‹ De l'humanité, de son principe, et de son avenir, où se trouve exposée la vrais définition de la religion et où l'on explique le sens, la suite et l'enchaînement du mosaisme et du christianisme. [Première partie]Chapitre 49 sur 60 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

VIVRE, c'est, en essence, AVOIR L'HDMANITÉ POUR OBJET.

Oui, au fond, l'humanité, c'est nous. Car qu'est-ce que nous, qu'est-ce que le moi? Le moi n'existe pas indépendamment d'un non-moi. Manifesté , il est uni à un non-^moi. Virtuel, il est uni virtuellement à un non-moi. Il n'existe donc, soit manifesté, soit virtuel, qu'uni à un non-moi.

Ce non-moi, but direct de notre existence , ne peut être que Dieu, nous-même, ou la nature, qui comprend le semblable ou l'humanité.

Ce non-moi ne peut pas être Dieu ; car nous ne serions pas des créatures, nous serions Dieu.

Ce non-moi n'est pas la nature; caç nous ne serions pas

des hommes ^ nous serions d'autres créatures ; nous serions telle ou telle espèce animale ou végétale.

Reste donc que ce non-moi soit nous-knéme ou le semblable^ c'est-à-dire l'humanité.

Et, en effet, ce non-moi e%t nous-méme; et, parce qu'il est nous-méme, il est l'humanité.

Vivre, c^est être tourné vers soi-même (1).

Être tourné vers soi-même, c'est être tourné vers le semblable, qui est nous-même, c'est-à-dire vers l'humanité.

En sorte que vivre, pour l'homme, c'est en essence être attiré vers l'humanité.

Vivre en essence, c'est donc, pour l'homme, avoir pour objet l'humanité.

L'humanité est donc le non-moi nécessaire du moi.

Et au fond elle est ce non-moi parce qu'elle est ce moi.

(1) J'ai écrit cela par intuition métaphysique. En imprimant, je pense à faire remarquer que les sciences d'observation confirment cet axiodne. Il est notoire , en effet, que Tétude la plus profonde des phénomènes, au point de vue des physiciens et des naturalistes, a conduit celui ^e nos savants qui a fait incontestablement les plus belles découvertes de notre époque dans les sciencles de la vie, à résumer la loi de la vie dans V attraction de soi pour soi. Les savants de détail et de routine, loin de comprendre la recherche de M. Geoffroy-Saint- Hilaire et Timportance qu'il attache à cette formule , Font presque blâmé et raiUé d'avoir voulu ajouter quelque chose à ce terme solennel d'attraction, qui, après avoir été lui-même longtemps repoussé, est aujourd'hui intronisé, et sert de mot d'ordre dans les sciences depuis un siècle et demi. Mais quoi I ne comprennent-ils donc pas que ce mot consacré n'est tout au plus que le commencement d'une formule, «et non une formule tout entière ? L'attraction peut être une formule suffisante en astronomie ; mais assurément ce n'en est pas une en chimie ni en physiologie. Vous dites que les corps s'attirent; soit, nous en convenons. Mais vers quoi, en essence, les êtres ou les corps, une fois distingués et devenus des êtres spécifiques, sont-ils attirés? En chimie, déjà, vous ne pouvez pas sortir des affinités électives, et là le mot d'attraction employé dans le sens des astronomes serait une erreur et une jonglerie. Mais en physiologie vous n'avez plus même l'apparence d'une loi , et le mot d'attraction sans détermination est un non sens. Que l'illustre naturaliste dont nous parlons se console néanmoins du peu d'accueil qu'on a fait à sa formule de I'attragtion de soi POUR SOI. Qu'il se rappelle que Keppler demandait à Dieu un lecteur en cent ans.

J. ik

ilO DE L'HUMANITÉ.

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