‹ De l'humanité, de son principe, et de son avenir, où se trouve exposée la vrais définition de la religion et où l'on explique le sens, la suite et l'enchaînement du mosaisme et du christianisme. [Première partie] (volume 3)Chapitre 7 sur 31 · TOUTES LES FAMILLES DE LA TERRÉ SERONT BÉNIES EN TOI · texte numérisé non relu

TOUTES LES FAMILLES DE LA TERRÉ SERONT BÉNIES EN TOI

Ainsi Abraham ^ ce n'est pas un homme particulier : aux yeux de Dieu, c'est l'homme-peuple , destiné à devenir l'homme-humanité : « Je te ferai devenir une grande na- » tion ; et touteSvles familles de la terre seront bénies en toi.» La même réversibilité qui faisait d'Adam ^ homme particu* lier 9 l'humanité tout entière, fait, dans cette alliance , d'Abraham, homme particulier, l'humanité tout entière. C'est toujours la même doctrine de l'humanité collective , de l'unité, de la communion. L'humanité est dans Abraham comme elle était dans Adam , comme elle était dans Noé. Dieu élit un homme dans lequel il voit par prescience la réalisa* tion du type qu'il a donné à l'homme , c'est-à-dire à l'humanité. Il dit donc à cet homme : Tu es l'humanité , parce que, par mes lois éternelles, tout homme est virtuellement l'humanité, contient virtuellement l'humanité; et tu seras on fait l'humanité, parce que, étant plus conforme que tout autre au type que j'ai donné à ton espèce ^ et t'approchant plus de la vie véritable, qui est l'unité de cette espèce, l'espèce viendra dans le temps se rejoindre et se rattacher à l'idée que tu représentes. Je te déclare par avance l'humanité, parceqne tu as ta loi de la vie; et c'est pourquoi je te ferai peuple d'abord, pour tefaire ensuite humanité.

Mais est-ce là tout , est-ce la seule idée qui soit marquée dans ce pacte par lequel Dieu promet à cet homme particu^ lier l'humanité pour héritage? Non ; l'idée inverse est aussi , quoiqu'en germe seulement, dans la pensée de Moïse , à savoir que cet homme particulier Abraham, Isaac , ou Jacob , revivra réellement dans l'humanité.

(1) Gendte, chap. XII, v. 2*3.

Il est bien vrai que ce second côté de l'idée n'a pas été développé par Moïse ; mais il l'a été y comme je vais le montrer tout-à-l'heure^ par les disciples de Moïse, ou du moins par deux des trois sectes qui constituèrent le Mosaîsme. Les Pharisiens et les Esséniens méditèrent ^ après Moïse et d'après lui ; sur l'individualité de chaque homme considérée relativement à l'espèce; et^ tandis que Moïse avait surtout enseigné l'unité de cette espèce et le lien éternel ^ au point de vue virtuel et divin y de l'individu , dans sa vie présente et en tant que vivant actuellement^ avec cette espèce , ils ont fait pour ainsi dire aux hommes particuliers ou aux individus la répartition de la vie spécifique et collective^ afiBrmant non seulement ce que Moïse avait affimé, c'est-à-dire l'unité de vie entre l'individu et l'espèce^ mais encore la vie éternelle de l'individu dans l'espèce. Ce qui était en germe dans la Bible se développa plus tard dans les deutéroses.

Mais ni les Pharisiens, ni les Esséniens, ni Jésus, qu'on peut appeler le dernier des Esséniens , ni S. Paul , qu'on peut appeler le dernier des Pharisiens, ne sortirent de la voie ouverte par Moïse, c'est-à-dire de l'unité et de la communion, unité éternelle, communion éternelle, qui est aussi bien la loi de la vie présente que la loi de la vie future.

Je sui^ donc tout à fait de l'opinion de Lessing; mais je vais plus loin que lui. Je dis que ce n'est pas seulement par induction que nous pouvons renvoyer Moïse et la Bible de l'accusation qu'on porte ordinairement contre eux au sujet de ce qu'on nomme l'absence ou la négation du dogme de l'immortalité. Je dis que nous avons très explicitement dans Moïse et dans la Bible la preuve que Moïse avait de la véritable immortalité un sentiment supérieur à l'idée qu'on s'en est faite chez d'autres nations de l'antiquité.

Pour nous résumer sur Moïse ^ en effets qui ne voit que ce grand initié de la science antique (1) n'a pas d'autre doctrine que celle qui est si nettement caractérisée dans le nom qu'il donne à Dieu. Il appelle Dieu JEhonm , c'est-à-dire lui-les'di€ux{2), c'est-à-dire l'unité et la multiplicité. Eh bien y ce qu'il dit de Dieu , il le dit de l'homme. Chaque homme est un homme et l'humanité. Toutes les créatures vivantes de Dieu sont douées de cette qualité de Dieu d'être l'unité et la multiplicité ; toutes sont un individu et une espèce. L'espèce vit en elles , et elles ne vivent réellement que par l'espèce.

Qu'on ne se fatigue donc pas à chercher vainement dans la Bible juive quelque trace de l'opinion de l'immortalité de l'âme comme on entend vulgairement aujourd'hui cette immortalité. Il serait vraiment surprenant qu'il y en eût quelque vestige , quand la doctrine de Moïse est précisément la négation la plus absolue et la plus positive de cette fausse immortalité.

(1) Le nom de Moïse, Mosché, voulait dire, chez les Égyptiens, Thomme initié par le baptême. Dans les hiéroglyphes, on voit souvent la cérémonie du baptême : Tinitié debout entre deux prêtres qui lui versent de Teau sur la tête avec des vases.

(3) Littéralement, Lm-eux-qui-êont , Têtre des êtres.

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