‹ De l'humanité, de son principe, et de son avenir, où se trouve exposée la vrais définition de la religion et où l'on explique le sens, la suite et l'enchaînement du mosaisme et du christianisme. [Première partie] (volume 3)Chapitre 16 sur 31 · IT · texte numérisé non relu

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Mais il &iit que je prévienne quelqties objeetions, que l'on ne manquera pas de me faire.

Première olyectian. On me demandera comment Jésus a pu enseigner à la fois la doctrine de la vie éternelle dans rhnmanité et la palingénéme miraculeuse. On prétendra que ces deux doctrines se détruisent mutuellement , et sont inconciliables. Si Jésus , me dira-*t«on ^ a conçu la vie future comme le développement continu de l'humanité et de chaque homme dana l'immanité et par elle^ il n'a pas dû croire à lin miracle palingénésique qui arrêterait ce développement.

Et si 5 au contraire, ce miracle palingénésique a saisi son esprit au point qu'il se crût et se dît le Messie envoyé pour ce miracle 5 oomment a-t-il pu professer la doctrine de la vie éternelle dans l'humanité ?

Je réponds très nettement : Jésus n'avait pas d'autre ddctrine que la doctrine de la vie éternelle dans l'humanité une et indivisible. Et pourtant il a cru à une fin et à une résurrection prochaines du monde. II a cru à la palingénésie, et y a fait croine tou3 les Chrétiens pendant dix-huit siècles. En un mot, il s'est trompé, il a commis une erreur; et il a entraîné le monde après lui dans cette erreur.

Et qui pourrait me dire, en effet, qu'il ne s'est pas trompé, puisqu'il est constant qu'en vingt passages de l'Évangile , dont le sens n'est pas et ne peut pas être controversé , il annonce positivement comme très prochaine cette venue du règne de Dieu , qui ne s'est pas accomplie I

Il reste à voir jusqu'à quel point cette erreur était inconciliable avec la doctrine de la vie éternelle dans l'humanité, et aussi jusqu'à quel point c'était une erreur ; j'entends si l'idée, bien que fausse, était essentiellement fausse, ou si elle n'était fausse que dans sa forme.

La doctrine de la vie éternelle en Dieu un et par Thumanité une n'était pas absolument inconciliable avec l'idée d'une nouvelle genèse ou d'une palingénésie à la fois psy* chique, politique ^ et cosmique. Moïse et les Prophètes avaient cette même docti*ine de la vie étemelle en Dieu un et par l'humanité une ; et pourtant Moïse et les Prophètes passaient pour avoir annoncé une époque messiaque. Pourquoi Jésus y nourri de Moïse et des Prophètes , n'aurait-il pas cru ce que croyait toute sa nation , d'après Moïse et les Prophètes?

Nous qui croyons aujourd'hui au progrès , ne croyonsnous pas à des crises dans ce progrès, à des crises de révolution et de rénovation? Quelques-uns ne parlent-ils pas maintenant la même langue que l'Évangile, disant que le monde présent est en poussière , est retombé dans le chaos, et appelant à grands cris ce qu'ils nomment une résurrec^ tion, une palingénésie ? Il est vrai que pa r cette palingénésie ils n'entendent pas un miracle. Venus après le Christianisme, et à la fin du Christianisme, ils prennent ce mot dans un sens purement spirituel. Et pourtant on en pourrait citer qui ont poussé l'ardeur de leur idée jusqu'à croire à une révolution physique, à une rénovation de l'univers, qui accompagnerait cette révolution humaine, cette réno* vation sociale (1).

Or supposez un partisan de ce que l'on appelle aujourd'hui dans beaucoup de livres palingénésie sociale^ qui croie à la tt*ès prochaine réalisation , par une sorte de miracle, de cette palingénésie; trouveriez-vous contradictoire que cet homme prêchât à la fois cette palingénésie sociale et cette révolution miraculeuse?

(1) Charles Fonrier, par exemple.

Jésus était-il inconséquent au premier chef^ parce que^ croyant à Adam , c'est-à-dire à l'humanité , il croyait que , par lui Jésus^ et en raison même de la doctrine qui échauffait son cœur 9 Dieu pourrait faire un miracle de résurrection pour cette humanité , pour tous ces fils d'Adam compris en Adam? Mais quoi! je le demande^ ne l'a-t-il pas opéré, en effet 5 jusqu'à un certain point , ce miracle , quoique d'une façon toute différente de celle que lui, ses disciples, et les Juifs en général, avaient imaginée?

Que Jésus se soit cru envoyé, comme il le dit, et consacré par Dieu même, non seulement pour enseigner la doctrine de vie, mais pour présider à ce miracle du grand Sabbat palingénésique des astrologues et des Prophètes, cela n'a rien qui puisse nous surprendre. Extatique , ainsi que l'Évangile l'atteste de la façon la plus positive en vingt endroits , n'a-t-il pas dû trouver la borne de son idée et de ses facultés dans la forme que ces facultés mêmes donnaient à cette idée, c'est-à-dire dans l'extase, et errer par conséquent comme ont être avant lui le plus grand nombre des révélateurs de l'Orient, les prophètes juifs, Pythagore, Socrate, et comme après lui S. Paul et S. Jean, les Apôtres en général , presque tous les saints, Mahomet, Jeanne d'Arc, Jacob Bœhme, Swédemborg, et une multitude d'autres que je pourrais citer ?

L'enthousiasme d'une partie du peuple pour Jésus, les cures merveilleuses qu'il opérait par suite de cet enthousiasme , «n'ont-ils pas dû lui faire croire que Dieu l'avait prédestiné pour un miracle? Quel grand homme n'a pas compté un peu trop sur son étoile?

La Providence divine est infiniment plus grande que les hommes les plus divins; et, pour être abreuvé de Dieu,

Jésus était homme. U s'est donc trompé sur la forme que devait avoir la palingéuésie. Mais son erreur n'est pas une ën'eur absolue; et si cette erreur a été nécessaire, il faut absoudre cette erreur^ et nous nourrir de la vérité que cachait cette vision trompeuse.

Pourquoi Pythagore, qui au fond avait pour doctrine la vie éternelle dans l'humanité , a-t-il paru enseigner l'erreur de la métempsychose confuse et indéterminée ? Nous l'avons vu. C'est que l'idée divine de la perfectibilité n'étant, pas encore assez clairement révélée au sein de l'esprit humain y les Pythagoriciens ne savaient justifier la Providence qu'avec cette fausse hypothèse : Sans la métempsychose, s'écriait Hiéroclès, comment justifier les voies de la Providence (1) !

Et si Jésus, qui, lui aussi, avait au fond pour doctrine la vie étemelle dans l'humanité, a cru à la palingénésie miraculeuse, ou a passé pour y croire, n'est-ce pas également parce que l'esiprit humain avait encore besoin de cette autre fausse hypothèse pour justifier les voies de la Providence? L'erreur de Jésus a été nécessaire.

Deuxième objection. La seconde objection que Ton peut me faire consiste à m'opposer à moi-^même , et à combattre mon interprétation du Christianisme par la critique que j'ai faite;^précédemment de ce Christianisme.

J'ai dit, en efiet, dans le commencement de cet ouvrage, que « le Christianisme n'avait pas démontré son, principe d^ nia charité, et ne l'avait pas nettement rapporté à la véril^é » métaphysique qni en est la source. » J'ai dit que « l'Eu- »charistie était restée un mystère; 9 que «lé lien qui,.>au »sein du Christianisme, unissait le principe morbide* la •

(1) Voy. oe qui a été dit précédemment, Tradition, ch* >;

» charité aa sacrement de l'Eucharistie 5 avait été voilé pour » les Chrétiens ; » et qu'ainsi , « bien qu'inspirée par la loi » de la vie , la charité du Christianisme ne répondait pas à 9 cette loi ^ et n'en était pas le reflet fidèle. » De là les défauts que j'ai relevés dans cette charité (1). Il semble 5 au premier coup-d'œil f que je viens de donner moi-même un démenti à ces assertions ; car je viens de prouver que la pensée métaphysique de la vie éternelle dans l'humanité est positivement énoncée dans l'Évangile.

Suis-je réellement en contradiction? Non. Car cette pensée , bien qu'étant certainement exprimée dans l'Évangile , y est exprimée sous des voiles , cachée sous la forme erronée que prit le Christianisme , et obscurcie par cette forme 5 à tel point qu'il a fallu que cette forme- fût anéantie comme elle l'est aujourd'hui ^ pour que nos yeux pussent découvrir nettement la pensée profonde de l'Évangile^ la mettre en relief ^ l'expliciter comme je viens de faire , trouver en elle le point lumineux du tableau divin , tandis que nos devanciers 5 éblouis par de fausses clartés, laissaient ce point dans l'ombre , et voir la lumière précisément là où ils ne voyaient que ténèbres*

Troisième objection. Enfin si , comme je m'y attends , on élève cette troisième objection : Que j'explique tout antre-^ ment qu'on ne le fait un grand nombre de passages de la Genèse et de V Evangile ^ et qu'il est bien étrange que les Chrétiens qui, depuis dix-huit siècles, ont tant feuilleté ces livres et médité sur eux, n'aient pas aperçu le sens que je leur donne, je répondrai <iue je pourrais, au besoin, m*appuyer d'une tradition ;

(i) Voy. Doctrine, livre IV, ch. 2 et suiv.

Qu'apparemment et rArianisme^ et le Socinianisme ^ et le Protestantisme 5 et la Philosophie, n'ont pas en vain para sur la terre ;

Que, vu les progrès du monde, nous sommes, de droit et de fait, juges de ces livres qui nous sont échus, et conscients par conséquent de la doctrine qui s'y trouve ;

Que les grands livres, les livres vraihient inspirés, sont comme la nature, où les générations nouvelles, à mesure qu'elles naissent à la vie , découvrent des vérités qui avaient échappé à leurs devanciers.

Enfin je répondrai par cette phrase que j'ai écrite ailleurs avec toute la conviction de nm conscience : « Le fond de la «religion est éternel; car c'est la connaissance subjective »que nous avons de la Vie qui est ce fond. Hais la mani- » festation objective qui en résulte est variable et changeante » suivant les progrès de notre connaissance (1). »

(1) Art ChrUtiamsnu de VEneffelapédU Nouvelle, J Que (a religion est à la fois ^permanente et progressive.

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