‹ De l'humanité, de son principe, et de son avenir, où se trouve exposée la vrais définition de la religion et où l'on explique le sens, la suite et l'enchaînement du mosaisme et du christianisme. [Première partie]Chapitre 50 sur 60 · IDENTITÉ EN DIEU DE L'HUMANITÉ ET DE L'HOMME · texte numérisé non relu

IDENTITÉ EN DIEU DE L'HUMANITÉ ET DE L'HOMME

Il y a donc , pour employer ici l'expression de Leibnitz , une harmonie préétablie entre l'homme et l'humanité. Et cette harmonie gît dans l'identité en Dieu de l'humanité et de l'homme.

Dieu voit l'humanité dans chaque homme , de même que chaque homme est pour lui l'humanité.

Dans les desseins de Dieu 5 à mesure que l'infini créé, appelé le temps et l'espace , se déroule , c'est l'hunianité qui se' constitue; et pourtant c'est chaque homme aussi qui se constitue 5 parce que^ homme et humanité sont identiques.

Et lorsque Dieu a ainsi fait l'homme pour l'humanité , et a mis dans l'homme le caractère d'humanité ^ sans doute afin que, l'humanité idéale se réalisant dans toute sa grandeur, l'homme existe aussi dans toute sa grandeur, on imaginerait, les uns, que l'homme n'existe qu'un instant, les autres, que l'homme ne vit qu'un instant dans l'humanité , et qu'il va ensuite continuer sa vie éternelle dans d'autres planètes, dans d'autres astres ! Il nous semble que c'est vraiment nier toute harmonie des choses, tout plan, tout rapport, toute coordination dans l'œuvre divine.

/ J'ai cité plus haut cette pensée de Leibnitz : «Le monde » invisible , dont les anciens ont tant parlé , est en Dieu et en » nous aussi; » et j'ai dit, en suite de cette pensée : L'humanité , portion de ce monde invisible , est en nous et en Dieu.

J'ai prouvé^ je crois ^ suffisamment le premier points à savoir que rhumanité est en nous. Ce serait ici le lieu de développer le second , à savoir que l'humanité existe en Dieu. Dieu n'a pas créé vainquent des espèces, et les départements divers, si je puis employer cette expression, que nous remarquons dans l'œuvre divine, ne sont pas des choses sans signification et sans réalité. Mais ce serait entrer dans la théodicée, dans la science la plus générale, la plus difficile, la plus obscure encore, dans la science des sciences. J'éloigne cette recherche, du moins pour ce moment. Je traite ici de l'humanité, et non de Dieu, ou de sa justice et de son gouvernement du monde. Je crois d'ailleurs avoir, indépendamment de la théodicée, assez de certitude dans la lumière que je tiré de la considération même de l'homme, et j'irai au but que je me propose avec le seul appui de la conscience intime qui nous fait sentir l'humanité en nous. Je me bornerai donc sur la théodicée à une seule remarque.

Quoi ! chaque homme est un homme et l'humanité ; chacun de nous porte lui-mé^ie et l'humanité : et l'on supposerait que ces hommes qui renferment chacun virtuellement un immense développement humain, que ces hommes qui virtuellement contiennent toute la connaissance, tout le sentiment, et toute la puissance active, dont l'humanité est capable, ne feraient que passer dans l'humanité, sans suite et sans retour !

Ainsi Dieu aurait créé et créerait continuellement une multitude d'êtres, auxquels il donnerait une virtualité infinie, et pourtant spécifique, et dont il arrêterait promptement par la mort ou par l'exil le développement ! Et pourquoi créerait-il ces êtres, ainsi détruits dans leur virtualité presque après être nés? Pour en créer d'autres qu'il détrui-

j:ait également 9 et toujours ainsi. Vraiment^ cette supposition nous semble aussi contraire aux idées que nous pouvons nous faire de la souveraine raison de Dieu que de sa justice. Les philosophes modernes ont souvent parlé de la simplicité des lois de. la nature; ils ont cherché dans cette simplicité un critérium de certitude pour tous les sujets difficiles où notre raison ne peut avoir d'autre base évidente et certaine. Je demande s'il est conforme à cette loi de la simplicité dans l'œuvre divine, de croire que Dieu , ayant mis une véritable harmonie et identité entre l'homme et l'humanité, ne se serve pas de l'homme pour perfectionner l'humanité , ou réciproquement ne se serve pas de l'humanité pour perfectianner l'homme.

Page 1