‹ De l'humanité, de son principe, et de son avenir, où se trouve exposée la vrais définition de la religion et où l'on explique le sens, la suite et l'enchaînement du mosaisme et du christianisme. [Première partie]Chapitre 37 sur 60 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

CONSÉQUENCES DE l'IMPERFECTION DE LA CHARITÉ

Je conyiens que l'Évangile ^ si on le prend avec une grande simplicité de cœur^ et sans lui demander une solution philosophique , était plus vrai et plus avancé sur ce point de la charité 5 que ne le fut ensuite la théologie chrétienne. Mais rÉvangile n'ayant ni résolu ni même touché le nœud fondamental de la question , la théologie a dû arriver nécessairement où elle est arrivée.

Jésus dit : a Aimez Dieu ; » puis il dit : « Aimez votre prO- » chain;» enfin ^ il ajoute 5 par forme de comparaison et d'explication : « Comme vous-même. » Il n'exclut donc pas absolument l'amour de nous-méme. Seulement^ il veut y joindre l'amour de Dieu et l'amour du prochain. Mais joindre ainsi trois termes par addition et agglomération n'est pas les fondre et les unir. Aussi la théologie chrétienne a-t-elle erré.

Aimez-vous vous-même a laissé subsister le monde en dehors de la vérité , l'a abandonné à la fatalité ^ et a créé par le fait la société laïque.

Aimez Dieu a engendré Id dévotion ascétique « les moines» les couvents, l'anachorétisme, le clergé régulier.

Aimez votre prochain a engendré VÉglise ou le clergé séculier, qui cherchait, si j'ose ainsi m'exprimer,à raccommoder les choses, à combler le vide laissé par la Révélation entre la vie naturelle et la vie dévote, tâchant, autant qu'il

était possible 5 d'harmoniser la natqre et la grâce ^ et s'efforçant de servir de lien entre Tascétisme et l'égoïsme^ c'est-àdire entre la vraie vie religieuse et la vie laïque.

Oui y je le sais y l'Église a fait tous ses efforts pour harmoniser ces trois choses :

Un Dieu hors du monde et de la vie ;

Un homme à part de ce Dieu ;

Un autre homme, le prochain, également à part de Dieu, et à part aussi de l'homme son semblable.

Hais le mal était trop grand pour que le remède fût possible. Tous les efforts de l'Église ont échoué contre le vice radical de cette théologie, qui n'avait pas compris la vie.

Le Christianisme avait laissé nos semblables hors de nous, le monde hors de nous. Donc ni jamais nos semblables, ni jamais le monde, unis à nous, ne devaient nous donner ce après quoi l'homme aspire, le bonheur en Dieu, c'est-à-dire le bien, le beau, le juste.

De là le rejet de la vie et de la nature par le Christianisme. De là son Dieu terrible. De là son paradis et son enfer également chimériques , placés qu'ils sont en dehors de la vie. De là son dogme de la fin prochaine du monde. De là aussi sa division du temporel et du spirituel. De là l'Église et l'État De là les affaires humaines abandonnées aux laïcs, les affaires célestes confiées au clei^é. De là le Pape et César.

D'ailleurs les temps n'étaient pas arrivés. Le Christianisme avait une oeuvre intermédiaire à faire. Il fallait, par une communion mystique, préparer les hommes à une plus parfaite et plus réelle communion.

Le Christianisme , trouvant les hommes si bruts , si divisés, si ennemis les uns des autres, qu'il n'y avait pas moyen de leur faire sentir Dieu dans une communion véritable , 6'est

contenté de faire descendre Dieu ^ ainsi séparé de ces hommes et hors de leur cœur^ dans un pain sanctifié ^ qu'il divisait ensuite entre eux , et avec lequel ils se nourrissaient de Dieu.

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