LIVRE SIXIKME. Gc)I
On ne se fait pas une idée juste de l'iuiportance et de l'étendue que cette idée de retours périodiques dans l'univers prit chez tous les anciens peuples sans exception. Comment n'aurait-elle pas produit de plus grands résultats encore chez les Juifs, dont toutes les institutions reposent sur le Sabbat, et sur les autres formes dans lesquelles Moïse a marqué cette idée de rénovation, de rétablissement, de palingénésie, en l'unissant aux idées de repos, de liberté, de charité mutuelle, et de communion! Otez aux institutions de Moïse ces retours périodiques appelés Sabbat et Jubilé^ tout l'esprit de ces institutions disparaît. Otez à la Genèse la création en six jours et le repos de Dieu au septième, la profonde théologie de l'immanence de Dieu dans les créatures s'évanouit. Otez ce septième jour que Dieu s'est consacré, s'est réservé , et dont il est si jaloux dans le Deutéronome et dans le Léi>itiquej et la législation juive n'a plus de base solide. Chez aucun peuple, donc, cette idée de retours périodiques et divins ne fut plus fortement imprimée dans la science, dans les mœurs , dans la loi , dans tout ce qui constitue l'homme. Encore une fois, c'était chez un tel peuple, et dans le développement naturel du Mosaïsme, que cette idée devait produire ses plus étonnants résultats.
Mais d'ailleurs elle était partout cette idée. Au
ligi DE l'humanité.
temps où parut Jésus, à l'époque où le germe préconçu d'un règne messiaquc se développa si largement, l'idée que ce règne représentait était depuis longtemps répandue chez les philosophes des Gentils. Quelques-uns avaient même poussé cette idée à la plus étrange conséquence. Ils ne se contentaient pas de croire, comme les Indiens, par exemple, que le monde avait des phases de développement et de destruction, suivies de renaissance; ils voulaient que la plus parfaite similitude ou plutôt une identité complète existât entre les phénomènes qui se produisaient à ces époques périodiques. Suivant eux, ce qui s'était passé dans un moment de la durée se reproduisait identiquement dans une multitude d'autres. Ils s'imaginaient donc qu'à la fin de ce qu'ils nommaient la grande année périodique le monde se renouvelait, et recommençait à exister en la même forme et de la même manière qu'il avait fait précédemment. Les mêmes hommes qui avaient autrefois habité la terre renaissaient, et vivaient de nouveau d'une vie pareille à celle qu'ils avaient déjà menée. Les mêmes événements qui s'étaient passés dans le cours de la grande année précédente arrivaient dans celle qui suivait. Enfin, pendant toute l'éternité, toutes les années périodiques se ressemblaient, et n'étaient, pour ainsi dire, que des répétitions les unes des autres. On trouve des traces