SUITE. PERPÉTUITÉ DES INDIVIDUS AU SEIN DE L'ESPÈCE
Peut-on sérieusement s'imaginer que les enfants qui viennent à la vie soient, comme le disait l'école de Locke, une table rase? Peut-on sérieusement penser que leur existence date du jour par lequel nous marquons leur naissance !
Quoi ! tandis que vous avez peine à concevoir et à admettre la génération spontanée du moindre animalcule ^ vous imaginez que cet être si intelligent que vous appelez un enfant a été subitement tiré du néant; qu'il n'existait pas hier, qu'il n'avait jamais existé, et que néanmoins il a passé sans intermédiaire du néant à ^existence humaine ! Et les matérialistes s'imaginent que quelque modification dans une matière qu'ils qualifient par elle-même d'inerte, et à laquelle ils n'attribuent que des qualités physiques, comme ils disent, ont suffi pour faire passer du néant à l'existence un être , et non seulement un être, mais un homme, c'est-àdire un être qu'ils placent eux-mêmes le premier de beaucoup dans la série animale ! En vérité, cela est trop ab3urde!
Les matérialistes, qui ont si fortement repouâsé la création du néant , et qui lui ont opposé l'axiome Ex nihilo ni" hil, ne s'aperçoivent pas qu'en niant la préexistence de
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l'être subjectif dans l'enfant ^ ils admettent la création du néant 5 et abandonnent leur axiome Ex nihilo nihiL
Voilà un enfant, c'est-à-dire un être plein de facultés merveilleuses. Certes, je vois bien qu'il n'existe pas par luimême, qu'on lui a transmis et qu'il a reçu la forme de son existence. Mais il existe , et vraiment est-il possible de croire qu'un tel être ne se soit pas déjà manifesté?
Je vois bien qu'il a reçu de ses pères, par la génération, l'initiation à la vie. Je vais plus loin ; il a tout reçu de ses pères et de l'humanité antérieure, tout hors son moi. Il vient pour remplacer son père et sa mère sur la terre, et il les représente; il vient avec d'autres jeunes, semblables à lui , pour remplacer la génération au sein de laquelle il est né ; et cette humanité antérieure, qui l'a engendré comme son légitime successeur, lui a transmis tous ses caractères.
Mais enfin, il y a en lui, sous ces caractères de l'humanité, un être particulier, une créature, un moi.
Or, est-il conforme à la raison de supposer que ce moi n'a jamais existé auparavant, et qu'il vient de sortir du néant? D'un autre côté, est-il conforme aux idées de causalité de supposer que ce moi, cette créature , ait été revêtue par le Créateur de cette forme déterminée, qui entraîne à sa suite tel ou tel état déterminé de bonheur ou de malheur , sans raison pour elle, et sans suite pour elle. Il n'y aurait donc, relativement aux créatures, aucun ordre dans la théodicée divine , et par conséquent il n'y aurait aucun ordre dans l'œuvre même de Dieu. Dieu se conduirait sans motif par rapport aux créatures, puisque, sans raison, il les ferait vivre un instant et mourir, pour tirer du néant de noxivelles créatures qui ne seraient pas suite des précédentes, et
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qu'il embellirait, au hasard, de ses dons, oii frapperait, au hasard, de sa répitobation ou de sa cdière.
Donc, puisque cet enfant n'est pas un être nouveau, un être né d'hiei:, et qui ait passé dn néant à ce degré surprenant de vie et d'intelligence, il faut que, dans sa vie immédiatement antérieure , il ait été ou déjà homme , ou animai, ou plante.
Ainsi , de toute nécessité , il fout admettre ou le système indéterminé des métempsychoses , ou le système déterminé de renaissance dans l'humanité , que je soutiens.
Il n'y a pas de faux-fuyants pour échapper à ce dilettime.
Or, de ces deux systèmes*, le second est infiniment plus probable qiie le premier. La même raison qui nous fait rejeter comme absurde la supposition que cet enfant, où nous découvrons tant de facultés , soit sorti du néant pour vivre sous cette forme > nous porte également à rejeter la supposition qu'il soit immédiatement sorti de l'animalité.
Donc, le seul système probable est celui de la perpétuité des individus au sein de l'espèce*