‹ De l'humanité, de son principe, et de son avenir, où se trouve exposée la vrais définition de la religion et où l'on explique le sens, la suite et l'enchaînement du mosaisme et du christianisme. [Première partie] (volume 3)Chapitre 6 sur 31 · II · texte numérisé non relu

II

Ton retrouve encore aujourd'hui en Orient entre Tétat de plein et l'état de vide, l'état de manifestation et l'état de virtualité? N'est-ce pas elle-même aussi qui nous a donné la signification positive des trois noms de la triade humaine d'Adam et de la triade humaine de Noé? N'a-t-elle pas déterminé elle-même que le nom de Gain se rapportait à l'état de manifestation, que Caïn était l'homme de la sensation? Nous n'avons eu qu'à rapprocher de ce nom ainsi déterminé celui de Cham dans la triade de Noé. N'est-ce pas elle aussi qui a déterminé le sens du nom de Seth ^ en le portant à Vêtre considéré en lui-même, indépendamment soit de l'état de manifestation , soit de l'état de virtualité , et par conséquent en le rapportant à la connaissance, qui saisit l'être sous ses formes, à travers la muabilité de ces formes, et par laquelle l'être aussi se saisit lui-même dans sa nature essentielle ; en sorte que c'est encore la Bible qui nous a dit positivement que, dans la triade d'Adam, Seth était l'homme de la connaissance. Nous n'avons eu qu'à rapprocher de ce nom ainsi déterminé celui de Sem dans la triade de Noé. Enfin , c'est la Bible qui nous a servi à déterminer le sens du nom d'Abel. Quant à ce dernier, elle ne l'indique pas, il est vrai, directement, mais seulement par opposition avec celui de Caïn ; mais la langue hébraïque ne laisse d'ailleurs aucun doute sur cette détermination. Abel , dont le nom répond au -terme Sunya des philosophes de l'Inde, et signifie comme ce terme le vide, se rapporte manifestement dans la Bible à 'l'état de vide ou de virtualité sans manifestation, à l'état de sentiment ,çX par conséquent désigne l'homme du sentiment^ comme Caïn désigne l'homme de la sensation, comme Seth désigne l'homme de la connaissance. Nous aurions pu conclure, sans autre preuve étymologique, que Japhet,

TRADITION. iUl

dans la triade de Noé, répondait à Abei dans la triade d'Adam ; et nous avons vu en effet que toutes les paroles de la Bible le prouvent. Mais qu'arrive-t-il ici? C'est que non seulement le sens de la Bible prouve ce rapport, mais qu'une nouvelle détermination étymologique, donnée par la Bible elle-même, vient encore combler la preuve. Car ce n'est pas vainement sans doute que la Bible nous dit que le nom de Japhet signifie espace, expansion. Or, remontant à la métaphysique source primitive de toutes ces déterminations, nous trouvons que le terme Akasa, signifiant espace ou expansion, est précisément synonyme dans cette métaphysique de Sunya, qui signifie.v^V/^. Il ne manqué donc pas le moindre trait à ce tableau comparatif; et les étymologies, aussi bien que les raisons tirées du fond même des choses, prouvent ce que nous avons voulu démontrer. Ajoutons que la signification profonde du nom de Japhet s'est conservée jusque dans les fables des poètes grecs sur Japet. Admettez , en effet, que le sens de iià^eitslV espace, V expansion, V étendue, comme la Bible le dit de Japhet, et la fable grecque de Japet et de son fils Prométhée s'éclaire et s'explique. Or, il n'y a pas grande difficulté à reconnaître que Japet et Japhet sont le même nom , puisque Bérose avait traduit le Japhet oriental par le nom même que les Grecs donnaient à Japet (1). Japet exprimait donc V espace ^ on conçoit pourquoi dans la fable grecque il est fils du Ciel et de la Terre. Il engendre à son tour des fils qui participent de cette double origine : Prométhée représente l'aspiration vers le ciel , Épiméthée est l'homme de la te|*re, avide de sensation et de

(1) «lapetus poetarum, Cœli et ierrx filins « cum Hebraeo Japhet est idem. nNam et Berosus Chaldxus vocat lapetum. Est autem Japhet tantumdem ac la- » titudo, » ( J. Fungeri Dictionn, Etymologicum, )

iUS DE L'HUMANITÉ.

jouissance. Prométhée, comme son nom l'indique (1), est doué de sentiment, de pressentiment , de désir, Aq prophétie. C'est l'artiste par excellence, l'artiste tourné vers la connaissance. Il crée l'humanité; il invente la forme humaine 9 et ravit le feu du ciel cour animer son ouvrage. Par opposition y son frère ne sait les choses qu'après qu'elles sont arrivées ; il est passionné, mais sans idéal (2). Tandis que.Proœéthée est le symbole de l'inspiration et du progrès, Épiméthée, au contraire, est le type de l'homme du fait : il se laisse tromper à l'apparence ; il s'éprend de cette Pandore où les Dieux ont caché tant de pièges sous l'image trompeuse de tous les dons, et il ne s'aperçoit de son erreur qu'après qu'il ressent amèrement tous les maux que cette belle statue sans cœur est venue lui apporter (3). Épiméthée et Prométhée sont donc deux types dans l'humanité, l'homme épris du fait, l'homme épris de l'idéal. On sait les développements qu'Eschyle surtout a donnés à cette figure de Prométhée. Dans Eschyle , Prométhée est l'esprit humain qui, animé par le désir de l'infini, cherche et toujours cher- ►che. Prométhée , dans Eschyle , a inventé tous les arts (à) , et poursuit son éternelle prophétie, attaché au rocher et sous les coups du vautour qui le dévore. C'est qu'il est fils de Japet, c'est-à-dire symboliquement de l'étendue, de l'espace infini qui unit le ciel à la terre. Aussi les poètes se plaisent à rappeler cette origine caractéristique : iaicrzo^i^tiç , sOc t^ôlU laTreroto, dit toujours Hésiode en parlant de Prométhée; au-

(1) TLpoixtibeiji^ celui qui voit d'avance, qui prévoit, qui pressent.

(2) ]^7rc/Ay]6sù$, celui qui voit après, qui prend conseil et soin après Tévénement, qui s'avise trop tard.

(3) AwTà/9 b ètlÔLftAwçj OTs S-Yi xcfxbv etx\ iv^^jas. (Hésiode, Opcra et Dies, ,vers 89.)

(4) Ilâffae TS^vac ^poxoXtji-i ix. Upou/iBiaç, [Esdhyie. )

TRADiriON. U9

dax lapeti genus, dit Horace. C'est une épithète que les. poètes ne donnent qu'à lui seul ^ jamais à son frère. Proclus et d'autres anciens , sans connaître l'étymologie de la Bible, avaient compris que Japet, le père de Prométhée, est le mouvement, l'eipansion, l'étendue , ou plutôt l'idée d'étendue sous ses deux formes d'espace et de temps. Proclus dérivait ce nom de deux radicaux grecs exprimant le mouvement (1). Cette étymologie, toute indirecte qu'elle soit, se rapporte bien aux radicaux hébraïques et à l'étymologie positive de la Bible. De tous côtés donc il ressort une lumière qui nous montre que dans la triade d'Adam et dans la triade de Noé , le type humain est considéré sous ses trois divisions fondamentales , sensation , sentiment , connaissance , et qu'à la prédominance de sensation répondent les noms de Caîn et de Cham, à la prédominance de sentiment les noms A'Abelel de Japhet^ et enfin à la prédominance de connaissance les noms de Set h et de Sem. Ces trois types sont, en d'autres termes, Yindustriel, l'artiste, et le savant. Au surplus la valeur de ces noms symboliques serait encore confirmée au besoin par le sens du mot Chanaan, nom donné au fils de Cham, et que Noé , dans sa malédiction , prononce au lieu de celui.de Cham : « Maudit soit Chanaan, il servira »ses frères. » Ce mot, en hébreu, signifie, dans une de ses acceptions ordinaires, les industriels, les artisans, les marchands, ceux qui s'exercent sur les choses réelles ou physiques, et qui en trafiquent, pour en tirer leur existence.

Je m'arrête; aussi bien j'ai parcouru et expliqué toute la partie mythique de la Genèse, ce que les Jujfs distinguent et

(i) «lapetus nihil aUud est, ut sensit Proclus (in Platonem), nisi oelerrimus » motus cœli et hujus univers! : qui vocatus est lapetus apud Graecos inb toO t'e<y- > B9.t xoLlTtirsaBoLt , a mota sdlicet et volatu.» (Natalis Gomltis Myth..}\h, IV c«6..)

rangent à part sous le nom de Berœshith. Les temps historiques s'ouvrent ensuite par la vie d'Abraham. Que cette suite de la Genèse soit encore jusqu'à un certain point mythique , bien que le fond en soit narratif et historique^ cela est incontestable ; et j'aurais plusieurs choses nouvelles et importantes à faire remarquer dans cette suite ^ qui confirmeraient pleinement le sens que je viens de donner du commencement de ce grand livre que l'on a nommé le livre par excellence, ou la Bible. Si cette suite ^ en effets est historique, elle n'en est pas moins destinée à corroborer le dogme métaphysique qui la précède, et qui constitue réellement ce qu'on pourrait appeler la Révélation Moîsiaque. Mais il faut me borner; je ne ferai qu'une seule remarque.

A-t-on bien compris jusqu'ici , dans l'acception la plus profonde et la plus exacte, la raison de ce qu'on appelle V Alliance? Là est le fondement de la religion positive des Juifs et des Chrétiens. Dieu fait alliance avec Abraham , il renouvelle cette alliance avec Isaac, avec Jacob ; il la réitère avec Moïse. Enfin les Chrétiens disent qu'il a fait une nouvelle alliance avec Jésus, ou quMl a donné au monde, par Jésus , le signe d'une nouvelle alliance. Qu'est-ce qu'un tel contrat entre Dieu et un homme particulier appelé Abraham, ou Isaac, ou Jacob? Quel sens profond y a-t-il dans un pacte qui, en apparence, ne concerne qu'un homme, n'est fait qu'en vue d'un homme, et n'a pour but que de récompenser la vertu d'un homme, lequel homme encore est un prédestiné! Qui ne voit que ce n'est pas là l'idée de Moïse, et que cet homme particulier avec qui Dieu fait alliance , c'est f humanité dans cet homme : «Je te ferai devenir une grande « nation , dit Dieu à Abraham ; je te bénirai , et je rendrai »ton nom grand, et tu seras bénédiction. Je bénirai ceux

»qui te béniront 9 et je maudirai ceux qui te maudiront; et

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