périodes que Ton ait encore inventées. Il eu résulte « que les années solaires des Cbaldéens étaient chacune de 355 jours " 5 heures 5 1 minutes et 36 secondes. Cette période nous fait connaître
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découverte par la prodigieuse antiquité que les Chaldéens s'attribuaient ? A les entendre, ils subsistaient en corps de nation depuis quarante-sqit mille ans quand vint Alexandre^ et ils étudiaient le ciel depuis un nombre considérable de siècles? Faut-il croire que j de même que les langues et une multitude de notions fondamentales^ ce fut un legs fait à notre humanité par cette humanité primitive à l'existence- de laquelle toutes les découvertes des érudits viennent aboutir? Peu nous importe ici cette question des origines. Ce qui est certain, c'est que l'idée de retour périodique après im temps écoulé , soit dans les phénomènes généraux du ciel, soit dans les choses terrestres , était une idée dominante dès la plus haute antiquité. Bien des siècles après cette haute antiquité dont nous parlons en ce moment j les astronomes de l'antiquité moyenne, les Méton, les Eudoxe, les Ptolémée, s'occupaient encore du calcul de ces
«• encore que les astronomes de Chaldée avaient déterminé, à une seconde «< près , la durée du mois limaire , aussi exactement que les astronomes « modernes ont pu le faire. En effet , 600 années de 365 jours 5 heures « 5 1 minutes et 36 secondes font 7421 mois lunaires, dont chacun est de « 2 9 jours 12 heures 44 minutes 3 secondes moins 7 tierces et 18 quartes. « On doit donc regarder les a 1 9, 1 46 jours, ou, ce qui revient au même, les « 7200 mois solaires , qui forment la période en question , comme équi* « valant précisément à 742 1 mois lunaires. Or c'ei>t à cet espace de temps « qu'on peut fixer l'époque du retour du soleil et de la lune aux méoies « points du ciel. En un mot, lenéros des Chaldéens était , par rapport aux « mois solaires et aux mois lunaires , exactement ce qu*esl la période viem torienne par rapport au nombre d*or et au cycle solaire, »