ÉPILOGUE. Zil
Delphes deux inseriptioDS qu'il traite de divines et de mystérieuses. Au-dessous du célèbre Nosce te ipsum, «Connaistoi toi-même , n .ces sages inspirés avaient écrit cette autre formule: Ne quid nimis, «Rien de trop. » Gomment ces deux idées se liaient-elles? Elles se liaient ^ suivant nous, admirablement II faut que l'homme connaisse sa nature, et, la sondant, ne s'élève ni trop haut ni trop bas. Il est la plus haute des créatures, mais il est une créature. Qu'il se connaisse donc, et que, se connaissant, il trouve Dieu en lui; qu'il cherche Dieu de plus en plus en lui : mais qu'il reste homme et attaché à l'humanité. Dieu est en lui, mais l'huma* nité y est aussi.
Est-ce arrêter l'esprit humain dans sa course divine que de tourner ainsi l'idéal v^rs la terre ?
Eh ! certainement ce n'est pas vers la terre ^ c'est vers le ciel, c'est-à^dii'e vers l'infini, qu'il faut diriger nos regards» Mais cette tendance vers l'infini est-elle inconciliable avec la vie sur la terre? La preuve qu'elle ne l'est pas , c'est que personne ne nie que tant d'hommes qui ont vécu vertueuse-^ ment n'aient eu une vie conforme à cette tendance vers Tinfini. Et ce qu'ils ont fait une fois, pourquoi ne le feraientils pas une seconde fois ? Ou plutôt, pourquoi n'auraient-ils pas vécu une longue série de fois , et ne continueraient-ils pas encore à vivre sur la terre en, progressant toujours vers l'infini ?
Quelle connaissance avons-nous de l'univers qui ne nousi vienne de cette terre où nous sommes? Quel sentiment avons^nous de l'Être Infini, quelle notion de la vie, quelle
idée du beau ^ du bien ^ quelle idée de la vertu qui n'ait cette origine^ et qui ne sorte de cette source? Pourquoi donc la mépriserions-Nnous ^ et combien le mépris pour cette cause de toutes nos grandeurs spirituelles et pour cette nourrice de notre âme serait mal placé !
Alexandre était un insensé lorsqu'il trouvait la terre trop petite pour le contenir. La terre est assez grande pour occuper des millions d'Alexandre , non pas h la conquérir d'une façon grossière , en la ravageant , mais à la connaître, à la fécouTder, à la perfectionner, à la civiliser, à la mora^ liser. Que de milliards d'hommes peuvent gagner le ciel sur la terre!
Il a fallu f pour qu'on arrivât à ce profond dédain qu'on affecté aujourd'hui pour la nature et pour la vie , c'est-àdire pour l'humanité , il a fallu , dis-je , pour arriver à se faire de la vie future les idées chimériques qu'on s'en fait, croire, comme en effet on l'a cru longtemps, que des révélateurs tombés de ce monde inconnu et tout à fait incorporel qu'on appelle le ciel étaient venus sur la terre. Mais qu'ont^ils appris réellement, ces révélateurs, ces hommes tombés du ciel, que d'autres hommes n'aient égalé, et dont les autres hommes en général n'aient approché?
Eux-mêmes se sont-ils dits Dieu? Non, ils se sont dits inspirés par Dieu pour faire connaître à l'homme sa nature et ses devoirs ; l'erreur seule du vulgaire les a faits Dieux. L'idolâtrie a marché à côté de la religion , comme l'ombre accompagne la lumière.