‹ De l'humanité, de son principe, et de son avenir, où se trouve exposée la vrais définition de la religion et où l'on explique le sens, la suite et l'enchaînement du mosaisme et du christianisme. [Première partie]Chapitre 44 sur 60 · DIEU ET LA CRÉATURE · texte numérisé non relu

DIEU ET LA CRÉATURE

Se^ftte dit : Ce qui est et ce qu'on ne voit pas > voilà le ciel.

Embrassons cette définition, car elle est vraie. Oai, le ciel est ce qui est , ce qui est réellement, ce quî^ étant d'une façon absolue, étant par soinoème^ a été, est, et sera^ Le ciel est l'infini être» Ce n'est pas l'infini créé , sous ses deux aspects d'espace infini et de temps éternel, c'est-à-dire

d'immensité et d'éternité ; non ^ le ciel est ce qui se manifeste par cet infini créé, Tinfini véritable qui est sons cet Infini créé; le ciel est Dieu lui-même.

Et le ciel ne se voit pm ; Dieu ne se voit pas. Il* est Tinfinî : donc il n'est contenu en aucun lieu. Il est l'éterâeh donc il n'est cont^n en aucun temps.

Mais, pour n'être contenu en aucun lieu et en aucnn temps, il n'en est pas moins en tout lieu et en tout temps, en tout point de Fespace et ée la durée ; et il est l'infini et l'éternel dans chaque point de l'espace et de la durée.

Ainsi le ciel, qui com^M'end tout, est aussi dans tout. Il se manifeste dans tout. '

On met DiéU bien loin de la terre, bien loin de nousl Mai^ Dieu pourtant est partout. Dieu est en nous à tous les momeBts de notre existence; car nous ne pouvons pas vivre sans lui, et nom vivons en lui : In De0 vivimus^ etmoveifnur, et swniis, comme dit S. Paul.

Done le ciel existe doublement , pour ainsi dire , en ce sens qu'il est et se manifeste. Invisible, il est Pinfini, il est Dieu. Visible, il est le fini, il est la vie par Dieu au sein de chaque créature. < .

L'invisible deywat visible sans cesser d'être l'invisible. L'infini se réalise sans cesser d'être l'iniini. Les créatures progressent en Dieu sans qae Dieu cesse d'être avec elles dans le rapport de Finfini au fini.

Ce qui est et qu'on ne voit pas aigourd'hui se verra demain, de même que ce qu'on voit aujourd'hui était inviolé hier. Ce qui-^st et ce qu'on ne voit passe manifeste donc pour nous à mesure que nous vivons. Ce qui est et ce qu'on ne voit pas est donc déjà manifesté; et véritablement, en le voyant dans cette manifestation présente , on le voit sans le voir«

Il y a donc deux ciel :

Un ciel absolu ^ permanent^ embrassant le monde tout entier^ et chaque créature en particulier, et dans le sein du^ quel vit le monde et chaque créature;

Et un ciel rdatif, non permanent, mais progressif, qui est la manifestation du premier dans le temps et dans l'espace.

Encore une fois, ne me demandez pas où est situé le premier. Il n'est nulle part , dans aucun point de T^pace , puisqu'il est l'infini.

Ni quand il viendra, quand il se montrera. Il ne viendra jamais, il ne se montrera à aucune créature; il ne tombera jamais dans le temps , pas plus qu'il n'ap)>artiendra à l'espace, puisqu'il est l'éternel*

Il e$^» il est toujours, il est partout Et toujours et partout les créatures communiquent avec lui ; car c'est lui qui les contient, qui les soutient, qui les fait vivre. Nous puisons notre raison en lui, notre amour en lui, la force et la lumière de nos sens en lui. Les uns puisent en lui plus de raison, plus d'amour, plus d'activité que les autres; mais tous nous ne puisons jamais en lui notre vie que comme de £aibles ruisseaux pourraient puiser un {wn d'eau à un grand fleuve ou à TOcéan.

Quant à l'autre ciel , c'est la vie du monde et des créatures, c'est la vie puisée en Dieu, c'est la vie manifestée; c'est le temps, c'est l'espace; c'est le fini, manifestation de l'infini ; le présent , manifestation de l'étemel.

Ce second ciel, qui accompagne le premier, est le ciel visible que nous, habitants de la terre, nous appelons la terre, et que les habitants de chaque astre du firmament voient à leur façon dans le lieu où le Créateur les a fait

nattre. Ce secand ciel, c'est la vie dans chaque créature^ c'est la vie dans le temps et dans l'espace.

Notre foi est que le premier ciel^ le souverain ciel^ ou Dieu^ l'Invisible ; l'Éternel ^ l'Infini , se manifeste de plus en plus dans les créations qui se succèdent, et qu'ajoutant création à création , dans le but d'élever de plus en plus à lui les créatures, il s'ensuit que des créatures de plus en plus parfaites sortent de son sein à mesure que la vie succède à la vie. C'est ainsi que , sur notre globe , l'humanité a succédé à l'animalité. L'homme , a dit Goethe , est un premier entretien de la nature et de Dieu.

Si Dieu , après avoir fait émaner de son sein le monde et chaque créature , les abandonnait ensuite , et ne les conduisait pas de vie en vie, de progrès en progrès, jusqu'à un terme où elles fussent véritablement heureuses. Dieu serait injuste. S. Paul a beau dire: « Le pot demandera-t-il . » au potier : Pourquoi m'as-tu fait ainsi? » Il y a une voix intérieure, partie sans^doute de Dieu lui-même, qui nous dit que Dieu ne peut pas faire le mal , ni créer pour faire soufirir. Or, c'est ce qui arriverait certainement, si Diea abandonnait ses créatures après une vie imparfaite et véritablement malheureuse. Mais si, au contraire, nous concè^ vous le monde comme une série de vies successives pour chaque créature, nous comprenons très-bien comment Dieu, pour qui il n'y a ni temps ni espace , et qui voit le but final de toute chose , permet le mal et la souffrance èomme des phases nécessaires par où les créatures doivent passer pour arriver à un état de bonheur que la créature ne voit pas , et dont par conséquent elle ne jouit pas en tant que créature y mais que Dieu voit , et dont par conséquent la <;réature jouît en lui virtuellement, parce qu'elle en jouira un jour^.

C'est donc sur Dieu même, ou sur le ciel invisible dont parle Socrate , sur le ciel absolu , permanent , éternel, infini, que reposent nos espérances d'immortalité *pour toutes les créatures sorties de son sein, et vivant par sa grâce, à chaque instant de la durée.

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