‹ De l'humanité, de son principe, et de son avenir, où se trouve exposée la vrais définition de la religion et où l'on explique le sens, la suite et l'enchaînement du mosaisme et du christianisme. [Première partie]Chapitre 47 sur 60 · IMMORTALITÉ DE NOTRE ÊTRE · texte numérisé non relu

IMMORTALITÉ DE NOTRE ÊTRE

' Vous êtes^ donc vous seriez.

Car, étante vous participez de Vêtre, c'est-à-dire de l'être éternel et infini.

Vous n'êtes que parce que vous êtes virtuellement éternel et infini.

Être et infini s(mt identiques au fond. Être, c'est être infini 5 soit d'une façon absolue , comme Dieu, soit d'une façon purement virtuelle, comme chaque créature sortie du sein de Dieu. Chaque créature, par cela seul qu'elle est, participe de l'infini, puisqu'elle participe de l'être; Vivre (1) , c'est être infini dans le fini , ou , ce qui est la même chose , c'est être fini dans l'infini.

Vous êtes : donc, vous êtes un être éternel, sous une forme ou manifestation actuelle. Vous participez de l'Être vivant éternellement de deux façons. Car non seulement vous vivez par une intervention continue de cet Être Universel, mais encore vous participez en votre essence et comme créature de cet Être Universel.

Donc ce qui est éternel en vous ne périra pas.

Ce qui périra, ce qui périt à chaque instant, ou plutôt ce qui change, ce qui se transforme, ce sont les manifes-

(i) Le lecteur comprendra aisément la distinction entre être et vivre. Vivre implique être, et s'en distingue. Vivre, c'est être avec une limitation. Dieu est, la créature vit.

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tâtions de votre être, les rapports de votre ôtre avec les autres êtres. Voilà ce qui n'a pas^ quant à vous^ de solidité et d'éternité. Et il faut bien qu'il en soit ainsi ; car c'est grâce à cette mutation que l'être qui est en vous, l'être éternel qui est vous, continue à se manifester. Pour la créature, se manifester c'est changer. Donc la mort des formes accompagne la vie. Vivre, c'est mourir quant à la forme pour renaître quant à la forme.

Mais la plupart des hommes font encore cette confusion, de prendre pour la vie même la manifestation de la vie. C'est la manifestation delà vie, la manifestation présente, qu'ils voudraient éterniser. C'est pourquoi ils voudraient ne jamais mourir. La mort venant mettre un terme aux manifestations actuelles de leur vie , sous la forme qu'ils se connaissent actuellement , voilà ce qui leur est odieux , et ce qu'ils voudraient détruire. Les plus grands hommes quelquefois ont donné dans cette erreur. Descartes n'a-t-il pas rêvé, avant Condorcet, une immortalité pour nos corps, conquise par la physique et la médecine! Non, ce n'est pas ainsi que nous sommes immortels, et que nous nous saurons knmortels. Nous sommes immortels, parceque la vie, en son essence, ne dépend ni du temps ni de l'espace, et ne tombe sous leur empire que dans ses manifestations ; donc ses manifestations seules sont périssables.

Mais que sommes-nous en essence, et quelle est, par conséquent, l'essence qui de nouveau se manifestera, et dont les manifestations nouvelles composeront notre vie future?

Je dis que nous ne sommes pas seulement un être, une force, une virtualité, mais que cet être, cette force, cette virtualité , a , en tant que telle , une nature déterminée. Je

dis que chacun de nous a une nature déterminée, la nature humaine , que chacun de nous est humanité.

Nous sommes humanité. Donc, notre perfectionnement est uni au perfectionnement de l'humanité, ou plutôt est ce perfectionnement même. Donc notre vie future sera liée à la vie de l'humanité. Voilà ce que je veux démontrer.

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