‹ De l'humanité, de son principe, et de son avenir, où se trouve exposée la vrais définition de la religion et où l'on explique le sens, la suite et l'enchaînement du mosaisme et du christianisme. [Première partie]Chapitre 55 sur 60 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

SUITE. L'iRirtrrÉ et des coNDmo^s NOirvELLES d'existence

REWLAGEMT LA MÉlfOIRE.

Si l'absence de mémoire formelle chez les enfants que nous voyons suif ir à la vie .n'est nullement une preuve que I. 15

leur vie présente n'ait pas été précédée de vies antérieures; pourquoi 5 relativement à^nousHuèmes, la privation prévue de cette aiénioire> quant fi notre vie actuelle, détruirait-elle l'idée que nous dévoua nous foire de notre résurrection? . L'iunéité et les conditions diverses que les êtres réappa-^ raissjant aujourd'hui à la vie aj^portent en naissant remplacent évidemment la mémoire perdue de leur ekistenee passée. Cette mémoire est entrée , pour ainsi dire , plus profiwdément dans leur être ; elle est transformée en facultés , en puissance de vivre , en virtualité , en prédispositions de tout genre.

Pourquoi donc , relativement à nous et à notre avenir , gépirions^oiouB de ce que nous aussi devons perdre le sou^ venir formel de notre existence actuelle > en pas^lit an creo^etde k moct? Ce né sont que des noms et de vains simulacres quelnotis perdrons, pourvu que cette mémoire que nous, avons dé notre vie, sous sa forme actuelle, se trouve remplacée pat * une innéfté et des conditions nouvelles d'existence, représentadt exactement la valeur actuelle de notre vie, parce qu'elles auront été pesées dans la balance de celui qui est la justice et la mathématique mêmes, et qui a fait le monde, comme dit la Bible, c'est-à-dire qui le fait continuellement , avec. poids, nombre , et mesure, cum pondère, numéro, et mensura.

N'est-ce pas. failjlesse et ^golsme >> dans le.manvais sens, par conséquent ino^pi^té ^ que cet attsiehement des hommes à leurs manifestations et à la fragile mémoire qu'ils en conservent pendant cette vie? N'est-ce pas une sorte d'avarice assez semblable à l'avarice véritable, qui empêche l'avare de. vivre, parattachemèiitînseâsé pour son trésor? Ce trésor n'est pas hii t il finît pourtant par y mettre et y enterrer

son être. Ainsi , la plupart des hommes voudraient enterrer leur être dans la forme de cet être.

Ils appellent cela ne pas oublier , et 5 colorant l^ur égolsme des fausses couleurs du sentiment 5 ils veulent à tonte ^ force conserver leurs souvenirs après la mort. Vous ne voulez pas oublier^ dites-vous : vous ne voulez donc pas changer; car le changement apporte nécessairement l'oubli. Vous ne voulez pas changer : vous ne voulez donc pas vivre ; car vivre c'est changer. Pourquoi donc n'êtes-vous pas resté aux années de votre enfance? Pourquoi ne vous êtes-vous pas arrêté et immobilisé à une certaine période de votre vie? La plupart des hommes voudraient en effet s'arrêter et s'immobiliser ainsi; et 9 par la même raison ^ quand il s'agit de vie future ^ ils voudraient ^ pour y croire ^ qu'on leur démontrât qu'ils seront transportés dans cette vie nouvelle avec tout leur bagage de souvenirs ^ et tout l'attirail de leurs manifestations actuelles 5 absolument comme ils se transportent en voiture d'un lieu à un autre. Et si on rit de leur folie, alors ils baissent tristement la tête, et ne voient plus que le néant. Ce ne sera plus moi, disent-ils, si je ne me souviens pluSi Cette idée qu'ils se font de la vie future est prise des manifestations et non de Tesi^nce de la vie.

Ce sera d'autant phis vous, peut-on leur répondre, que vous vous souviendrez moins. L'avare existerait bien plus réellement , si on pouvait le débarrasser de son attachement insensé à son trésor, et lui faire oublier ce trésor et con*naître la vie véritable.. Sous prétexte de souvenirs que vous voulez garder, voyez si ce ne sont pas réellement vos vices que vous tenez à conserver, si ce ne sont pas vos richesses, votre puissance, c'est-à-dire votre avidité, votre avarice, votre orgueil, que vous ne voulez pas perdre. Est-ce bien

réellement votre vie, est-ce la vie daiis sa virtualité, est-ce le moi éternel qui vous constitue, que vous réclamez, en réclamant si énergiquement la mémoire formelle de votre existence présente? Je croirais bien plutôt, moi, que c'est, -de cette vie, son obscurité et son ignorance actuelle que vous aimez.

Non, non; cela n*a pas le droit d'être, le droit de persister pour nous. Une telle persistance de nos manifestations antérieures n'augmenterait pas notre être, mais l'écraserait et l'atrophierait Ce serait le radotage du vieillard qui

nous suivrait, pour nous empêcher d'être, et pour détruire

notre étemelle jeunesse. Que celte vie antérieure se retrouve pour nous objectivement au sein du monde et de l'humanité, à la bonne heure; mais que nous la portions avec nous comme un attirail et un poids , voilà qui n'est pas raisonnable. Voulez-vous vivre, oubliez : n'est-ce pas ce que nous nous disons souvent nous-mêmes les uns aux autres, •dans les crises de notre vie? Et nous voudrions continuer k être obsédés, de vie en vie, par tous les détails de notre •existence ! Un enfant parvenu à l'âge de marcher a-t-il be- •soin de se rappeler tous les faux pas qu'il a faits au début? Quand nous parlons , est-il nécessaire que nous nous souvenions de notre premier bégaiement et de toutes lés fautes .de langage que nous avons commencé par faire I

Oh ! que les anciens étaient plus dans la vérité avec leur -mythe du fleuve Léthél Les plus nobles héros, les plus :grands sages., n'aspiraient, suivant eux, qu'à boire à longs traits ces eaux d'oubli , sans croire perdre , pour cela , leur existence, leur être, leur identité, leur personnalité, leur mou

La persistance de la mémoire, comme la comprennent

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et la voudraient la plupart des liommes , serait le plus grand obstacle au progrès, et un enchevêtrement absolu au développement de la vie dans l'espèce, et, par conséquent, dans les individus eux-mêmes. Prenez les plus grands hommes dont l'histoire fasse mention, et imaginez-les transportés, avec cet attirail de la mémoire de leurs manifestations , dans un âge suivant : ne voyez-vous pas combien ce prétendu trésor leur deviendrait pernicieux, et les rendrait eux-mêmes funestes au progrès des choses humaines ! N'est-il pas évident qu'ainsi attifés de leur passé, de ce passé qui a dû périr parce que c'était une forme et que toute forme doit périr pour que la vie se continue , ils ne seraient nullement propres à revêtir la forme nouvelle que le progrès de la vie nécessite?

Ne cherchons donc pas, dans la conservation ou la perte de la mémoire, le caractère de notre identité. Notre identité; c'est le moi qui nous a été donné indépendamment de ses manifestations; et c'est aussi le non-moi qui nous a été donné dans les êtres extérieurs, nos semblables à différents degrés, indépendamment des manifestations de ce non-moi, qui varient et changent comme les nôtreft, daj^ une harmonie éternelle.

N,ou8 serons, nous nous retrouverons. Mais avons-nous besoin, pour être et pour nous retrouver, de nous rappeler nos formes et nos existences antérieures? Qu'on me dise d'oii viennent ces sympathies qui unissent, dans la vie présente, ceux qui s'aiment, et qu'on m'explique ces liens invincibles qui nous entraînent vers certains êtres. Croit-on vraiment que ces sympathies n'aient pas leur racine dans des existences antérieures?

La mémoire n'est qu'un cachet fragile d« la vie. Il se fait

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probablement dans le phénomène de la mort quelque chose de semblable à ce qui a lieu chaque jour dans le sommeil ,, que les poètes, les philosophes , et même le vulgaire , ont si souvent comparé à la mort, et appelé le frère de la mort Dans le sommeil, nos idées, nos sensations; nos sentiments de la veille, se transforment et s'incarnent en nous, deviennent nous , par un phénomène analogue à celui de la digestion de'noCre nourriture, qui devient notre chair. Dans le sommeil, dis-je, nos perceptions s'élaborent au point de devenir une force potentielle de notre être, et en ce sens notre être lui-même. C'est ainsi que le sommeil nous régénère, et que nous sortons plus vivants et plus forts du sommeil, avec un certain oubli. Eh bien , dans la mort , qui est un plus grand oubli, il semble que notre vie se digère et s'élabore 5 de manière que , tout en s'effaçant sous sa forme phénoménale, elle se transforme en nous, et augmente, en passant à l'état latent , la force potentielle de notre être. Puis tient le réveil ou la renaissance. Nous avons été, nous ne nous rappelons plus les formes de cette existence ; et néanmoins nous sommes, par notre virtualité ^ précisément la suite de ce ^que nous avons été, et toujours le même être, mais agrandi.

DE

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