LIVRE SIXIÈME
périodes de rétablissement j de ces âges du monde ^ de ces grandes années^ comme on les appelait. Ainsi ils imaginèrent de chercher .à quel retour périodique non seulement le soleil et la lune , mais encore les planètes , devaient se retrouver précisément aux mêmes points du ciel. C'est là une autre période dont il est souvent question dans les écrivains grecs et latins. Cicéron , Servius , Macrobe , nous apprennent que la durée de cette période, après avoir fort occupé les mathématiciens , était restée un problème (i).
Mais quand les savants de l'antiquité moyenne se livraient à ces recherches exactes, il y avait bien des siècles que, s' emparant de cette simple donnée du cycle de six cents ans, l'imagination des anciens avait rêvé une sorte d'astrologie judiciaire ou de science cosmologique, s'étendant à l'œuvre de Dieu tout entière, ciel et terre. L'idée de périodi-
(i) Cicéron dit que la valeur de cette grande année , cherchée par les mathématiciens et les astronomes , était une question longuement controversée : « Quarum [stellamm erranilum) ex disparibus moiibus magm num annum mathematici nominaverunt : qui tune efîGcitur cum solis et « lunœ et quinque errantium ad eamdem inter se comparationem , cou- « fectis omnium spatiis, est facta couversio. Quœ quam longa sit, magna « qu»stio est; esse vero certam et defînilam necesse esf. » {De Nat. Deor. , lib. If , c. 20.) Macrobe donne à cette période quinze mille ans : •< Mundani ergo anni finis est , cum stellse omnes omniaque sidéra certo « locu ad eumdem locum ita remeaverint , ut ne una quidem cœli Stella • in alio loco sit quam in quo fuit cum omnes aliœ ex eo loco mots sunt ad « quem revers» anno suo finem dedere. Hoc autem , ut physici volunt ,
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citéj de rétablissement y de retour, de résurrection de toutes choses, était Tidée principale et caractéristique de cette astrologie. Le monde , comme le phœnix, ne devait finir que pour r^iaitre. De même que le soleil et la lune revenaient, après six siècles, aux mêmes points du ciel; de même, après certaines périodes calculées sur celle-là, le monde devait recommencer une nouveUe vie. Ce que Ton appelle la fin du monde, ou la consommation finale , suivie de résurrection , ou , comme disaient les Apôtres de Jésus, d*une palingénésie générale j d'un rafraîchissement xxràNer^^ sous les auspices d'un roi ou d'un messie ^ d'un prophète ou d'un type envoyé par Dieu à cet effet , est une dérivation de l'antique cosmologie dont nous parlons.
« post auDorum quindecim millia peracla cODlingit. •• [De Somn. Scipionis^ lib. II ). Servius, après avoir cité un passage de Cicéroo , tiré du livre aujourd'hui perdu qui avait pour titre Hortensias , et où cette révolution du soleil et des planètes est estimée à plus de douze mille ans , ajoute que les savants , et Cicéron lui-même , ont varié là-dessus : « De quo varia « et a Metone , et ab Eudoxo , et a Ptolemaeo , et ab ipso Tullio. Nam in - libris de Deorum natura , tria millia annorum dicit magnum annum te- X nere.M {Mneid., lib. III.) On ne retrouve pas aujourd'hui dans le traité De la nature des Dieux le passage dont veut parler Servius. Dans le dialogue De Causis corruptœ Eloquentiœ, attribué par les uns à Cicéron, par d'autres à Tacite ou à Quinlilien , la grande année est estimée i douze mille huit cent cinquante-quatre ans. Il y a encore dans les anciens plusieurs autres estimations très-diverses de cette période. On peut en voir le détail dans Censorin , De Die natali, c. 18.