CHAPITRE XII
NOUS SOMMES NON SEULEMENT LES FILS ET LA POSTÉRITÉ DE CEUX QUI ONT DÉJÀ VÉCU, MAIS AU FOND ET RÉELLEMENT CES GÉN'ÉRATIONS ANTÉRIEURES ELLES-MÊMES.
Non 9 nous ne voulons pas croire que « sur cette terre les «générations se suivent passagères, fortuites, isolées; » qu'elles paraissent, souffrent, meurent, mais que nul lien. » n'existe entre elles; qu'aucune voix ne se prolonge des- » races qui ne sont plus aux races vivantes, et que la voix » des races vivantes doit s'abîmer bientôt dans le même si- »lence éternel (1).
Cette poésie du néant, cette négation de la continuité de la vie, et par conséquent de la vie, nous paraît une folie étrange. Si la mort pouvait nier la vie, ce serait la mort qui serait la vie : tant Y être est nécessaire.
Un enfant va naître : pourquoi refuseriez-vous au Créateur le pouvoir de faire renaître dans cet enfant .un homme ayant déjà vécu antérieurement?
Cette résurrection est-elle donc impossible à celui qui peut donner la vie? Celui qui peut faire naître ne peut -il pas faire renaître?
En un certain sens, rien n'est plus vrai que ce qu'on dit ordinairement et qu'enseignait la théologie chrétienne , savoir que Dieu nous crée à notre naissance , que Dieu nous
(i) Benjamin Constant , De In religion.
accorde la vie et nous donne une âme lorsqu'il nous fait naître, et que nous sommes ainsi des. être nouveaux apparaissant à la vie pour la première fois. En effet cet acte de naissance, ou, suivant nous, de renaissance, ne se fait pas sans une intervention de Dieu. Et comment se ferait-il sans cela, quand aucun acte quelconque de notre vie ne se, fait sans la permission et l'intervention de l'Être Universel? Nous sommes donc, comme on dit, créés quand nous naissons. Et néanmoins telle est cette création, que nous, qui naissons, nous nous trouvons être non seulement la suite et, comme on dit, Içs fils et la postérité de^ceux qui ont déjà vécu , mais au fond et réellement ces générations antérieures ellesmêmes.