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Quoi qu'il en soit, au surplus, de l'origine même de cette hypothèse que le monde devait finir par le feu, ce qui est certain, c'est qu'au temps de Jésus elle était aussi connue en Occident qu'en Orient. Elle était, dis-je, si répandue, qu'il n'y a presque pas un poète latin chez qui on ne la rencontre. Ovide, au début de ses Métamorphoses^ s'écrie : ce II est marqué dans le livre du Destin qu'un «jour viendra où la mer, la terre, et le ciel, s'em- « braseront, et où la machine du monde sera ren- « versée (i). » Lucain se plaît à décrire en déclamateur la lutte des astres entre eux, leur chute commune dans la mer, la discorde des éléments, et le chaos qui suivra {i) ; ailleurs il menace les hommes
(i) Esse qiioque in fatis reminiscitur , affore temptis
Quo mare , quo tellus » correp laque regia cœli Ardeat , et mundi moles operosa laboret.
( Métamorph,^ lib. I.)
(a) Cum compage soliita
Saecula tôt mundi suprema coegerit hora , Antiquum répètent iterum chaos omnia. Mixtis Sidera sideribus concurrent; ignea ponium Astra pètent ; tellus extendere littora nolet , Excutietque fretum ; fratri contraria Phœbe Ibit , et , obliquum bigas agitare per orbem Indignata , diem poscet sibi ; totaque discors Machina divulsi turbabit fœdera mundi.
{Bell. Civil. ,\ih.l.)
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du feu qui doit consumer toutes choses (i). Stace et Properce ouf aussi parlé de la ruine de Funiven; mais on ne sait s'ils lont entendue à la manière d'Ëpicure et de Lucrèce, ou suivant le système des Stoïciens.
Ce qui chez d'autres peuples, tels que les Grecs et les Romains, n'était qu'une opinion des écoles, des lettrés, des poètes, des savants, et n'avait qu'un rapport fort indirect avec les mœurs , les lois , la vie civile , la politique , la religion , prit chez les Juifs un tout autre caractère. La religion des Hébreux avait été précisément faite d'après l'antique astrologie dont cette opinion de la fin et de la résurrection du monde était un reflet et une émanation. L'idée palingénésiqtie était synthétiquement empreinte dans toutes les institutions de ce peuple. Les Juifs croyaient que Dieu avait fait le monde en six jours , et s'était reposé au septième. Ils croyaient que Dieu s'était réservé le septième jour de la semaine, la septième année, et le carré de cette septième année. C'étaient là les Sabbats et les Jubilés de Dieu, comme Moïse le
( i) Hos t Caesar « populos si nunc non ii^serit ignis ,
Urel cum lerris , uret eu m gurgite ponti. ComniuDis mundo superest rogus , ossibus astra Misturus.
{BeU. ap//.,lib. Vif.)
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leur répète si souvent. A ces Sabbats, à ces Jubilés de Dieu , Moïse avait rattaché la morale , la liberté 9 l'égalité, la fraternité, la religion enfin. Le Sabbat sous ses différentes formes, expression positive de l'idée de palingénesie ^ était, si je puis ainsi parler, le sacrement caractéristique des Hébreux. Que devait-il donc arriver lorsque les idées de palingénésie relativement à l'univers entier , qui fermentaient chez tous les peuples, après avoir pris naissance dans l'astrologie même dont le Mosaïsme était empreint, viendraient à agiter les enfants de Moïse; quand le fleuve, pour ainsi dire, remonterait à sa source ; quand ce peuple, si préparé à croire à Xà. palingénésie qu'il y croyait dans tous ses actes les plus religieux , viendrait à s'éprendre de cette idée d'une rénovation universelle, d'une y?n et d'une résurrection du monde?
Il devait arriver ce qui est arrivé en effet, une époque messiaque. Il devait arriver que l'idée , si bien et si universellement préparée , d'une fin prochaine du monde suivie d'une résurrection, s'emparerait d'un certain nombre de ces fils de Moïse, et que cette manière de concevoir la vie fiiture ferait pâlir les croyances incertaines que les trois sectes juives s'étaient faites jusque-là de cette vie future. L'athéisme froid et antisocial des Saducéens ne pourrait se soutenir, au sein du Mosaïsme, contre l'enthousiasme pour une cité nou- I. 4S
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velle où toutes les idées de la terre s'uniraient à toutes les espérances du ciel ; le Pliariséisme en serait ébranlé , échauffé, transformé ; et FEssénianisme viendrait s y rattacher et s y £andre. C'est en effet ce qui arriva: le Christianisme, à son origine, n est pas autre chose que cette syndièse.
Je vais le prouver par des fisiits et des témoignages. Je prie le lecteur de ne pas reculer encore ici devant quelques détails d'érudition. Je ne sache pas d'autre route pour arriver à des idées claires sur des points obscurcis par tant de préjugés.
Chacun convient , sans difficulté, que les Juifs, avant la venue de Jésus, attendaient le Messie. Mais on ne se fait pas une idée exacte de ce qu'ils imaginaient par ce Messie. Au fond , c'était une éf/oçue sabbatique ou mefj/â^i/e qu'ils attmdaient, et non pas seulement un Messie. L'idée d'un roi qui viendrait les saut^er n' éiaât que la forme secondaire de leur pensée. Ce qu'ils attendaient, c'était Isijin du monde et le renouvellement du monde. Leur attente du Messie était fondée sur l'antique doctrine des âges périodiques du monde.
Voulez-vous connaître leur croyance dans sa forme originelle et dans sa véritable étendue? La voici nettement formulée dans l'Épître attribuée à S. Barnabe , l'un des compagnons de S. Paul , et disciple comme lui de Gamaliel : « Remarquez « bien , mes fil^, ce que dit Moïse: Dieu acheva