‹ De l'humanité, de son principe, et de son avenir, où se trouve exposée la vrais définition de la religion et où l'on explique le sens, la suite et l'enchaînement du mosaisme et du christianisme. [Première partie]Chapitre 39 sur 60 · LA SOLIDARITÉ SEULE EST ORGANISABLE · texte numérisé non relu

LA SOLIDARITÉ SEULE EST ORGANISABLE

Au contraire, que la véritable charité soit connue, c'està-dire que la charité soit conçue comme la loi même de la vie, comme la loi de natures solidaires entre elles, comme la loi d'identité et par conséquent d'identification du moi et du TumHnoi, de l'homme et de son semblable; et toute antinomie cesse,' et l'égoîsme s'abaisse devant la charité, parce qu'en tant que légitime et saint, il se retrouve dans la charité.

L'égoîsme cesse véritablement d'être l'égoîsme , pour devenir la liberté. Cet égoïsme, ou cette liberté, fonde le droit;

et le droit se trouve précisément être la charité. Ainsi la charité devient la liberté même.

Donc y nulle division ^ nul abîme infranchissable entre le moi, ou la liberté humaine^ et le semblable, ou la charité humaine. On peut s'aimer soi-même et les autres ; car on s'aime dans les autres , et on aime les autres en soi. Et s'aimer ainsi, c'est aimer Dieu ; c'est aimer Dieu, comme dit le Christ, par dessus toute chose.

Or, dès l'instant que le moi humain est réintégré dans la formule même de la charité, le principe de la charité devient organisable. Car aussitôt que le moi est légitime , les différents modes de communion de ce tnot avec les bonunes et avec la nature sont légitimes. La famille donc , la patrie , la propriété, sont légitimes et de droit. La société , donc , qui comprend la famille, la cité, la propriété, est légitime aussi et nécessaire. Cette famille, cette patrie, cetle propriété, demandent à être organisées , non pas en vue seulement d'elles-mêmes , mais en vue de l'humanité ; car l'égoïsme humain , connaissant son intérêt véritable et son droit, demande la communion avec l'humanité tout entière. La politique, qui est la science de ces choses, prend donc pour principe l'accord de l'individu et de l'humanité; et la manifestation de cette science, ou le gouvernement , a pour mission de réaliser ce principe.

L'homme cesse d'être isolé , ou d'avoir une famille isolée^ ou d'avoir une propriété isolée, ou d'avoir une cité isolée. Il est, il est par lui-même, il est à titre d'individu ; il possède, il a une famille, une cité, une propriété. Son moi" se retrouve dans toutes ces choses; et pourtant, ayant toutes ces choses^ et vivant par conséquent dans l'ordre normal de la nature et delà vie, il n'en est pas moins en communion avec tous les autres hommes , recevant d'eux et leur donnant ^ les ayant

tous pour objet et étant à tous leur objet, soit directement , soit indirectement. lia, dis-je , cette possibilité de vivre dans la nature, c'est-à-dire dans Tégoïsme, et pourtant de vivre dans l'humanité; car, connaissant sa loi, il réalise cette loi par la politique et le gouvernement

Dans le Christianisme, c'était l'Église, vivant hors de la nature , qui s'était chargée du soin d'organiser la charité. La société temporelle avait pour principe l'égoïsme. De là un dualisme qui a rempli l'histoine. Au contraire, avec le principe de la charité compris comme nous le comprenons , c'està-dire avec le principe de la solidarité mutuelle , la société temporelle est investie du soin d'oi^aniser la charité, parce que la charité au fond c'est l'égoïsme. Donc, la société temporelle, qui jusqu'à présent n'avait pas de principe religieux, en a un. L'Église peut cesser d'exister. Ce qu'elle avait mission de faire est devenu notre propre mission. L'Église n'était réellement, dans les desseins de la Providence, qu'une figure de la grande Église, qui réunira dans son sein ce qui avait été faussement séparé jusqu'ici, le règne de Dieu et le règne de la nature.

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