‹ De l'humanité, de son principe, et de son avenir, où se trouve exposée la vrais définition de la religion et où l'on explique le sens, la suite et l'enchaînement du mosaisme et du christianisme. [Première partie]Chapitre 30 sur 60 · UO DE L'HUMANITÉ · texte numérisé non relu

UO DE L'HUMANITÉ

Voilà le programme de Ta venir. Mais résumons d'abord le passé.

Ou plutôt d'abord prouvons sans détour que le passé est le mal, et qu'il est le mal uniquement parce que ni la famille, ni la nation , ni la propriété n'y furent organisées de façon que l'homme pût se développer et progresser librement au sein de cette famille , de cette cité , de cette propriété. Quand nous aurons découvert d'où est venu le mal dans le passé, quand nous aurons établi ce qu'on pourrait justement appeler la loi du bien et du mal, soyons sûrs que l'histoire ne nous manquera pas, et confirmera une loi fondée sur la nature même des choses.

Il y a trois manières de détruire la communion de l'homme avec tous ses semblables et avec l'univers, communion qui, comme nous l'avons montré , est le droit de l'homme.

Il y a une première manière de parquer les hommes : c'est de diviser les hommes dans le temps , c'est-à-dire de ne reconnaître à chacun pour ancêtres que ses ancêtres naturels, de nier toute réversibilité d'une famille sur une autre , d'établir , au contraire, une absolue réversibilité dans chaque famille, de rattacher tout à la naissance, de subordonuer le fils au père qui l'a engendré, et de faire de l'homme un héritier.

Il y a une seconde manière de parquer les hommes : c'est de diviser les hommes dans l'espace, de composer des agrégations d'hommes, non seulement distinctes entre elles, mais hostiles les unes aux autres, sous le nom de nations, de subordonner l'homme à la nation, et de faire de l'homme un sujet.

Il y a une troisième manière de parquer les hommes : c'est de diviser la terre ou en général les instruments de production , et d'attacher les hommes aux choses , de subordonner

rhommeàla propriété , de faire dç rhomme un propriétaire.

Il n'y a que ces trois manières de diviser le genre humain et d'asservir l'homme.

Il est évident d'abord qu'il n'y a que ces trois manières de diviser le genre humain^ puisqu'elles comprennent le temps^ l'espace 5 et les choses. Mais je dis de plus qu'il n'y a que ces trois manières d'asservir l'homme^ et ceci mérite considération.

Jusqu'ici on s'est attaché à signaler et à combattre le despotisme soit dans la famille, soit dans la cité, soit dans la propriété, en considérant soit la famille en elle-même, soit la cité en elle-même , soit la propriété en elle-même. On n'a pas vu que le despotisme dans la famille, dans la cité, dans la propriété, était corrélatif à la fragmentation du genre humain ; que le mal , donc , qui résultait de la famille, de la cité, de la propriété, provenait de cette fragmentation ou division du genre humain. En d'autres termes, à l'exception de quelques grands législateurs religieux , jamais politique n'a vu nettement pourquoi la famille, ou la cité, ou la propriété, engendre le mal et le despotisme.

Si la famille, la cité, la propriété ont jusqu'ici engendré tant de maux, et si l'homme y a trouvé de si lourdes chaînes, ce n'est pas , encore une fois , que ces choses soient mauvaises en elles-mêmes , ni que la nature humaine soit mauvaise ; mais c'est que ces choses , au lieu d'être organisées de façon à servir à la communion indéfinie de l'homme avec ses semblables et avec l'univers, ont été, au contraire, tournées contre cette communion de l'homme avec ses semblables et avec l'univers, c'est-à-dire , comme nous l'avons prouvé , contre le droit de l'homme et contre son besoin.

La famille, la patrie, la propriété, sont des choses finies

IW DE L'HUMANITÉ.

qui doivent être organisées en vue de l'infini. Car Thomme est un être fini qui aspire à Tinfini. Le fini absolu est pour lui le mal. L'infini est son but; l'indéfini son droit.

Que cet indéfini donc^ qui est le progrès^ lui soit refusé; que la famille, la cité, la propriété, soient organisées en vue du fini , et voilà le mal sur la terre ; voilà la nature humaine violée dans son essence ; voilà l'homme esclave , et malheureux parcequ'il est esclave.

Je prendrai la famille pour exemple. La famille existe bien essentiellement et par elle-même; mais la famille n'existe pas indépendamment du genre humain. Donc, ou la* famille sera organisée en vue d'elle seule, et par conséquent contre le genre humain, ou elle sera organisée en vue d'elle-même et du genre humain. Si elle est organisée en vue d'elle* seule et contre le genre humain, elle est mauvaise, et l'homme y est esclave. Si, au contraire, elle est organisée en vue du genre humain et de la communion avec tout le genre humain, elle est bonne , et l'homme y est libre.

Je dirais la même chose de la cité et de la propriété. . Tout le mal du genre humain vient donc des castes. Aussi-; tôt que dans votre idéal de société et de politique vous faites entrer le genre humain tout entier , le mal cesse et disparaît de cet idéaL

La vraie loi de l'humanité, c'est que l'homme individu tend, pai* la famille , la patrie, et la propriété, à une com-« munion complète , soit directe , soit indirecte , avec tous ses semblables et tout l'univers, et qu'en bornant à une partie plus ou moins restreinte cette communion par la fjimille, par la cité, par la propriété, il en résulte nécessairement une imperfection et un mal. La famille est un bien , la famille paste est un mal ; la patrie est un bien , la patrie caste est

DOCTRINE. laS

un mal ; la propriété est un bien , la propreté caste est un mal.

Page 1