CHAPITRE II
Historique.
SOMMAIRE : Historique. — Observations publiées et travaux d’ensemble.
L’amusante observation de Tulpius, qui remonte à 1672, nous semble être la première en date. Cet auteur raconte en effet l’histoire d’une forme àHschurie ^ qui lui parut toute spéciale. A son dire, elle se reproduisait « à chaque pleine lune », durait cinq jours, puis disparaissait pour revenir le mois suivant. 11 nous a semblé intéressant de publier la traduction de ce fait, que Landau a le premier rappelé dans ces dernières années, en paison de sa netteté relative. Si l’interprétation a été plus ou moins fantaisiste, la relation de l’autopsie montre assez bien — autant du moins qu’on peut l’exiger d’un fait aussi anciennement connu — à quelle lésion on avait affaire en l’espèce.
Observation I.
Nicolas Tulpius. (Traduction in extenso 2.)
Hydronèphrose intei'mittente à gauche. — Autopsie.
Henri Ainsword, théologien anglais, présentait une suppression de Vurine presque à chaque pleine lune, avec une oppression notable et une inflammation évidente dans tout le corps. L’urine n’était pas évacuée, si ce n’est au déclin de la lune, ou quand on lui ouvrait une veine du bras. Mais perdre tout son sang toutes les fois que la lune, arrivant à son plein, lui arrêtait le cours de l’urine, ne paraissait pas ce qu’il y avait de mieux pour ce malade; aussi supportait-il chaque fois patiemment un mal qu’il ne pouvait éviter d’une autre façon.
1. Sous le nom d’Ischurie^ les anciens désignaient aussi le syndrome clinique que nous appelons maintenant Hydronéphrose, depuis Rayer.
2. Traduction littérale, due à M. B.-H. Gausseron, professeur agrégé de l’Université.
DE l’hYDRONÉPHROSE INTERMITTENTE
Le bruit de ce cas rare et insolite fit travailler l’imagination de différents médecins, tant dans notre pays qu’en Angleterre : il ne se trouva cependant personne d’un jugement assez sagace pour pouvoir donner une raison naturelle de cette périodicité de la suppression de l’urine, non plus que du soulagement soudain que le malade ressentait dès qu’il était saigné au bras.
Autopsie. — Seule Vautopsie, faite après sa mort, fit sortir heureusement la vérité de l’abîme où elle était submergée, et montra clairement comment l’étroit bassinet du rein gauche prenait un développement tel qu’il faisait très facilement l’office d’une seconde vessie. Celle-ci, par suite, était d’autant plus vide que le rein était plus dilaté L
Réflexions. — 11 est donc croyable que c’est de cette révolution périodique du flux de l’urine que provenaient les maux dont cet homme souffrait à toutes les pleines lunes, tant fièvre qu’oppression, avec lesquelles il était le plus souvent aux prises jusqu’au cinquième jour, avant d’être complètement débarrassé. Mais, si on lui tirait du sang du bras, l’obstacle qui supprimait l’urine disparaissait aussitôt.
Cependant la vessie, en outre de cet empêchement, contenait de plus deux calculs considérables. De même la vésicule du fiel; mais ceux-ci étaient petits, noirs, polis, d’un aspect de pierre ponce et rares.
Tout autant que le sang tiré du bras était avantageux à ce théologien, les saignements de nez abondants, ou de fréquentes éruptions de taches sur la surface du corps ont été un soulagement pour d’autres dans des cas semblables de suppression d’urine.
C’est grâce à ces deux émonctoires (le saignement de nez et l’éruption) que naguère un jeune homme recouvra la santé, après que son urine eut été arrêtée pendant dix-huit jours pleins.
Cette observation de Tulpius, que nous avons tenu à citer in extenso, serait bien susceptible de quelques critiques, surtout à
1. Nous citons, à titre de curiosité historique seulement, la fin de la note de Tulpius :
« Cette collection d’urine dans le bassinet était tellement voisine des grosses veines, que c’était là sans doute la cause pour laquelle l’expulsion de l'urine avait lieu tout de suite, en même temps qu’on saignait la veine du bras. En effet, de même que les marchands de vin, une fois l’air situé en haut de la barrique sorti, font couler facilement par en bas le vin des tonnes pleines, de même les reins doivent se dégorger, dès que la moindre quantité de. sang an'é (?) a été enlevé aux veines gonflées du bras. C’est pour cela que les plus habiles médecins pensent que souvent l’incision de ces veines provoque, plus qu’elle ne les arrête, les menstrues supprimées chez les femmes.
« Mais que dire du concours de la lune? De même qu’elle a son influence sur le reste des eaux ainsi semble-t-elle avoir aussi exercé sa force sur les excrétions aqueuses (l’urine) de ce vénérable théologien. Cet astre, en croissant, supprimait son urine, retenue dans le rein, beaucoup plus facilement, et dispersait dans les veines voisines l’urine supprimée, beaucoup plus rapidement, peut-être, que si elle s’était cachée dans le réceptacle de la vessie, plus éloignée et moins à portée de son influence. >>
On voit que, pour Tulpius, il n’y a pas que les femmes qui soient lunatiques... On consultera avec fruit sur ce sujet palpitant la fameuse dissertation de Mead, faite pour prouver l’influence de la lune sur l’homme, ou tout au moins le Traité de l'expérience de Zimmermann !