PREUVE PAR PYTHAGORE
Puisque Platon a pu se laisser aller^ par moments^ à croire à la métempsychose de l'homme dans les animaux^ il semble qu'on ne soit pas bien venu à prétendre que son maître Pythagore fut exempt de cette superstition. Quoi ! dira-t-on , Platon était-il moins avancé que Pythagore? D'ailleurs, n'est-ce point une opinion bien accréditée que Pythagore enseignait la métempsychose! Son nom même n'est-il pas, pour ainsi dire, synonyme de cette doctrine! L'antiquité grecque et romaine ne l'en a-t-elle pas cru le père et l'inventeur ! N'est-ce pas lui, du moins, qui l'a importé d'Orient ! Enfin , ne la lui assigne-t-on pas , à différents titres , nommément et expressément, tandis qu'au contraire Platon échappe presque à l'accusation d'une erreur si grossière, parce qu'on attribue en quelque sorte les ti'aces d'une pareille opinion dans ses écrits à des restes de préjugés pythagoriciens dont il n'avait pas su se guérir !
Ces raisons peuvent paraître plausibles, et pourtant c'est le contraire qui résulte de l'examen attentif des monuments
de l'antiquité. Pythagore a enseigné^ il est vrai, la métempsychose, mais la métempsychose véritable, c'est-à-dire la renaissance de l'homme dans l'humanité ; tandis que Platon, en voulant vulgariser la doctrine de son maître Pythagore, et de leurs maîtres communs les philosophes de l'Inde et de l'Egypte , a été conduit quelquefois à appeler à son aide la croyance vulgaire sur la métempsychose, ne trouvant pas, dans la croyance jt^Aî'fos^^/^AîV^^^^s Pythagoriciens à ce sujet, assez de ressources pour justifier aux yeux du vulgaire, et à ses propres yeux, le dogme moral des peines et des récompenses.
Gardons-nous bien de croire que Pythagore ait enseigné l'absurde naturalisme qu'on lui prête ordinairement; et ne croyons pa^ non plus, comme l'ont insinué, dans ces derniers tempsi^ quelques historiens de la philosophie (1), que les principes de l'école pythagoricienne ne furent que de vagues commencements et comme une sorte de chaos qui attendait le génie de Platon pour se préciser et se for*muler.
Pythagore, c'est la métaphysique, la science, et la politique de l'Inde et de l'Egypte. Or ne savons-nous pas aujourd'hui, par ce que nous avons commencé à connaitre des monuments de l'Inde, comment le principe de Y éternité des âmes a donné lieu, en Orient, à l'idée de \di transmigra^ tion, et comment l'idée de la transmigration a dégénéré en métempsychose indéterminée, confuse, et rétrograde?
De même donc que, dans les livres de l'Inde^ à côté d'idées vraies et sublimes se placent d'absurdes superstitions, de même, dans l'importation de la philosophie et du
(1) Tenuemann entre autiies.
régimç de yi^ des Onpataux, le vrai et le faux, la religion, et la superstition, durent fiécessaireiïient se produire ensen^ble.
Il r^ste peu de monuments et de féipqignage^ de l'aucien Pythagorisme; mais il eu reste bien as^z pour traiter de fabk absurde l'idée que l'on donne ordin^airement du système de Pythagore sur la métempsychqse.
Quoi ! un aussi grand philosophe, élevé à l'école des métaphysiciens de l'Orient, aurait cru que «les âmes erraient de » côté et d'autre dans l'air, et s'emparaient, sans distinction, 9 des premiers corps qu'elles rencontraient ; qu'une âme, par » exefuple , sortant du corps d'un homme , entrait dans le » corps d'un cheval, d'un loup, d'un âne, d'une souris, d'une » perdrix, d'un poisson, ou de quelque autre animal, comme 9 dans cefui 4'un homme, sans en faire aucune différence;, » de même qu'une âme, sortant du corps de n'importe quel » animal, entrait indifféremment dans le corps d'un homme ou » dans celui d'une bête (1). »I1 n'y a rien d'assez ridicule pour être comparé à cette opinion sur Pythagore, à moins que ce ne soit la conséquence qu'on en tire, que l'abstinence py-; thagoricienne p'avait pas d'autre origine : « C'est pourquoi, » dit encore Fénelon, Pythagore défendait expressément de. » manger des animaux. Il croyait qu'on ne faisait pas un » moij^dre crime en tuant une mouche, un ciron, ou quel- » que autre petit insecte, qu'en tuant un homme, puisque » c'étaient les mêmes âmes pour toutes les choses vi-- » vantes [2), »
Eh ! non , précisément , Pythagore ne croyait pas que ce fussent les mêmes âmes pour toutes les choses vivantes, puis-
(i) Fénelon, Philosophes de VmtiquUé.
(2) Ibid.
qu'il donnait de Tâme de l'hoinme une formule qu'il déclarait ne pas convenir aux animaux.
Gomment croire que les anciens Pythagoriciens qui connaissaient la vraie formule de l'âme humaine ^ et qui , j'ose le dire^ la connaissaient mieux que Platon, lequel l'apprit d'eux, mais ne la possédait qu'imparfaitement, se soient jamais imaginé que l'être qui réalisait en lui la triade et la tétrade divine pût redevenir animal ou plante!
Je dis que les anciens Pythagoriciens connaissaient de l'homme une formule psychologique qui rendait presque impossible qu'ils crussent à la métempsychose de l'homme dans les animaux.
«Pythagore, ditDiogène de Laërte, distingue dans l'âme » humaine trois parties , la raison, le sentiment ^ la sensi-- » bilité (1). » — « Le ternaire, dit Macrobe parlant de la théo- » rie pythagoricienne des nombres, est la formule de l'âme » complète ou absolue en ses trois parties, dont la première » est la raison, la seconde le sentiment, la troisième Yappélitit sensible (2). 9
Diogène de Laërte ajoute : « Pythagore enseigne que le » sentiment et la sensibilité appartiennent aussi aux autres » animaux, mais que la raison ne se trouve que dans l'hom- » me (8).» Ensuite, après avoir dit que Pythagore retrouvait dans le corps humain le symbole de cette trinité de l'âme hu-
(1) T-^v àvBp^nou fif^iiv $i<x.tptÏ9Boi.i rpty^^ , sU ts vouv^ xolI fpivcti^ xa2 Ou/a^v. (Vie de Pythagore. )
(2) « Ternarius assignat animam tribus suis partibus absolutam : quarum pri- » ma«st ratio, quam Xoyturtxbv appellant; secunda atdmositas, quam du^oà» «Yocant; tertia cupiditas, quae E7rc9u/AY)T(xàv nuncupator. » {Somn, Scipion, lib. I, cap. VI.) — Voy. Réfutation de l* Éclectisme,
(3) Nouv //.èv ouv y.r/A Bu/ibv &tvoLi y.vX sv roT; kAXoc; Ç0^{$ * fpitOLç Si pAwv h àv$p<it7:u, •
maine , et qu'il localisait ^ sans les diviser^ ces trois principes de rame, Tintelligence dans la tête ou dans le cerveau, infiniment plus développé dans l'homme que dans les animaux, le sentiment dans le cœur, et la sensibilité dans les organes des sens, il ajoute encore que « suivant Pythagore, » de ces trois parties, celle qui consiste dans la connaissance . » est imniortelle , à l'exclusion des deux autres qui sont pé- »rissables(l).*
Que ce dernier texte, si positif ait besoin d'explication, je le veux bien. Mais je demande s'il est possible, avec une telle psychologie, de tomber dans l'erreur de la métempsychose , telle qu'on l'attribue à Pythagore !
Pythagore, comme Hermès, comme Moïse, voyait dans l'homme une image de Dieu. La Bible ne dit-elle pas que Dieu créa l'homme à son image ? Pour les Pythagoriciens , l'homme était un abrégé et un miroir de la Divinité. Dieu est rétre infiniment sage, infiniment bon, infiniment puissant L'homme est créé par Dieu, est de Dieu, est Dieu au fini. Tandis donc que Dieu est connaissance infinie, sagesse infinie, intelligence infinie, l'homme est simplement connaissance. Tandis que Dieu est amour iufini, sentiment infini, bonté infinie, l'homme est simplement sentiment. Tandis que Dieu est puissance infinie, activité infinie, espace et temps infini, l'homme est simplement sensation. Dieu n'est pas seulement intelligence infinie , bonté infinie , puissance infinie, il est tout cela ensemble et indivisiblement. L'homme n'est pas seulement connaissance, sentiment, sensation, il est tout cela ensemble et indivisiblement. Mais tandis que ces trois attributs de Dieu , étant tous les trois
(i) K«i Td /*èv ^péniM'^ àdÂvo^TOv • xol Si Xotnà. ôvtjtô.
31fr DE L'HUMANITÉ.
infinis ,■ sont parfaitement égaux et harmoniques en Dieu , l'homme ne ppssédant les attributs correspondant^ que finis, ne les possède pas égaux et harmoniques. Il les possède inégalement et inharmoniquement^ quoiqu'il tende à runité. Son bien est dans la plus grande unité possible de ces éléments associés mais contrastants de son être ; son mal est dans la séparation par inégalité et disproportion de ces mêmes éléments. Dieu est donc parfaitement un^ tandis que rhomme, à cause de la prédominance copstante ou alternative de tel ou tel des attributs qui le . constituent^ n'est pas parfaitement uvh mais est au contraire divers^ et sent son être dans un combat perpétuel et dans une sorte de constante anarchie. Dieu étant à la foisun, d'une part^ et^ d'autre part, infiniment sage 5 infiniment bon , infiniment puissant , son vrai nom ^ dans la théorie symbolique des nombres 5 est exprimé par le nombre quatre. De là le Tétragrammaton des Hébreux > nom ineflable de la Divinité, tout rempli d'une vertu secrète, et qu'il était défendu de prononcer. Le Tétragrammaton des Hébreux, est la Tétracty$y la tétrade, le quaternaire des Pythagoriciens, nom saint et sacré dans l'école de Pythagore, expression symbolique de la triplicité et de ruqijté ^e l'Être universel, ou de Dieu , qui a marqué du même ca^ch^t, c'est-à-dire du cachet même de la Divinité, mais d'upe manière finie , l'âme de l'homme. Aussi Lysis, ou plutôt Pythagore lui-même ( puis^qe les Fers doré, bien qu'écrits par Lysis , remontent à l'époque de Pythagore ) , après avoir donné au disciple des conseils détaillés pour soigner à la fois la santé de son intelligence , de son cœur, et de son corps, et pour arriver le plus possible à Yunité harmonique de ces ti*ois principes de la nature humaine, ajoute : «Suis mes conseils, et tu seras heureux. J'en jure
» par Ceini qm a donné h notre âme la téti^de^ aonrce de^ » Féternelle natnre :
» Ilayflèv «evocoû fitaeSiç (1), »
Je le répète ^ était-il possible , avec une telle jlsychologie et une telle théologie , de tomber dans l'erreur de la métempsycbose^ telle qu'on l'attribue à Pytbagore!
Mais, dira-t-on^ Platon y est bien tombé quelquefois 3 et il avait pourtant connaissance de la même doctrine.
Je réponds d'abord que Platon, comme je l'ai prouvé ^ n'est tombé dans cette faute qu'accidentellement J'ajoute qu'il a montré, par ses erreurs sur d'autres sujets (2) , qu'il ne possédait qu'imparfaitement la formule pythagoricienne de l'homme et la formule pythagoricienne de Dieu. Enfin je dis qu'il était entraîné presque fatalement à l'erreur de la métempsychose indéterminée et rétrograde, par le rôle qu'il avait pris de vulgariser le Pythagorisnie.
Il est facile de se rendre compte de la différence de situa-, tion entre Platon et Pytbagore.
Platon, avant de se faire disciple des Pythagoriciens, avait été huit ans disciple de Socrate. Or, Soçrate, c'était la morale et la politique plus que la science et }a métaphy* sique. Le dogme moral des peines et des récompenses dut donc prendre, aux yeux de Platon, une importance de premier ordre. Mais bientôt, à l'école des Orientaux et des Py-. thagoriciens^ Platon fondit dans squ esprit ce dogme avec celui de l'éternité 4es âmes. Qu'en résulta-t-il? c'est qu'il se
(1) Ta fûv TluBKyop&iùiv, ETryj Ta X^uff«, sub fin.
{%) JXm 1» BéjméUgve. Voy. Ih VɧtUité, pranière partie.
316 DE L'HUMANÏÎÉ.
vit forcé de donner au dogme Pythagoricien une expression ou une forme adéquate aux tendances socratiques ^ c'est-àdire d'exposer l'éternité des âmes de telle sorte qu'on y vît clairement le dogme des peines et des récompenses mis en action et parfaitement réalisé. Or, ici revenait toujours la difiBculté d'expliquer, avec un genre humain improgressif, la Providence et la justice divine.
Pythagore ne s'était pas trouvé dans le même cas que Platon. Car, br l'exemple des prêtres d'Egypte , il avait tenu sa doctrine secrète, et renfermée dans sa secte, divisée ellemême en plusieurs ordres d'initiés. Or, avec des disciples appliqués avant tout à la vertu et à la science, quelle nécessité de justifier la doctrine métaphysique de la transmigi'ation de la vie par des prescriptions pénales du gienré de celles qiR; Platon était obligé d'employer, lui qui s'adressait à des esprits aveugles et dominés par toutes les passions, à la foule, en un mot, soit des oppresseurs de la terre, soit des opprimés?
Platon fut donc, sur ce point, par le fait même de sa mission de disciple à la fois de Socrate et de Pythagore, et de vulgarisateur du Pythagorisme, précisément dans la même infériorité relative avec son maître Pythagore qu'avec son propre disciple Virgile. Nous avons vu, eu effet, que Virgile , n'étant point tenu , comme poète , à une parfaite rigueur dans les conséquences d'une idée, avait pu s'arrêter et se borner à l'idée vraie de la métempsychose ou de la renaissance, tandis que Platon, obligé, comme moraliste et politique, de suivre la chaîne complète de ses raisonnements, n'avait pas toujours pu se tenir à la vérité pure. De même, Pythagore, n'ayant pas affaire à la foule, put enseigner la transmigration des âmes sans enseigner pour cela des
ei^reurs suFceltQ transmigration. Ilayait,. lui^. l'ég^^t^i^ine» l'éçQJLe secrète, la\sçcte religieuse et politique,; une sorte de ca3te supérieure , élevée par Tinitiation à l'intelligence , <et ayant pour mjssion de moraliser, d'enseigner; et de gouv^^rr ner le vulgairç. Yainement les historiens cherchent dans Platon cette dî^tinctien des deux doctrines. Cette distinction n'a plus ou presque plus |ie sens pour Platon, dont le rôle foft celui. dç vulgarisateur. Les historiens s'embrouillent lorsqu'ils y(^ulem> sur quelques notions, obscures et çontradictpires laissées par, les anciens, séparer, dans les ouvrages de P^tôn, ce qui était écrit pour l'école et ce qui était écrit pour le public L'ésonérisme et l'exotérisme chez Platop , s'il y en eut, se réduisirent à la forme, c'est-à-dire à une ma- .nière plps pu moins savante oi^ populaire de traiter les mêmes si4e^ et d'exposer les mêmes idées (1). Mais Pytbegjore,' au i^çin de son collège de prêtres ou d'initiés,, pouvait enseigna la vérité, dans l'école, et laisser bien des superstitions régner ds^ns le peuple et germer à l'buibre même, de sa doctrine secrète. <( Les Égyptiens, dit Clément d'Alexandrie, 9. ne révèlent poipt leurs mystères indistiQcteme^t à toute^ B sortes de personnes ; ils n'exposent point aux profanes » leurs vérités, sacrées. Ils ne les confient qu'à ceux qui doi- » vent succéder à l'administration de l'État, et à ub certaip . » .iu)if bre de leurs prêtres les plus recommandab,les par leur » éducation, leur ;Science, et leurs qualités (2). j> Pythagore était^qn vrai prêtre d'Egypte \ il n'avait pas renversé mais au qontraire trans{]Janté dans la Qraude-Grèce ces diiScultés d'initiation que lui jivaient fait subir à lui-même, avec tant
(1) Voy. Diogène de Laerte, Vie de Platon. ,
(2) Stromau, lib. V.
àl8 DE L'HUMANITÉ.
de H^air, les coHégeB de Thèbes et dHéMopolift (1). Le demter bvt de son institnt était le gOQTisnieihent des peuples. De toutes les sciences ^ celle du gouvernemeut était la dernière dont il instruisait ses disciples les plus intimes ; et « ce » n'était, dit Varron, qu'après qu'ils étaient devenus savants, » sages, et heureux. » La doctrine secrète de Pythagôre était, dans TaMiquité , une phrase proverbiale. On attribuait aux Pythagoriciens éette maxime que « tout ce (Joi riegàrde les » Dieux ne doit pas être révélé à tous. » Soit ttetoc par politique, «oit uniquement par selgesse et par la difficulté de transmettre la vérité, au point où il la possédait, à des esprits grossiers séduits par leurs sens et peu disposés à comprendre les choses invisibles , Pythagôre put Wserver la "science pour sdn école , et n^enseigner dans son école que l'idée ifcîlosophfque. Car la science , tlistribtiée à des initiés ■qui trouvaient datts cette science même et dans la vertu, consîttérées en soi, la pltas grande des réc(Hnpense!s, dans la privation dé la science et de la véitii ïa plus grande des peines et des privations, n*avait nul besoin de ce éortége de peiQes et de récompenses sensibles qui seules pouvaient impressionner les esprits vulgaires.
Je n'invente pas cette explication. £Ne résulte manifeste^ ment d\in monmnènt certain du Pythagorisme. Tfmée de Locres , un des plus anciens dfsciples de l'école de Pythagôre , et c[ue Platon a célébré (2) , nous a laissé un petit traité de l'Ame du monde \Vj^ écrit en dialecte dorique, et qui a donne à Platon Tidée de son TImée, Or on y trouve la
(1) Porphyr., De Vita Pythag,; SirahOt Geogr., lib, XVII; Origen., in Ep^ ad Rom., c m.
(2) t Quand Platon enseigne des dogmes, il fait parler Socrate ou Timée. > {Diogéne de Laerte , \ïe de PldXon,)
(3) Conseryé parmi les œuvres de Platon.
preuve la plus évidente que la métempsychose de Técole de Pythagore n'était pas ce que Ton suppose ordinairement. Timée, après avoir montré que la morale conduit au bonheur un esprit naturellement bien fait, en lui révélant les effets directs du juste et de Tinjuste sur nous-mêmes , ajoute •qu'il y a des esprits moins raisonnables^ qui ne peuvent être contenus que par la crainte des lois ou par ies terreurs de la religion : « C'est pour ceux-ci , dit-il , qu'il a fallu faire » usage dé la crainte des châtiments, soit de ceux qu'infligent » les lois civiles , soit de ceux que la religion évoque sur les » coupables du haut du ciel et du fond des enfers : châti- » ments sans fin, réservés aux ombres des malheureux, » tourments dont la tradition a perpétué l'idée, afin de pu- » rîfier les esprits des vices qui les souillent, et la terre du » crime.» Et, continuant, iTimée assimile à ces fables de lieux infematifx la métempsychose , telle qu'elle était adoptée par le vulgaire : « Ainsi, dit-il, que l'on guérrt quelquefdiis » le corps par des remèdes nuisibles, lorsque des remè^de^ » innocents ne peuvent produire aucun effet , de même ôh » retient les esprits par dès fictions, lorsqu'on ne peut les » persuader par la vérité.' C'est pourquoi !1 a été nécessaire 9 d'inspirer aux peuples la crainte des tourment9 extrinsè- » qucs à Fâme : que l'âme, par exemple, change de demeure; » que celle d'un lâche passe ignominieusement dans le corps » d'une femme ; que celle d'un meurtrier est efmpri«oniléè » dans là fourrure d'une bête sauvage ; que celle -dHiiife'per- ]> sonne lascive est condamnée à animer un sanglier on tme » truie; que les hommes vains ou inconstants sont changés » en oiseaux, et les paresseux et les ignorants en poissons. » La dispensation de ces châtiments est commise à Némésis » la vengeresse, conjointement avec les Furies, qui sont
» chargées de l'inspection des actions humaines^ et au:i^- » quelles le Souverain Seigneur de toutes choses a commis >> en partie le gouvernement du monde (1). »
Ce témoignage de Timée est précis. Prétendrait-on le rejeter^ et dire^ comme Tennemann^ je crois , Ta dit dans ces derniers temps , que le traité de Vjime du monde, loin d'être l'original sur lequel Platon a travaillé , pourrait bien n'être qu'un abrégé du Timée même de Platon? C'est d'abord une pure hypothèse , contraire à l'opinion de tons les savants jusqu'à nos jours. Mais pourquoi cette hypothèse;, sinon parce que ceux qui la font ne savent comment concilier avec ce témoignage de Timée la réputation de Pythagore d'avoir enseigné la métempsychose?
Mais quoi ! est-il donc si difficile de concilier ces choses ? Pythagore a enseigné la métempsychose; et le Pythagorisme^ si l'on veut^ a été la doctrine même de la métempsychose. Mais il y a la métempsychose vraie, et la métempsychose fausse et absurde. Les Pythagoriciens ont cru à la première, et ont laissé la seconde au peuple.
«JuC dogme de la métempsychose, dit un historien de la .1» philosophie, souffrit, dans le cours des âges, trois espèces » de révolutions. En premier lieu , le^ Orientaux et la plu- » part des Grecs croyaient que les âmes séjournaient tour » à tour .dans les corps des différents animaux, passaient » des plus nobles aux plus vils , des plus raisonnables aux 4 plus stupides ; et cela suivant les vertus qu'elles avaient » pi'atiquées, ou Jes vices dont elles s'étaient souillées, pen- » dant Je cours de chaque vie. Secondement, plusieurs dis- » ciples de Pythagore et de Platon allèrent jusqu'à dire que
(1) De Anitfm Mundi, 3ub Tin.
, TRAPITION. ,,, 321
»la même âme, pour surcroît de peiuf^^ .pouvc^it encore » s'ensevelir dans une plante o\jl dan^ upxarbyre^ persuadés » que tout ce qui. végète. A du sentimeiiit; çt participe de rtn- ► telligeniie Universelle.. Enfin^.qijaft^. le Çbuistianisme pa- 9 rut, et changea la facç du monde , e^ dépQuyrant les folles
I impiétés qui y régnaient, les Celsfe, les Cf^^çent. les Por- »'phyré^ ^??r^?* hoAte delà manière .dppt la[ njtétempsychose » avait été proposée jusqu'à eux, et il%îCg>nv^jj:ent que les » âmes ne sortaient du corps d'un homrrie quejfjour entrer n'dans celui <PvLn autre homme. Par j|à,,,diçaient-ils, on » sirit exactement le fil de la nature, où tout se fait par des 9 passages, doux , liés , homogènes, et npç par des passages » brusques, et violents (1). ? .
Mais c'est précisément ce troisième j^yatè^, attribué par raute\ir que je viens de citer aux né^-pythagpriciens, qui était le fond et la doctrine secrète de ranciçïj.Pythagorisme.
II n'y a pas là trois systèmes successifs pr^cluits par le cours des âges. Il y a la métempsychose fausse ^et pcypulaire, et la métempsychose des sages, des Pythagore. et des Timée, comme dés Celse, des Cresjcent, des Poyrphjrre.
^ Les savants qui ont étudié un peu sérieusement le Pythagorisnîe ont été presque ui^animes pour repousser l'idée que Pyii^gore ait enseigné. le système de ipéteippsychose qu'on lui attribue. Sie^ulement, n'ayant pas saisi la distinction, fort simple etifort naturelle, que nous venons de faire, ils sont restés très embarrassés d'expliquer eu ^ quoi consistait précisément la métempsychose des Pythagoriciens.
Dacier, dans sa Fie de Pythagore, dit. que toute l'antiquité s'est trompée en croyant que ce pj^ilosophe admettait
(1) Histoire critique de la Philosophie, par Desl^nde^, tom. II. . I. 21
322 DEràtilBlÂN
lé dogme fie la taétempsychose ; et il en donne pour preuve Ife ias^age de Timéé't[ue nous avons cite. Un autre savant de là même époque. Le Cfefc, entreprit de réfuter le paradoxe de Dacier, et allégua une multitude de raisons et d autorités qui prouvent i1[ffc%itMaM Pytliàgoré enseignai
métempsychb^ë (H t'éû deux éfudits onf égalenîent to et raison. Léttr érretir ptôvient^ de ce qu'ils n'ont pas fait atténtibii aux deiïi^^tfifféï^eriWs ési)éces de métèm^
WarburtÔB, a i$ôn tour, voulait résoudre le problème, eii eicpliquant Pythagore a peu près comme il avait expliqué Platon. Suivait lui , de même que Platon aurait enseigné ^ p^r politique seuremeût et sans y croire, le dogme des peines et des récompenses, ne croyant réellement qu'ît la p'ermariëricè pure èf simple déTâme et âl sa résorption dans TAme Universelle, dë^^même'Pythàgore aurait, par politique, laissé croire ou fait croire au vulgaire la métempsychose accompagiiée dé péîiiés* et dé récompenses', ne croyant pour sa part et n^én'seigriânt à ses disciples que là métempsychose pure et sîmpie, c*est-à-(tirë sans accompagnement de peines et de récompensés. kPythagoré, dit-il, prît oriéinairement »ndée dé là'ihétèmpsychosé eii Égypte;mais ilse l^appro- » pïia d une manière toute particulière, en lui donnant ime^ » modtecatiôn 'dllîërehte. L'aîicienne* idée lui servit de Wsè^ » pour en former une nouvelle; savoir, cjue la transmigrawtioin dès* âmes était, non uiië dîspérisation' morale ^ mais «une révolutiôri pnySqué et nécessaire, où naturelle et » fatale, sans* auéun rappbrt.'aùx vices bu aux vertus des «hOihmes, et nùiiém'enï destinée à les punir des crimes » qui'ils aùraieioil commis en ce monde. II y a donc deux
(1) Bibliothèque ehoi^b, tom. X.
..:«••' 5 ï« ./• • Av-;-
9 énldiéni»ç^'in6}raié>5^ f oputeij^e, ifiséjyaràblë'iruil'éj^t 'ï^ i^.fiiir^oà I1oa>sttppoBè dès fi^ein^s et deèté<éôrtipetiéé^«|'«intrè
iidéei>d'iia')yaireil état; j€êtte 4eFà4èrè éit dmièi'èméâtî'âë
»>15ffiirèi]tioiirde!:Pytlii|gëré'^ 'o'ièd) eélfe qt'â éfE^sëfgiKrii: ^^ti
» i^cffëtrà seë iMsciples. H eifêeîgtïait TÀiitre^d^H^rein^bt^
» la regardant comme, une de ces iiètions'qâ^tt^ë^ eôiiVêûà-
tiUrid^eHjtfetaiiir «t de répandre^ non à^ca^^ de leur vérité,
9 «fads vntqnemieni h canse de feùt' - vtiKt^ Gélëi^ joint à est
». tépntaition , à la rénération' profonde de ée^ émciphs poui*
» liii^et à ce qu'il était" réeHemént l'auteur 'de>'jPidéé de la
n métempi^cbose dans le sens naturel et fatal-, Pa fait re-
« garder ccjukime amteur «de toute métempsycbosëj: même de
9rla méteHipsychose prisé dans te sens mbVa! ^flôpnlairè^
» quoique œtte idée soit certainement béauGOUp p]us an*
»cienn»! que lui (1). » Qo sent ' aiséihenr tout le faible et
tont le fauiË de cette explication. II n^y a rieû'là de solide
qiaerJa distinctioti de la doctHne réservée auî^ initiés; h
oiM^hée* soigiieusement au >iilgâire ^ distinttibn^qui est'Vrâië^
pourPytihagore, etqui ne Kcst pas pour Kâtoiî. ïMàis qiie-
lu do^ctriÉie seerète des Pythagoriciens se rédut^^^ Croire ^
kf:Wh sorte de frii^sicisme; par ieqcççl Féme'; Sânis 'C0ifêé^>
qdeMeLaTecjlaiBoralité.de la^vre; aurait p»^ilâi^3corps^éii^
cpr]|6 9 Yoilà qui est r)adicfàknient )at)strrde. >Wâ Attnoft' ^nv
bjen> luâqû'à un certain ' point ^ se tirer piâr^M)dÉi .passage*
djç :Timée;mais do lui alléguerait une* foule d^autres^tnoilii-
nienfô o^tais^ <pii prou^vient ineonleslâbleriïeHt 'la' baute^
moralité religieuse du Pythagorisme. D'ailleurs, comment
(1) Dissertations sur Vunion de la religion, de la morale et de la politique, BisserL IX.
itroire qu'un métaphysicien profond comme Pythagore se X(^t*amiu^)à déi>opillei: Le^systiime oriemal.de sa partie méCapbysiquey pour le réduire à Une pareille physique:! Puis , ef^^^nitiye> il en résulterait que. Pythagore et ITimée.aur^îeut cru:||M*é€JflémeBt à ces transformatioM. dont % rit Tiiuée ^ , et/ -qui :pkis esài y auraient cru indépendamment d^f)4É^ nKHTs^^s quiiCU faisaient le prestiges Ibesl: împèls*çil)le d'eroi^r jplus étrangement sur la jalnte reMgioli 'de Py* thagQPe > coniKnç l'appelait l'antiquité. • '
JDans çea d^nio^ temps ^ ua homme d'un- esprit pénétrkiit et d'une jfmmense érudition, Fabre d'Oliyet, lethéosophe^ pour lui: donner le nom qu^il aimait à prendre, a cherché, par une autre route , à expliquer la véritable opinion de Pythagore sur la métempsychose. Il s'indignait que l'on prêtât à ce grand homme une doctrine aussi méprisable et aussi puérile que la snétempsychose de l'homme dans les animaux et les plantes, «Lé dogme de la transmigration des'fimes, ]i disaithil, reçu par tous les peuples et expliqué dans les ». mystères antiques, a été absolument défiguré danÈ ce que iK les modernes ont appelé métempsychose (1).» Il est malbeufeusx que Fabre d'OHvet n'fiit pu accomplir la promesse qu'il .aiirait jbil!^ ^d'exposer complètement son sentiment sur c^tte qm^n., Mais son idée néanmoins me semble bien accusée dai^ ce passage, de son Commentaire sur les f^ers dinrés :(rPy^i3»govç considérait' l'hbmme comme tenant le »:; miJif w^entce ie^cboses. imellectii^Uess et les choses sensibles, » te dernier des êtres supérieurs et le premier des inférieurs;' » libre de se n!u>uyoir soit vers le haut* soit vers he bas, au » moyen de ses passions qui réduisent en acte le niouvement
(1) Les Vers dorés de Pythagore expliqués. Examen XXXII.
» ascendant ou descendant que sa volonté possède en puis- » sance ; tantôt s' unissant aux immortels^ et^ par son retour » à la vertu, recouvrant le sort qui lui est propre; et tantôt » se replongeant dans les espèces mortelles , et, par la tràns^ > gres6ion des lois divines , se trouvant déchu de sa dignité. i Cette opinion, qui avait été celle de tous les sages qui ont »'i>récédé'Pythagore, a été celle de tous les sages qtii Tout » dtiivi, même de ceux d'entre les tbéosbphes clïrétîens que )► leurs préjugés religieux éloignaient le phis de sa doétrine. ' » Je né m'arrêterai pas à donner des preuves de son antî- » quîté ; elles se trouvent partout , et seraient superflues. » Thomas Burnet, en ayant vainement cherché l'origine sans' » pouvoir la découvrir, a fini par dire qu'il fallait qu'elle fût » desceiidue du Ciel. Il est certain qu'on peut dftBicirenient » expliquer comment un homme sans érudition comme »BcÈhme, ifayant reçu cette opinion de personùe , a pu wFexpôser aussi cX^xv^ment Lorsqu'on vit thofnhté' exister ^^ »-dit ce théoibphe, on put dire : Ici toute l'Éternité est . T»'fnànifestée dans une image/U habitation de' cet êtr'è est » un point mitoyen entre le ciel et C enfer, Vàrnour et M » colère. Celle des choses à laquelle il s'attache devient sari » espèce. S'il penche vers la nature céleste, il prend une Informe céleste; et la figure humaine devient infernale, » s'il penche vers l'enfer. Car tel est l'esprit, tel est aussi » le corps. En quelque volonté que P esprit s'élance, il fi^ » gure son corps avec Une semblable forme et une semblable T^ source. C'est sur ce principe, que l'on retrouve partout » diversement exprimé , que se fondait le dogme de la trans- > migration des âmes (1). »
(1) l£$ Vers doré$<k Pythagore expliqués, EsLaitteti XXXII.
Ces pensées ont une profondieur vraie ^ et me rappellent une très-belle réflexion de Boëce^ qui peut servir ;e»coi*e & les élucider ; c'est jdans sa Comolatioti de la:PhUmophi0.^A Après avoir montré Fidentité du bien et du bon,, gui- iie< sont que 4^ aspects différents de XHre, lequel 4e sa pati^f e eat un, Boëce ajoujte i f De cette façon to^t ce qui s -étoiipe du: »^ Jbien j^'élp^p fie l'être ^ fX ea p^e C|96se rd'étre.^ d'9Ù;il ». résulte, que. le&.méçliants cessent d/;étFe.<ve quHl» iétaie^^x ». SeuLemefit la forme du cprps. humain qwfils.qws^nei^t » a]l;teste; epcore qu'ils opt ^é.homqies« EJnf^vtoiii^iiant vm »la déj^r^Vdlipn, et la méchanceté ^; ils put pe^u^,r/§ell^^nt( » la uature humaine. Mais, de même que la vertu peutoous; ». élevçr à un, type supérieur etnous. niçttre. au-dessHS: de » l'ho^i^e^^de même aussi réciproquement iC^ux quç le; vio^ ii ^ fait ,4p?f|Çndre; de. la nature ^eJ'homin^j Je vice.mi^si ^esr »^rçnd.pépe^i|f^irjement, inférieurs à l'hc^mme. Il arriva; 4oi^(v VÏ^Ç cet être, que: vQus vo.ye^ transformé par le vice u'/çst » xj^plleipe,nt plua un jjommq à vqs yeus, Ce rayisse^irqui » se jçj|te^ £\yçQ a^vidité sur Jes richiçsses. et le bien d'antruâ^*. n vouçi Jie comparez à uu.loup. Ce querelleur pleiji d'impu- ]? d^nce, qui^ ne .vit que. pour la haine et la di^te, r^s- 9 sen)l)le fort, à un chien. Le traître qui teAd dans l'ombre » ses .euj^bûc^es , jet qui se réjouit d'avoir surpris,^ proie,: » ne djxiez-vous pas un renard? Celui qui ne s^it jamais » domiper^sa colère, semble ub lion qui mugit Lq poltron , » qui tremble devant 3on ombre rappelle la nature du cerf. »^La vie perdue dans la torpeur et,.la ,&tupid.ité npus rap- » proche.de Vpk^ .Quelle différence y a-t-il eç^tiy l'homme. A.!^ger qy i ne s'attache à.riqp et vit dans uue pei^ueUe in*
(1) Lib. IV, pros. m.
.ij.' '.'
XRAPIXÏON.. 327
» constance, et un oiseau? Croupir dans la fange de pa$-
?:^ % çf «f ilt ^^$ ^^^ H ^iMf J?« % #»p
» en bête. »
Boëce , Jacob Bœhme^ Fabre d'Olivet, ont raison : voilà bien^ d une certaine façpn^ le ino^e de transforinatiojd qui s opère en nou;s par lâ direction que noqs donnons K uQtrQ nature, semblables à ces malheureux qu^ l'on appelait Ly-
perdre pour cela la forme humaine* aou3 cbanseons, réellement la nature humaine en nous.. au .point de re.ssenibler aux êtres inférieurs . aux animaux, quand, nous suivons, aveuglément nos vices, et nos passions. . L'âme trouve; dans, le vice des tourments intinnsèques . qui sopt pour ainsi dire, des métamorphoses. Et. même, ainsi que dit Bœhme. la manifestation de notre être • ou notre çprps . se moule sur le modèle de notre être ; et , par le f^it de l'harmonie des êtres et àès formes ..nous nous transfQrmQns, n^ênie physiquenjent. en.êtres inférieurs. qyand-BOUiS inclinpn^s vers le., mal. de même que nous créons avec nous-mên^qs^diç^, types nouveaux daqs le monde. e| des représentations supérieures de l'idéal divin, quan^ nppuo^i^si éle^yp^S .aij^.hjpp, Cetj^ idée me paraît solide et încontestablet .
Mais ce n'est pas là, certes, toute la, cniestion. L'opinion. pytHagoricienne sur la métempsypho^e , n'est pas expliquée par là. Le problème de ce qui succède à la ipoil;. revient tourjours. Fabre d'Olivet pouvait-il croire sérieusement qijie Pythagore et tous les anciens sages n'avaient entendu par la transmigration des âmes que cette in^i^çeç actuelle du bien
328 DE L'HtfMAl^lTÉ.
et du mal sur Tâme? En ce cas la fable des compagnons dUlysse changés par Circé en pourceaux, et le symbole que cette fable renfermé , seraient toute la philosophie de Pyihagore et des anciens sages sur ce point. Certes, ce n'était pas là toute la pensée de Fabre d'Olîvet Maïs je serais, teiité de croire que ce mystique remarquable, entraîné par ses tendances à la tbéurgie et à toute la partie fausse dç, la magie, a bien pu se faire illusion siir la portée de son explication, et la regardei* comme suffisante et complète, ne voulant pas d'ailleurs lui donner le développement, étrange pour presque tous les lecteurs, qu'elle pouvait avoir dans sa pensée. Voici pourquoi. Pénétré'de l'idée que nous créons nous-mêmes les formes et le monde,' et que nous pouvons les créer isolément et instantanément^ Mée qui â égaré tant d'esp'rîts, il a pu croire qu'au-delà lie cette porté qu'il ouvrait, se plaçaient immédiatement la théurgie et les sciences occultes. Ce qui me le ferait penser, c'est ce qu'il ajoute, en déclarant qu'il n'a rien de plus à'dfre'jxiiir lie moment V« Je iâcbérai plus »tara, dit-iI, d exposer mon "sentiment sur ce. mystère, en » traitant de la théurgie et des autres s-çiéncës occultes, aux- » quelles il se lie (1). » iMais tfaiment aii point de vue philosophique où nous sommés, nous ne pouvons nous contenter de son explication; et celle qu'il aiilâîV pu ehtér dessus, par la théurgie, le pouvoir magique .) tés fascinations, les ex.tases, les hallucinations aè tout genre, et tout le prestige des sciences occultes , n^eSâous aurait pas satisfait davantage.
Nous acceptons, 'maïs 7?)iî?o^o;^A2Vw^^ pensée; et
nous allons au défâ,'* en ïa poussant à sa dernière çonsè-:
quence. Nous reconnaissons cette modification du bien et du
mal sur Tâme; mais nous soutenons que cette modification
a une suite après la mort, et que la métempsychose pytlia-
goricienne avait pour but d'admettre et d'expliquer cette
suite après la mort.
Donc Fabre d'Olivet n'a exprimé là que la moitié de sa pensée, ou bien sa pensée n'est q^ue la moitié de la vérité* Évidemment, pour achever philosophiquement la pensée de Fabre d'Ôlivet, il faudrait dire que — de même que, dans notre vie présente, tel ou tel vice nous transforme, (^'une façôii idéale , en tel ou tel animal , sans que nous cessions pour cela d'être hommes, -et sans que nous prenions la forme de cet animal , de même cette modification actuelle en nous, ou cette transformation de nous-même,, amènera, par une .conséquence nécessaire, une métempsychose adéquate dans une autre vie aprè& la port, sans, que. nous cessions pour cela d'être hommes dans cette autre vie, et d'appartenir à l'humanité, en d'autres termes sans, que nous prenions en aucune façon la forme spécifique de l'animal dont l'idée répond à ce vice.de notre nature et à cette chiite de notre ame dans notre vie présente. . i ^
Ainsi, de toute façon (pourvu qu'on ne s^égare pas dans les illusions des prétendues sciences occultes), on est conduit, par cette voie d'explication, à conclure comme nous, et à admettre que la renaissance de )'homme dans l'humanité était le vrai dogpie des Pythagoriciens. ,
Eii résumé, Pythâgore est incontestablement le père, pour . notre Occident, de l'idée de, perpétuité de l'être , de persistance et d'éternité de la vie, et en même temps de l'idée de mutabilité de la forme > ou de changement dans les ma* , nîfestatioris de la vie. Il y a, en effet, ces deux idées dans la notion vague , et cependant certaine , qu'exprime le mot
de métempsycnose. La métempsy chose est donc bien le dogme feabré àe Pythagore. Maïs ceux qui ont considéré, en différents siècles, cette grande figuré Vdîlèé qu'on nomme Pytïiagore, se sont souvent trompés, en ne lisant sur cette figure que l'une ou l'autre de-ces idées, oit, ce qui est ençpre la même erreur, en les lisant Funê' après l'autre, et en ne les unissant pas indi visiblement ' - »- - ^ > ,
L'idée de persistance et d^éterhité de la vie, jointe à Tidée de changement ae la forme, peut conduire et, à véritablement conduit Fnumahîtë, par une voie providentielle j, à la
Doctrine moderne de la' perfectibilité.
* J'entends qu'on ni'interrompt là. Vous reprenez les choses débien'haiit, me dit-onV convenez au moins qu'il a fallu à rhumahité plus de vingt siècles pour faire le chemin que vous dites', pour passer de l'idée de Pythagore à celle de teiï)nitz et de Saint-èîmbn. îç répoÈids à cela : Qu'importe ! Lé lîén "que j^apef cois entre bette doctrine si antique et cette autre dbbtrîne si moàérnè n'en est pas moins certain et evident.
' Je suis un être éternel , mais Içs formes de ifion être sont muables. Donc je puis être perfectible.
' té monde ëist éternel, mais les formes du monde ont chan-. gë,'c1iangent, et changieront. Donc le progrès peut entrer dans le monde.
Dans ce raisonnement sûr l'homme et sur lé monde, sur. le moi et sur le non-moi, qui pose les prémisses? Pythajjore. Et qui' conclut? Leibnitz ouSaint-Simon. O^'importént ïes^ vîngt-quàtrè siècles de distancé !
Donc \di mutabilité , fonà âii système pythagoricien, renferme impjîcitennent (5e que nous appelons aujourd hui pro^ grès. .
Mais cette idée de niùtabiïitèyde changement^ et impliciteiaïentdéippègfièèi, avait deùt faées;'et tdûdaisait à' deûi' concinsioni». ^Ott bien Pôti pouvait coftiprendre la mutabilité comme itt/foragrës réj^liér^ iarttlomqtlé, divin; et dé là' une tkéodicée raisonnable et morale. Ou bien on pouvait Penteodre comme un 'changement incessant et désordonné; eideXkrvLïifatêtlimie, plutôt qô'uBfëthéodîcée. ''•' *' ' ' ^.iOnia'al.giièrë^ Mtébdb' jU^uic? lâ ïiufdbiKté des forïneâ dont parlait Pythagore que dansée* ^eriiiér^sWis,*' qui' 'ést1^ maufiraÎBç ét*xk'tà(isOnt «€*tifi*!ie9 i)<^^irgés^; fatoi-àlilés ' aux yistiiijttoiunsv^d^vovsdMes^auï^éui des feutrés; qtrfïègnëiit si4r$(PylhagQF6. iiegiuns iwfoc(u6nt atieè'^honiieui^ië'ybginé Pythagoricien de la métempsychose^ à l'appui d'une doct^iiiè? d.&)iimrd «tide.fataainue. Tout changé, -dièent^ilè / lïâtis la n^uite / t^ut se. traoïsfGBraie,' tout 'm' métamorphosé : l^ytha- ' * gOOTf IJaytail bîjçn Iviii lètfaut répwdlie-' à'^^efs pfs^^^ t^li^teirt Saiia^t0P}tlia|[bre^V»itl)fièn Vd'que'toiîft ^linge^ m<i[isi(il}ftyait!4)ién:'(V«tM^si qtte tout change' silîVàiit uh€^ thér»(licée téguliàre 5 normale/ et divine. Léà atrfré^^r fié' compâ^iumt pUs; c0iffi*i)gnt' (^étte mutabilité de hi' iBMè pet/c^ ^a lermoyëffiÉdmie de 'M sj^èi'si^tkniîd dé K^ti^ ^àaÙs^ 'éb^' 'às-| pnraiioil i^1mw^^m^^^<iiïVkvm uifke' ësp^Ae tfe tféjgo1àt''et' d'hocrourdeiéogne dela'mëtemp^^îlx^e \ et; s'sfccOlrdaAt'ëitif' oeliiaiffiirilebiHiMiii^s, jteimagiaëtit que pa^ce que l^^agôi'é' a enseigné la mutabilité deft formes, il â etiseigné^uûé'inutâ--' biUité^qtiJsioottqile; naiis raison, ^ans loi, sans ordî^è!;' et ils arrive!nt> oonunéiies pr^mlm^ ihai^^ans un esprit contraire,* ^ à. 0e vQÎf'.daiifi Ie'dogm«' de fo métèmpsf chose '^u^urie sorte (te^g^oanërnatipiatigiM.' '•<.• .f ;.>>.•' ^^ <; i»-'- - ''"^ •';'=' IByttagoce ij8e.troQ9è ainsi ié T^ilosopKé dé rWl^itlS le^ plus difficile à compr«odr«v *et il oe'^ëi*^ rédlëménf è(fiDJ)ri^^
ai'jiiii ù., Jo-r;;.'i'-'J-> ciL- OT^, iitj., j'iu kj Jd
c(ue lorsque la doctrine de la perfectibilité 5 dont sa propre Doctrine de persistance et de mutabilité est un germe et comme une prophétie, aura pris le» développements nécessaires. . :,
Jusque là on .doit naturellement incliner à ne saisir de son idée que ce qui concei^ne la forme» c'est-^SMlire l'idée de la mutabilité, et» p^M* conséquent, à ne stitir de sa phil^^ophiis que l^.forme même. ■
C'est, ce qui est arrivée l'aptiqaité^ret partkulièonnrat k Ovide 5 qu,i» par son poésie des Métamûrp'hoaesi*^ répandu Iç jour le plus faux et le plus trompeur sur cette grande philosophie., .. ; : . .
Tandf s que Lucrèce et' Horace *s'tnâ)ftiraient d'Épicure , ^ tandis que Virgile s'attachait à Pktm, Ovide cherchait un maître ^t , une. source d'^ilspiration daAs Pythagore. Les phiiQ^^pbes de la Grèce trotyèrietat aiipsLifuns ^pclète» â Aotne, J^Çhisiçurs siècles de distance» Et c<>nnnek.le:^hri6tianisiiie' approcbf^^j. qui, synthèse philosophique. nouille i* et- prii^ti^veinefi^rattachéie^ uiiç autre; tradîÉk^ et ai^é^tirvi^ur crédit et leur /a^itorité survies hiKumes y la Broyi^ence . ^onna à ce^. anciennes philoeophies et k leurs: au^teurs de., refleurir jst de renatere t>encoi:e . i»e fois pour e]les-méi;Bes en pojêsie, avant de céder l'eilqttne.du mondeà Moïse et .à Jésus , en s'unissant i eux. . ' :
Lp PlaU)|iisme et l'Épiçuréisme^ dans cette renaissance poétique.5 furent plus (icnireus, si je puis m'eiqppimer ainsi , que le Pythagorisme. Lucrèce et Hopaee ont «i bien fait, qu'ils ont rendu peu regrettable pour nous la .perte des écrits d'^9jcu]:ei., Virgile a été digne de Platon, tandis qu'Ovide n'a.pai^^té le. poèt^ digne 4eJ[^dgon&vo. ; .. : Et pourtant, malgré ses défauts- et son infériorité de gé-
nie , Ovide n'a pu s^6inp^che^ désiiâir en partie le caractèrie de ridée ide Pythàgore, sdtoii^v comiàé nous vêtions dé lé dire, la mutabilité des formes eiVeiptirsîstancèdefêtrél Maisil aotttr^ ^ exagéré i,tette mufabitltf des fihnês, en poète déctamatéBl^ V anpbînt que^ bien qu'il véirille cbntinnellewwitiaii'e eoniraster avet elfe là persiètàîkcè^We l^lli^e^ il fie tnDttte^eiiicMffiiitiveV'qûe ckté^êrsiétailcc'^n^ësl pliis!^^ dM8 soH'téème, qU'tetattft et ifiié chim*^^ • ' ^ -" '■" . Ovide fut d'ailleurs (iûndail à fausset Ffdéé du Pyttiàgo-^' ijspe par le sujèf méiii4» qifil avait adopté. Certes^ leà formes de l'être^chdDgénirje^i^^n^ la vie, mais suivant âës lôi^ régulières et connues; Donc , point de miracle. Ovide s'attàclia^ au contraire ^ à faire un recueil de changements par miracles: C'est ce que Ton appelait i?{^famo777Aoi$^^. Ce flit évidemment ce côté de son sujet qui le séduisit d'abordl Puis, en creusant l'idée, il en vint à généraliser, et à voir que la mitamorphàse ju^^tait que la métempsychose miraculeuse. Il unit donc toiit cela ensemble, et, sous les auspices de Pythagore, î! prétendît eihbrasser la série entière de l'histoire des miraeles; rattachés pourtant à une philosophie, celle de \di mutabilité des formes, depuis là création du mîoode jusqu'à: son temps t - ! .':J
In.iioTa feit'WiiOMi^iniitalaft dkere.fonuis ' Çon^niu I)W!C^ptifl.(*laoyoftiiiutasti8eti]]a») > Àdspiratemei8,.|ni]iiM|iieab origine muncU •'>
Ad mea perpetuum deducite tempora carmen.
' L^éspnt me porte à dire les formés changées en de nouveaux corps. Dieux ,
qui. avez faites;» fom^, et i^\^ avei change, soyez ikvunible» à mon entrée"
piîse, et, depuis rorigine du monde jusqu'au. siècle présenf, conduisez mon
chaiiliiiiBlennQiiipn*''' • ' -0;'-
Ovide arriva^ainsi à .composer ungrand poème teKgieul, ou plutôt superstitieux, fait dé pièces toutes diverses eiî ap^..i
]^i:6.çç/^^.^aiS;eQtre^jles€|u^II^ c^pendanl H y a^mie unité évi^teetiQC9ii^^b)e.;s v, vv \^\ /^n 'u.'v. -^ss;: i;i . ■ i.^ ^'j^Cçu^ qji4 çi'iftatxBîâ^Offipi'M iB|BtjQ;i|jMitié>(l)se<sontiétoiit
sitioD, que d'ayQfjr.⁢sH]yjri4in$j^jtMiCii^ coup^t^ym^ ofjiglpeS'fqi^aUies^; l^JgurQ-ii^ Mgî^lateiitlwd^ ial Gîraiide- G^^^ce .(2)., Rien n'est, plus fee|ia>».dî»si'toiit; te poèmey que cette, îg)p.a?^*t^w ^subite ,\ q\^n4 i^^t^gose . ^ient révéler aux hp^A^c^s ki secret, de 1^ iijie-futHreiiîd^ la <«ie éternelle v. en ^pnnaj^tjaux idée^ d'ipu^orta^v^n fondem^ntiphiiosoyi^H que» fui ri^inq, et reny^^ i^éannioim^ de .fond en comble le^ fables des enfers et des paradis : : ,
genus attonitum gelidx formidine pnortis, .
Quid $^ga^» quidttenebrasî «;£ nemitia ¥antr timetis,
Materiém vatum , fsJsique periculji muniKli ?...., v' • ' Êorpora sive Vogué flaïnma , seu tâbe Tetùstàk ,
Abstulerit» qiala.posse pa^i i^on iW^sl )M«te|lis. ' Morte carent àniihàe ; semperquè, priofe relîcta , l^dei Qovis donûbuB nyVR^ habitanl^qu^-i^^ptw* ^
ri '■'
u Yïicé aés'humàiilsV qui vous laissez épouvanter par les ^erreur^ de la mort, pourquoi craignez-vous le Styx, Tempire d£fttéUèb^eë|^t<iut^ëèi^.dliiiÉëres<]iii' servent de matière aux poètes; vains périls Œun monde imaginaire! Qnand la flamme du bûcher a dissous les corps, ou quand la vieillesse et le teinps les ont détruits par la putréfaction, ponvèz^votté'VivàftiiiMg^NiR^ Les âmes ne meurent fMÎiit ; et âanft «cesser déMèsailV'4i6luri'ÂndëMi(( jlemeure, elles vivent et habitent dansdes raaiaoos dôuveHeft '{fS), ' <>• ''• * ' '
éireft'OÙiiCréatures, eo même 'temps 'q^t' la (HVerSité de t0' êtres aans le tempâ et l'espace^ ou la création' sucevsftite^
(2) Ovide suppose, que P^thagore servit ^de^ m^tre âi I^ifm^ , f^ \^ inspira, ses, ^
(3) Metamorph., lib. XV,
TRÀblTÏON- 335
sont admirablement exprimées dans ces vers. Mais, comme Ovide n'a pas une idée suffisante de l'être et de sa permanehçe • il est ébloui de cette mutabilité de la forme , aussitôt qu'il ï'pperçoit; et le, vojlà. à l'instant mémq^ qui met dans la bouche du sage qu'il fait parler une absurde doctrine, QUI ne fut lamais la sienne : ,
vemt,bioi;.Uli(e,^etqiE^)slU?el occupât artiu. . . , .,..,. s .» . tuô; eque ferîà humànà in corpôrà transit,' '
0ym& liiiitaiilnr/iiihif Mierit. "Ei^
: Hue ':' ''Spiiituô
. j . Ifi^ue feras nof^çr., nie ri»npore dfperit uU^. . : j: : . Utque noVis facilis signatur cera figuris,
Nec manet ut fuerat, nec formam servat eaÉMklà,' ■ ' ■ • : « - ' > ' Sed tamen ipsa eadem est, a^imam sic semper eamdQm^ > EâseysedlA vsvMâddbeoinigrareligura^.
Ërgo, nepietassit viptacupidineveutris. ^
Pa?dtê (vatidiior) cognatas càedé ûefâûtta*^ . . £)Lturbare animas, ne sanguine sangvis alatur.
'Tout changé, jïeii ne pérît L^esprit voyage de corps en corps, tantôt ici, tan-' tôt là y ^ ad revêt de toutes sortes de menlbres. L'ânie paa^ iqdiUléreninwnttdes: ammaux en nous, dé nous dans les animaux, et ne meurt à aucun instant Et dç«iénieiia%he dre molle peut reéeifoir toiur 'à'toiiûr des empi«iat6s diverses, et que, tout en cessant de paraître ce qu^elle était et en ne g[ardant pas la même fo^me, cOèetftôependalit- toujours la même câre,' ainsi je votn enseigna qtié'^ Tâme est toujours la même, mais qu'elle passe en di^érents corps. D.onc, si yous^, ne voulez pas que Ton dise que votis préférez votre avîdîté cruelle et votre ventre à la religion. «t à JLa piété, -écaute^^igi (je ^uift'pn^^te)) quandje/voiistdi^cbaf ne pa^chasser de leur demeure, par un meurtre criminel, des âmes sœurs des vôtfes ,1 de peur que le sa4g ne se noortiwe de son )iro|iBe sang. . "
Voilà l'ignorance et 1^. ^^clamajtJQn ; jfpUà, la j^p^se ^^u' prétation du Pythagorisme. De ce pue Pytha|[ore çro^j£|jt,|(^. l'éternité des âmes, il ne ^'ensuit pas qu'il crût que les âmes des hommes passaient dans le corps^dep fff^jxfxsi^,^ Ceci était la doctiine du peuple j ce ne fut iamaisj^^^dp^^^mp des sages. Tout au plus , pourrait-on dire, comme Timée l'insinue, Quc les sages crurent utile de re^qçtgjf Çi9tte %upjae interprétation de leur idée , ne pouvant y sans' cela; se faire ' comprendre. > • . . .,. .> < ..i . • - . »
En résumé, sur Pythagore, ni l'opinion subtile, et qui
336 DE L'HUMAÎ^ITÉ.
échappe 5 de Fabre d*01ivet, ni Topinion vulgaire, ne sont acceptables. Le dogmç pythagoricien de la métempsychose ne fut, certes, ni une idée aussi purement morale et mystîcrué l que Fabré d'Ôlivet le donnerait a croire, ni une. idée matêrîalïstè et fataliste comme Ovide l'expose. Ce n'est ni dans les notions, très- vagues d ailleurs,, que nous avons sur les représentations et les enseignements moraux des anciens mystères, ni i^ng les ye;s^ 4r'Qvid^, q\i!H nom faut chercher une expliication.* Ces déiii teterï)rétatiott$^ si opposées entre elles , peuvent seulement <;<(yrroborer Tc^pinion que nous défendeoft.
Fabre d'Ôlivet nous dit que la trançm^ation était expliquée dans les anciens, mystères. Que ne nous doiinait-il luimême clairement tette explication! Nous savons, ^ar Porphyre , que dans certains mystères tels que ceux d'Eleusis on Fecommandait aux initiés < d'être doux envers toirâ les êtres » vivants (1). » Noâs savons encore , par le même Porphyre, que dans les mystères de Slithra , les initiés prcsnaient les . noms de certains animaux, et revêtaient des costumes représentant ces animaux. Mais Porphyre cite, à ce sujet, un ancien auteur qui avait écrit sur ce culte deMithra, et qui expliquait naturellement ce rit comme se rapportant à la représentation des signes du zodiaque (2) . Or en effet le zodiaque jouait un grand rôle dans le culte persan. Porphyre ne dit rien . de plus, sinon que ces représentations pouvaient bien indiqiiei* aussi la transmigration des âmes, ou plutôt « notrei, «société avec tous les êtres animés (3). » Je ne crois pas
(i) «(Parentes honorai*e, deos fructuum primitiis exomare, animantes non 9 vexare.» .( De A^tîn^^ Ub. IV, AtkeMienmim apoche, ) • > •
(2) «Ait se putare bccasionem datam a communi circuli zodiaci latione, ad » quam intendant sua mysteria. » {Ibid,, Persarum apoche,)
(3) Ibid.
qaç Fabré d^OIivet eût d'autres indications plus certaines sur cette partie des antiques mystères. Mais iors même qu'il eût pu démontrer que la métempsychose jouait un grand xéle dans les mystères^ on lui aurait toujours demandé le sens de ce dogme de la métempsychose. Or nous avons vu que l'explication qu'il en donné ^ ou plutôt qu'il commence à en donner, et qu'il interrompt brusquement, n'a, comme explication , aucune solidité , aucune valeur* Pythagore enseignait-il, oui ou non, quelque chose sur la vie et sur la mort, sur la persistance de l'être et sur la mutabilité des formes ou manifestations de cet être, sur la vie future, en un mot, ou sur l'immortalité, voilà la question, à laquelle on ne répond pas en disant,, comme Fabre (i'Olivet, que nos passions nous transforment en animaux ou nous font res^. sembler aux anges, suivant qu'elles sont dirigées vers le bien ou vers le mal
Après la mort, que devenons -nous? Ne sommes nous plus, et le néant est-^il vainqueur et nous absorbe-t-il? Et 5 si nous sommes encore, sommes -nous hommes, ou aoimaux, ou anges ^ ou démons? Encore une iois, voilà la question. Il y ^ des hommes, il y a des animaux. Y a-t-il des anges et des démons? Pythagore enseignait la métempsychose : enseignait-il qu'il y eût des anges et des démons, et que nous nous trai^sformions en anges et en démons? Non, il enseignait la métempsychose; et s'il eût enseigné les paradis et les enfers, on ne lui eût pas attribué, comme on l'a fait, sans aucune indécision ni hésitation, le dogme de la métempsychose. Il enseignait donc qu'après la mort nous renaissions dans la nature, soit hommes, soit animaux. Mais vous soutenez, et en cela vous avez raison , qu'il n'enseignait pas que nous pussions I. 22
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redevenir animaux. Doac Bécessairemeiit il: e^eignil <pe: nous renaissioiis dans rfaumamté.
Votiàce qu'oil peut direi Fabre d'CKlivet. Qiiaât à[ Fidéë vulgaire exposée par Ovtde>. que^ suivaat Pytlngore^ nows renaûiHûns indiiêrefflment honunes ou animaus , et fue ta muttabilité des formes était teHe que toute peraistanœ et toflêe» nature générique des êtres disparaissait dans les reoi^sanees^ teinte Fantiquité savante est là pour protester contre cette fausse interprétation da Pytbagorisme.
Pytkagorey avant ses voyages^ eut pour malla*e Phérécyde^ et Phérécyde enseignait à la fois que l'âme humaine était in»* mortelle^ et que les animaux n'étaient que des machines (1). En res&reignaM c^tte expression de mackines pour les am^ maux à la sensation et à Tinstinct sans eonniaiissattce^ e'est précisément Popinuon qne I>iogène de Laërte^ comme nous l'avons vu 5 attribue à Pythagore. Quelle plus grande absttf^ dite, dose y Ovide po»vail^4I feire dire an diseiple dé Fhéirécyde, ijoe de lui faire expliquer la métempsychose connne lui-même 5 Ovid^^ l'entendait I
Rappelons-BO^s qu'un des axiomes de ta philosophie de Pyihagore était : « L'espèce humaine a toujours été ^ et ne » cessera jamais d'être (2)* » C'est en rapportant la mélempsychose de Pythagore à cette pensée , que nous comprendrons la mélenq)sychose de Pythagore.
. (i) Arîstete, Métaphys., liv. XIV; Cicéron, Tusc, Disp,, 19). I, c xvt; Suidas, voce Pkerecydes; Jciien, Var, HisU, lib. IV, c. xxviii. — Le sentiment de De^çàrtes sar rautomatisrae des animaux n'iest pas absolament' nouveau; il se retrouve, à divers degrés, chez les anciens, dans Aristote, Diogène le Cynique (dtèpar Kutapque), Cicéron, Porphyre, Proclus, S. Augustin, Sfacrwe.
(2) Brucker» Histoire de là. Philosophie.; Diderot, artide Py/Aa^ore de TEucyclopédie.