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18 DE L'HEMANITÉ.
Qaelle était donc cette indicaticm que Leissmg rapportait & te êSt-hvtii^me siècle ^î avait ententhi retentir Foracïe r Les éieutûès^en v&nt?
«Lesshig'^ Ht madame de Staet {!), soutient^ dans son Tt Essai' sur Péducatien du genre humain, que les recela-^ niions reltffieuses ont toujours été proportionnées aux lin itmiéres" qui existaient à tépoque oii ces révélations ont « paru. E^Aneîen Testament^ FÉvangile, fet, sot» plusteur? w rappeiPt» ht R^rmation^ étaient^ selon leur t^nps^ parfai- » teméttt en karmonie avee le progrès des esprits ; et peut* wê^pe, suivant M, sommes-nous à la teille d^nn d^Srelop^ » pement Ai Christianisme qui rassemblera dàns^ un même » foyer tous les rayons épars^ et qui nous fera trouver dans la > religion plus que la morale^ plus que le bonheur^ plus que » b phflofK^hie^ plus que le sentiment méme^ puisque eba- >cun de ees biens sera multrplié par sa réunion avec les y antres.» Cerésumédemadamede Staël n'est qu'une exprès* sien fbrt incorapiète du Hvre de Lessing. LMdée profonde de LessJDg est précisément celle que nous soutenons dans tmn eet ouvrage , savoir que « le genre humain est un être col-* teclif; animé d'une vie propre, et dont Dieu fhit l'éducation. » Et, au-dessous, et plus profondément enccM^e, on trouve dans Lessing cette autre idée dont nous sommes occupés à fimmir la démonstration en ce moment, savoir que «cHoîse a eu raison de ne pas enseigner aux Juifis l'immortalité de f âme , telle que les payens l'ont en général comprise , telle que le Vulgaire Fa acceptée chez tant de peuples, et teHe qu'on la conçoit ordinairement aujourd'hui ; car Fimmortalité, ainsi comprise, est une erreur et une chimère. » En-
(i) De i* Allemagne, partie IV» chap. 1.
fin r au-dessous encore et plus profondément, se troHve aussi dans Lessing, la vérité fondamentale que nous proclamons, savoir que « rimmortalité des âmes humaines est indissohi-blement attachée au développement de notre espèce; que nous qui vivons sommes non seulement les fils et la posté-» rite de ceux qui ont déjà vécu , mais au fond et réeliemetit ces générations elles-Hiêmes, et que c'est ainsi, et unique^ ment ainsi , que nous vivrons toujours , et que nous sommes temortels. »
Toutes ces pensées, dis-je^ sont dans Lessing très-eipUcitement, bien qu'elles n'y soient ni développées ni démontrées. Lessing les sentit et ne les démontra pas ; il les com*^ prît plutôt par le cœur que par l'intelligence, lui pourtant si grand philosophe que beaucoup de juges en Allemagne, et des meilleurs, le déclarent le prince des penseurs modernes de cette Allemagne, sans excepter de la comparaison- ni Kant ni personne (1).
Mais n'anticipons pas sur ce qui trouvera phis loin sa place indiquée. Nous citerons textuellement et presque en entier le court chef-d'œuvre de Lessing : le lecteur pourra juger si son témoignage a la valeur que nous hii donnons. Bornons-nous ici à l'ei pKcation que Lessing a fournie de ce problème : «Pourquoi Moïse et toute l'Ancienne Loi n'ontils pas professé le dogme de la vie futui'e 7 »
Lessing répond : « Parce que le genre humain est progressif, parce que la religion est progressive , parce que la Révélation au sein de laquelle vit et se développe l'esprit humain est progressive. »
Pour expliquer cette progression ou ce développement
(1) Voy. De V Allemagne, par Henri Heyne.
successif de la vérité religieuse ou de la Révélation, en rap* port avec le développement naturel de rbumanité, Lessing commence par comparer la Révélation à une sorte d'éduca* tion y et pose ainsi son idée : « La Révélation est au genre » humain ce que l'éducation est à l'individu. L'éducation est » une révélation qui a lieu chez l'individu , et la Révélation » est une éducation qui a eu lieu et qui a lieu encore che^ le » genre humain (1). »
On sent ici^ dès le début, le théologien chrétien qui ne veut pas renoncer à une Révélation particulière, distincte du développement de la raison humaine. Mais qu'importe , puisque Lessing convient que Id Révélation, ainsi entendue par lui, n'est pas autre chose qu'un cas particulier de cette raison humaine, qu'elle n'est que cette raison plu^ éclairée, plus directement inspirée de Dieu. Partout oîi brille la raison. Dieu éclaire. Seulement, dans certains hommes, dans certains peuples , à certaines époques , la raison brille d'un plus grand éclat, c'est-à-dire que Dieu, voulant former le genre humain, éclaire davantage en certains points du genre humain. C'est ce que dit positivement Lessing, quand il ajoute : « L'éducation ne donne à l'homme rien qu'il ne pût » aussi bien avoir de lui-même; seulement elle le lui donne 9 plus vite et plus facilement Pareillement, la Révélation ne » donne au genre humain rien à quoi la raison humaine ne » piït parvenir aussiy abandonnée à elle-même; mais seule- » ment la Révélation a donné et donne plus tôt les choses » importantes (2). »
La religion, à une époque quelconque, n'est donc pas la vérité absolue, mais seulement la vérité relative, la vérité
(1) S 1 et 2.
(2) 8 4 et 5.
telle que les hommes à cette époque pouvaient la concevoir. Elle ne peut jamais être le mensonge ^ mais elle n'est pas toute la vérité ; elle contient en germe la vérité de l'avenir^ mais en germe seulement et comme à l'état d'enveloppe* ment Une condition essentielle, en effet, c'est que la reli* gion soit comprise, et, pour être comprise, qu'elle ne soit pas trop supérieure à ce genre humain qui l'accepte. De quelle utilité serait-elle à ce genre humain , je le demande 5 s'il n'y avait entre elle et ce genre humain aucune relation, aucun rapport, aucune harmonie? Cette vue si vraie et si raisonnable nous montre quel sentiment nous devons avoir aujourd'hui pour les religions du passé :^ « Pourquoi , dit » Lessing, ne pas mieux aimer considérer, dans toutes les » religions positives, la marche nécessaire de l'esprit humain » en tout temps et en tous lieux, dans le passé comme dans » l'avenir , que de prodiguer le sourire ou la colère à l'une 9 d'elles ? Rien, dans le meilleur des mondes, ne mériterait 1» notre dédain , notre haine, et les religions seules seraient » exceptées ! Dieu aurait une part dans tout, et il n'en aurait » pas dans nos erreurs (1) ! 9
Lessing pose donc comme indubitable que la Révélation, pourétre vraie, a dû être accommodée à la raison humaine, et que, comme cette raison est progressive, la Révélation a dû être également progressive : « De même que l'ordre » dans lequel l'éducation développe les facultés de l'homme » n'est pas indifférent, de même qu'elle ne peut pas donner à » l'homme tout à la fois , de même aussi Dieu a dû garder un » certain ordre, une certaine mesureAdJi&Xdi^éyéXdXiofk (2).»
On serait en droit de demander à Lessing, au nom même
(1) Préface.
de ces principes ^ d'embrasser^ dans une acception plus grande qu'il ne fait ensuite ^ ce mot de Révélation. On serait en droit de lui dire que la Révélation n'a pas dû se bor* ser à notre Occident; que notre monde occidental luinmême^ ^clos à une certaine époque > avait été ^couvé pour ainsi dir« ien germe dans une Révélation antérieure ; qu'il est venu k son moment, mais qu'il avait été précédé, préparé, amené $ •et qu'ainsi borner la Révélation à la tradition juive-chré- #enne, à Moïse et à Jésus, c'est resserrer infiniment soû •point de vue , après l'avoir si largement étendu. Mais n'oublions pas que Lessing est un théologien chrétien. C'est donc uniquement dans la tradition juive-chrélienne, dans les deux Alliances , dans Moïse et Jésus , que se montre à ses yeux le progrès religieux successif, le développement gradué de la Révélation ou de la vraie religion ; et voici confme il expose ce progrès :
« Quoique le premier homme eût été doté immédiatement » de l'idée d'un Dieu unique , cependant cette idée commu- » niquée, et non acquise , ne pouvait subsister longtemps » dans sa pureté. Dès que la raison humaine, abandonnée à » eHe^mème, se mit à l'élaborer, elle morcela l'Être unique, » immense ; et, i»ltts à même d^en mesurer les parties, elle » leur doiina à chacune un signe distinctif.
» Telle est l'origine natarelle du Polythéisme et de l'ido- » latrie. Et qui sait combien de miHions d'années la raison » humaine aurait tourné dans cette fausse voie , malgré les » hommes isolés qui , partout et en tous temps, reconnurent » que c'était une fausse voie, s'il n'avait pas plu à Dieu de y^ donner à l'homme, par une nouvelle impulsion, une di- » rection meilleure !
» Mais ne pouvant et ne voulant plus se révéler à chaque
TiRADiTION. M
j> bofflme «n particulier^ 41 se ebpi^t un peuple .particulier » pour en faire réducation spéciale ^ et ji^teiiMUii .le peuple 9 le idusgros&ier , le plu» abruti^ afia de .pouwif ht recorm- » weMer qomplètjeiiient
» Tel .était le peuple igrai^îte. On «e saîtf a$ qttdfitsûitMH » ^ulte en Ëg]9>ie. Certes » Ae$ esclaves iai»sî méprisés ne » participaieBt pas au culte des^^piiens.; et^t^uaikt^au Qieu » de Jei^rs pèr^, ils en avaient totalemem: perdu la leosnais* » sançe.
» Peut-^étre les Égsfptiens avaientHis inles^âifç ^pressBuient » aux Juifs teut Dieu» unique <^ui^n, en lesplongesHitdiuis » la croyanoe que 4a nation juive a'avait ni un m plusieurs p dieux 9 la faculté d'avoir un ou jdusieurs dieux «étant le pri^ » vilége exclusif d'hommes plus dignes, tels que les Égijfp^ » tiens ; et cela pour donner iplus d'apparence de j^ustice k la j» tyrannie qui pesait sur ces malbeureiii:. La cowliiite des » chrétiens envers leurs esclaves esl-^elle aiij^iftrd'bui encore j» bien éloignée de celle-*là?
» Dieu se fit annoncer d'abord à ce peuple faroudie seu*-"^ » lemeat comme le IMeu de ses .pères» voulant umquaifeent» 4» pour commencer, lui apprendre et lui rendre famiBàre » cette Jdée » que lui aussi avait un Bien protecteur.
ji Immédiatement après. Dieu , ipar les miracles qui tiiÊ«* » rent les Juifs d'Egypte et les établirent dans Ghanaan, se » témoigna comme un Dieu pli£s puissant qu'aucun autre.
» £t, en continuant à se témoigner le plus puissant de tous » les dieux (mérite qui ne peut appartenir qu'à un seol)^ 9 il habitua inaensibl^mmt les Juifs à Tidée d'un Bien • unique.
» Mais combien cette idée n'était^ elle pas encore infé^ »rieure à la véritaèk notion trameendantale.de f Unité,
24 DE L'HDMANITÉ.
que la raison conçut si tard, et gui ne peut être déduite avec certitude que de l'idée de l'infini!
9 Le peuple juif ^ cependant 5 était loin de pouvoir s'élever à la vraie conception de l'unité , quoique les hommes supérieurs de la nation s'en fussent plus ou moins approchés ; et c'était la vraie ^ la seule cause pour laquelle les Juifs abandonnaient si souvent leur Dieu unique , croyant trouver le Dieu unique ^ c'est-à-dire le Dieu le plus puissant, dans le premier dieu venu d'un autre peuple. » Mais un peuple si grossier, si inhabile aux idées abstraites , si complètement en état d'enfance , quelle éducation morale pouvait-on lui donner? Aucune, que celle qui convient à l'enfance : l'éducation par les châtiments et les récompenses immédiates et matérielles. » Ici encore nous voyons l'éducation et la Révélation se rencontrer. Dieu ne pouvait donner à son peuple une religion, une loi, sans attacher à l'observation ou à la non-observation de cette loi l'espoir ou la crainte du bonheur ou du malheur dans ce monde. Car les regards des Juifs ne s'étendaient pas encore au-delà de cette vie; ils ne savaient rien de l'immortalité de l'âme, et ne désiraient point de Die future. Leur révéler ces choses , lorsque leur raison était encore si fort en arrière, n'eût-ce pas été, de la part de Dieu, faire la faute d'un pédagogue van;teux, qui aime mieux excéder les forces de son élève, pour en faire parade , que de l'instruire d'une manière solide?
« Mais à quoi bon , demandera-t-on , faire l'éducation d'un peuple si grossier, d'un peuple que Dieu était obligé de recommencer si complètement? Je réponds : Afin de » pouvoir, dans la suite des temps, employer d'autant plus
» sûrement des membres isolés de ce peaple à faire Tédu- > cation de tous les autres peuples; Dieu éleva dans ce » peuple les futurs instituteurs de Phùirumité. Ce furent 9 en effet des Juifs qui continuèrent en grand l'éducation » des autres hommes^ et ce ne pouvaient être que des Juifs^ .» des hommes pris au sein d'un peuple ainsi élevé.
« Reprenant notre comparaison : Tenfant grandit au mi- » lieu des coups et des caresses ^ et, venu à Tâge de raison, 9 il est forcé de quitter tout d'un coup la demeure de ison » père. Alors il apprécie aussi tout d'un coup les douceurs ' qu'il avait goûtées et méconnues dans la maison pater- » nelle.
» Pendant que Dieu faisait passer son peuple par tous les » degrés de l'éducation de l'enfance , les autres peuples de » la terre avaient marché à la lumière de la raison. La ^ Y majeure partie était restée fort en arrière du peuple élu $ » quelques uns seulement l'avaient devancé. C'est aussi ce > qui a lieu chez les enfants qu'on abandonne à leurs pro- » près forces : la plupart restent tout-à-fait grossiers , quel- » ques uns se forment même jusqu'à étonner.
«Mais, de même que ce petit nombre plus favorisé ne 9 prouve rien contre l'utilité et la nécessité de l'éducation, » de même le peu de nations païennes qui semblaient avoir » pris l'avance sur le peuple d'élite , même dans la con- » naissance de Dieu , ne prouve rien contre la Révélation. » L'enfant de l'éducation commence à pas lents , mais sûrs ; V il rattrape tardivement maint enfant de la nature plus 9 heureusement organisé que lui. Mais cependant il le rat-^, » trape , et sans que ce dernier puisse jamais à son tour 9 le rattraper.
9 Pareillement encore, et en mettant de côté le dogme
26 DE L'IUMANITÉ.
■» de Vjmité de &iea» qui se trouve et ne se trouve pas 4aiis • les livres de T Ancien Testament, il n'y a rien à conclure 9».cootre l'oTigine diîi^ine de ces livres de ce que le dogmfi pde fmmtari-aUié de l'âme, et celui qtùs'y rattmhe, des p peines et des récompenses futures, y sont enturement » passés sons nilence. Il n'y a là rien qui empêche les miracles ji ^ les prophéties dé l'Ancien Testament 4'être très-^uthen- » tiques. Mettons en effet que ces dogmes , non seulement »y ^ent omîs> mais encore qu'ils soient dépourvus de » vérité ; mettons que dans cette vie tout fût réellement fini j» pour l'homme^ l'existence de Dieu en serait-elle moins p prouvée? En serait-il moins permis à Dieu et lui siérait- » 11 moins bien de s'intéresser en personne au sort temporel »d'un peuple quelconque pris au sein de cette race péris- » sable? Les miracles que Dieu fit pour les Juifs, les pro- » phétîes qu'il les chargea d'écrire, n'étaient pas seulement » destinés au petit nombre des mortels juifs qui en furent j» contemporains : Dieu avait en vue touH le peuple jvif^ j» tmite Churmmté, dont la durée sur la terre sera peutr » être éternelle^ ç^and bien même chaque Jutf, chaque » h&mme en particulier^ mourrait pour toujours. Encore p uiie fm&j l'absence de -ces dogmes dans les écrits de l'An- « «ien Testament ne prouve rien conti*e leur divinité. Moïse 4» était -envoyé de Dieu, quoique la sanction de sa loi ne p s* étendit qu* à cette vie. Et pourquoi se serait-elle étendue ».^U*d€dià? Il n'était envoyé qu'au peuple Israélite, ^u'izu » peuple Israélite d'alors, et sa mission était parfaitement j» e9 ra^ort avec les connaissances » le^ capacités, les pen^ » €ba«ts de ce peuple Israélite d'alors ^ et avec la deslina-- » tion du peuple Israélite futur (1) . »
J'espère que voilà l'idée de Leasing qui commeiiee à se montrer. Peu importe^ suivant hii» que Moïse ait dooBé aux Hébreux d'alors > au peuple Israélite d'alors^ *âes idées ii^complètes> erronées, fausses, non pas en elles-^étteSy mais par l'interprétation qu'en faisaient ces Hébreux, pourvu que ces idées fussent conformes , d'une part, à la capacité de ce j>enple Israélite d'alors, et,-d'autre part, à la destination du j[>euple Israélite futur, ou plutôt encore k la mission de ce l>e]iple israélite futur relativement à ï'bumanité tout entière, c'est-à-dire, en définitive, pourvu que ces idées fussent en rapport avec le futur développement de Ï'bumanité.
Mais quoi i ces Hébreux, ce peuple israélite d'aknrs, comme dit Lessing, en était-il moins dupe d'une grossière erreur? Que Moïse, eu égard à l'état d'enfance de ce peuple, et eu égard aussi à sa destination future et aux progrès futurs du genre humain , ait eu raison de lui laisser ignorer la vie fature, cela est possible ; mais il n'en est pas moins vrai que voilà le peuple élu de Dieu qui se trouve autorisé par son Prophète, c'est-à-dire par Dieu même, à nier cette vie future , cette immortalité de l'âme , qui doit devenir ensuite la base fondamentale de la Révélation ! Comment accorder une teUe contradiction?
D^un autre côté, l'objection qu'on faisait à Warburton revient encore. Dieu mentait (et tout Israélite pouvait aisément s'en aperceyoir). Dieu mentait, dis-je, lorsqu'il disait aux Juifs, à chaque verset de ses ordonnances, que le bien ou le mal dans leur vie présente paierait rigoureusement et équitablement leur obéissance ou leurs transgressions à la loi. Car la réalité assurément ne répondait pas à t^ejLte promesse ou à cette menace. Faut-il donc admettre le miracle continu de Warburton ?
Lessing rejette cette prétendue rémunération miraculeuse dont Warburton avait étayé son système. Il admet donc que Dieu mentait aux Hébreux^ en ce sens qu'il laissait croire ou faisait croire aux Hébreux une erreur, ne pouvant encore, vu leur situation et leur peu d'intelligence, leur faire comprendre la vérité.
Mais pourquoi ferais-je attendre plus long-temps le lecteur? Qui ne voit dès à présent l'idée de Lessing? Dieu mentait, et ne mentait pas. Les Hébreux d'alors étaient trompés, et pourtant ils ne furent pas trompés. Le secret de l'énigme, c'est que le peuple Israélite d'alors et le peuple Israélite futur, c'est au fond le même peuple, la même humanité qui croît et se développe, enfant avec Moïse, plus avancée avec Jésus-Christ, parce que l'homme et chaque homme est immortel dans l'humanité, et n'est immortel que par l'humanité et en elle.
C'est-à-dire qu'il se trouve, au fond, que Moïse avait raison. Sa négation de l'immortalité de l'âme, comme on l'entend vulgairement, et son rejet absolu des paradis et des enfers, loin d'être une erreur, est la plus grande des vérités.
Voilà où Lessing fut conduit , par une logique rigoureuse, en examinant, avec toute la force de sa pensée et toute la droiture de son cœur, ce problème si embarrassant : «Pourquoi, dans l'Ancienne Loi, la vie future n'est-elle pas enseignée;» si embarrassant, dis-je, dans l'hypothèse ordinaire sur le sens du dogme de l'immortalité.
Gloire à Lessing d'avoir, tout Chrétien fidèle qu'il était, au sein de l'Allerfiagne, il y a déjà plus d'un demi-siècle (1), proclamé une telle vérité !
(1) L^ouvrage de Lessing parut en 1785.
Cependant 9 comme effrayé de sa propre idée^ Lessing Ta voilée autant qu'il a pu ; mais elle perce dans toutes ses paroles :
« On peut bien douter^ dit-il , que Dieu ait voulu à cette » époque communiquer le dogme de la vie future. Mais cer- » tain^nent il ne voulait pas non plus rendre cette vérité plus 9 obscure.
» Un livre élémentaire peut passer sous silence tel ou tel » point important dans la science que ce livre enseigne. Mais il » serait absurde que ce livre contînt de quoi obstruer ou em- » barrasser^ pour les enfants^ la route de ces points impor- » tants. Tous les accès doivent^ au contraire^ en être soigneu- » sements tenus ouverts; et détourner les enfants d'un seul de » ces accès ; ou même simplement leur en retarder l'abord^ » suffirait pour changer un livre incomplet en un livre es- » sentiellement défectueux.
» Pareillement, l'Ancien Testament devant servir de livre » élémentaire à un peuple grossier et novice dans l'art de 9 penser^ comme le peuple juif ^ pouvait ne pas parler de » l'immortalité de l'âme et des récompenses de la vie future. » Mais 9 à aucun prix aussi, il ne devait contenir rien de » propre à retarder le peuple pour qui il était écrit sur le 9 chemin de ces grandes vérités (1). »
Donc, aux yeux de Lessing, la Bible contient, sur l'immortalité et sur la vie future, sinon la vérité, du moins la vérité relative. C'est ciei que Lessing reconnaît, et c'est en ce sens qu'il explique ce qu'il appelle des préparations, des allusions, et des indications, relativement à la vérité future :
âOr DE L'HUMANITÉ.
« J'appelle > dit-il ji préparation an dog^oa^de Tiaimorta- ». lité de Fâme la mei^aee divine^ par exenipli^^ de ponir ks » méfaits du père dans la persoone de ses enfants, jasqo'à »)to ti'oiiâième om qnatriteie géoéi*atioii. Les père$ s'habi- » tuaki^ ain^i à vivre par k pensée avec leiurs rejetons les » plus âoignés» el à ressentir d'a'ipance les malheurs qu'ils » attiraient sur ces têtes innocentes.
» J'appelle cdbisim ce qui avai^ pour but d'exeiter seule- % m^at Ijk curiosité» et de £aire faire une question ; comme » irpar e^ppW» la kx^tioii si fréquente être réuni à ses & p^reé pour vwurir^
» J'appelle indicaiion ce qui contient un germe queloon- » que susccpitUe, en se développant» de faire \oir une par^ » tie de la vérité qu'on tiest encore secrète. TeSe éiait la a conclusion tirée par Jésus-^CbrisI de la dénomination du » Dieu d* Abraham, d'Isaac, ei de- Jacob, il me semble » possible à^ ti*aiii»$Oirmer celle indication en une forte » preuve.
» Ce sont des préparations» des allusions , et des indica* » lions de ce. genre » qui font la perfection positive d'un II- 1 vre d'élé^peiits ; loul comme la qualité , ci-dessus mention- » née» de ne point embarrasser ni obstruer le chemin des » vérités ultérieures en fail la perfection négative (1). »
Lessing a oublié la plus remarquable préparation ^ allusion > et indication biblique ^ à la véritable doctrine derimmoridHié : c'est le dogmb même de l'humanité» considérée çoipnie formant qn seul être collectif^ dogme qni se D^ouve expressément dans la BiMe, qui s'y trouve partout» et qui ne se trouve au même degré de lucidité dans aucun autt«
monument de rantiquité. Je veai parler du mythe d'adam. On ne trouvera pas étonnant que^ dans un livre sur l'buroaniié^ je m'efforce d^ea^pliquer ce mytke d'Adaip..