‹ De l'hygiène en AlgérieChapitre 18 sur 74 · V. — VÊTEMENT · texte numérisé non relu

V. — VÊTEMENT

blUer, ni déposer son sac. L'introduction de la ceinture dans tous les corps rendrait surtout utile ce dernier perfectionnement.

5** Jambière. — La jambière imperméable et solide , en peau de daim , est une pièce importante de Thabil^ lement du zouave. Les muscles , maintenus et légèrement comprimés par cette enveloppe immédiate , acquièrent une vigueur favorable à leurs contractions dans la marche, la course, le saut; et la jambe, ainsi protégée, peut braver le froid et Fhumidité, la rosée des champs, Timpression de divers chocs, et surtout les atteintes de la broussaille épineuse, qui sont si redoutables pour nos tissus de drap. Ceux qui font la guerre en Algérie connaissent seuls tout le prix de cette partie^du vêtement.

6® Ceinture. — Dans l'uniforme que nous décrivons, la ceinture nous intéresse d'une manière spéciale. Tous les peuples guerriers de l'antiquité, les Gaulois, les Francs, avaient la coutume de se ceindre. La chevalerie française suivit cet exemple ; et l'on sait que le même usage est conservé chez beaucoup de nations, ainsi que chez tous les hommes livrés à des travaux pénibles. La ceinture, en eflfet, alors que ses circulaires enveloppent largement l'abdomen et les lombes, offre deux avantages distincts : l'un, de comprimer doucement ces régions, d'en fortifier le système musculaire, et de favoriser en même temps l'action du diaphragme, dans l'exercice de la progression et de tous les mouve-

méats; l'autre, de protéger les oi^anes digestifs contre les vicissitudes atmosphériques. En Algérie, cette protection donnée aux viscères abdominaux est le premier soin que réclame leur hygiène. Seulement, il est nécessaire de ne point quitter ce vêtement sans précautions, comme nous Tavons dit poiur le turban. Elément de force et moyen prophylactique, telle est donc la double propriété de cette enveloppe, dont le zouave sait encore utiliser Tétendue poiu* se faire un toit contre les ardeurs du soleil ou contre la brume des nuits.

La ceinture, d'ailleurs, pouvant s'adapter à l'uniforme européen, il n'est pas douteux que son introduction dans toute notre armée d'Algérie ne fût une mesure conservatrice de la santé des troupes. Les avantages que l'on en retirerait sont un fait constaté par l'expérience de toutes les expéditions , de tous les jours ; et l'autorité s'en est même préoccupée à diverses reprises. Ainsi le maréchal Bugeaud prescrivit, il y a quelques années , l'usage de la ceinture rouge de laine, « ayant environ 3"oo de longueur sur o™45 de hauteiur, » et pesant trente-trois décagrammes^ Cette ceinture devait être substituée au lambeau de flanelle qu'avaient porté nos soldats depuis i83â, et que l'on décorait du même nom. Une conmiission fut envoyée d'Oran en Espagne, pour traiter de cette fourniture; mais les marchés proposés ne furent point passés.

7® Manteau. — Le petit manteau de drap, surmonté

* Monit. algér, 23 août i84i-

d'un capuchon, qui complète Tuniforme du zouave, est essentiellement convenable pour le service militaire dans ce pays. Nous voudrions cependant qu'il fût tm peu plus long, et que Tétoffe en fut plus imperméable à Teau. Mais pour le capuchon, qui déjà fait partie de Thabillement actuel des vcdtigeurs corses S c'est im appen* dice qu'il importe beaucoup d'introduire dans le costume algérien , aussi bien du soldat que de l'officier, aussi bien de la cavalerie que de l'infanterie. Lies manteaux des chasseurs d'Afrique devraient également être faits d'un tissu moins perméable, pourvus de capuchons, et même de manches; car en abritant mieux de la pluie, ils permettraient encore l'usage des armes. Que n'avonsnous plutôt adopté l'antique pallium à cape, dont nous avions l'exemple sous les yeux? L'Arabe rejette son bernous en arrière , et se ceint rapidement pour combattre. En pareil cas, nous devons d'abord plier notre manteau ; ei c'est du temps de perdu.

Quant aux régiments d'infanterie, qui sont vêtus de la grosse capote, c'est la couverture de campement qui leur tient lieu de manteau , dans l'occasion : et Ton devine tout ce que souffre le fantassin surchargé de la sorte , par les temps de pluie et dans les mauvais chemins. Jusqu'à l'adoption de mesures nouvelles, il serait donc utile de substituer à la couverture un pardessus imperméable et moins' lourd, tel que celui dont faisaient usage les chasseurs d'Orléans. Aujoiu'd'hui remplacé par un autre en drap, ce manteau du chasseur était

' Jonm, mil off. /inn. i845, a* sem. p. 149.

formé d'une pièce rectangulaire noire , en toile vernie , garnie, à son extrémité supérieure, d'une coulisse et d'un lacet ^ : il avait poiu* triple usage de tenir lieu de manteau pendant le jour, de couverture pendant la nuit, et de pouvoir s'unir à son semblable, afin de servir à la construction d'un toit pour deux hommes. U faudrait seulement qu'il fût fait d'une étoffe plus forte et moins susceptible de se couper.

Terminons par quelques remarques sur le linge et sur la chaussure du soldat.

8® Linge. — Par son ampleur, le vêtement que nous venons d'examiner a poiu* effet de modérer la perspiration cutanée ; et tel est un de ses avantages. Car si l'abondance de cette exhalation est salutaire dans certaines limites , les pertes excessives par la sueur ne sont pas moins une cause de maladies, en atténuant outre mesure l'énergie des fonctions digestives, et par les transitions de températiu'e que les brusques refroidissements peuvent occasionner.

Ainsi, Ton a sagement fait d'introduire f usage des chemises en cretonne de coton, au heu de celles en toile de lin ou de chanvre, dont l'armée se sert en France^. Nous savons que l'un plus que l'autre de ces tissus conserve la température du corps , et s'oppose à la transmission du calorique extérieiu*; nous savons que l'un plus

' Joum, mil off. ann. i84o, a* sem. p. 5ga. — Cf. Ibid. ann. i845, 2* sem. p. 83o.

* Joum. mil off. ann. i834i prem. sem. p. g3.

que ràulrè absorbe rhumidité, modère Févaporation de la sueur ( Voy. p. 1 8) : il serait inutile de revenir siu* ce point. Les chemises de laine ont même été proposées. En ce qui touche l'armée, il nous suffira de dire que la comparaison entre leurs avantages et leurs inconvénients ne soufire pas Texamen.

Poiu* les gilets de laine ou de coton, leur usage, de même que celui des chaussettes, est facidtatif, c'est-àdire toléré seulement. Mais ne conviendrait-il pas que les officiers de santé , dans les corps, ou au moins dans les hôpitaux, fussent autorisés à faire des demandes à cet égard, toutes les fois que l'homme ayant besoin de ces effets ne pourrait les acheter? D en serait du gilet de flanelle , par exemple , comme des bandages herniaires, qui sont distribués gratuitement, au compte du service des hôpitaux ^ D'autre part, s'il n'est rien de mieux, en général, que de porter le soulier à nu, ou graissé seidement, l'usage de chaussettes peut devenir un besoin réel, pour quelques cavaliers, pendant l'hiver; et, dans ce cas encore, il est évident que ces objets, reconnus nécessaires, ne devraient point être mis au compte particidier des honunes.

Quant au caleçon , il importe beaucoup à l'intégrité des fonctions cutanées; et nous le regardons comme indispensable, surtout en campagne. Ajoutons qu'une blouse légère ne serait pas moins utile en bien des occasions, comme pendant les grandes chaleurs, et dans la saison des pluies. Ainsi le soldat aurait un

* Joarn, mil. off. ann. iSA^i a' sem. p. a 57-2 58.

vêtement de rechange , et ne serait pas dans la nécessité de conserver sur lui ses vêtements mouillés.

9^ Chaussare, — La chaussiu^e militaire ne présente, en Algérie, que des indications communes. Dans nos expéditions, cependant, les marches sont quelquefois extrêmement laborieuses; et comme la compression, la gêne des pieds n'est pas moins nuisible que celle des autres parties du corps, on comprend tous les maux que pourrait causer Tusage de souliers trop courts ou trop étroits. Les vicissitudes de cette guerre exposent aussi nos soldats, comme autrefois ceux de Tarmée dltalie , à manquer de souliers. « Le soldat a mis à profit Fexpérience acquise l'hiver dernier, écrivait le général de la Moricière; les peaux de bœuf tués à notre boucherie ont fourni des espardilles aux hommes déchaussés ^ » Les dix mille, dans leur retraite mémorable, avaient eu recoiu^ au même moyen. ^ ... carbatinas « factas de corio recens bobus detracto ^. » Nous avons vu des hommes s'improviser cette espèce de carbatines ou de pero, ces chaussures faites de peau fraîche, dont se servent encore les KT>aïl; nous en avons vu d'autres marcher nu-pieds, durant de longues et doidoureuses journées : nous avons vu des combinaisons renversées, des plans de campagne devenus inexécutables, à défaut de chaussiu*es. Les soins à donner au soulier du soldat,

* Monituniv. 16-17 août ^SAs»

* Xénophon, Exped. Cyr. Hb. IV, cap. v; OEuvr. compl. éd. Gaîl, t. IV, p. 1 53-1 54.

toujours dWe haute importance, exigent donc, en ce pays, un surcroît d'attention.

Les observations de P. Camper avaient démontré, par le raisonn^ement et par Texemple même des faits, coBibien il lest avantageux de donner au soulier une fi^;ure analogue à celle du pied ^; c'est-à-dire de substituer la forme de travers ou courbe à la forme droite. Cette modification, déjà consacrée par l'usage chez les anciens Grecs et Romains \ était passée dans l'art des chaussures actuelles. Mais, malgré les améliorations successives dont elle avait été l'objet dans ces derniers temps, la chaussiu*e militaire péchait encore par ce point capital; et Biron, il y a moins, de trente ans, regardait un tel perfectionnement comme accompagné de difficidtés qui le rendaient inapplicable à l'armée'. Le soldat devait changer son soulier de pied chaque joiu*, et soufhrir, d'ailleiu*s , de tous les inconvénients inhérents à la forme droite. Ce perfectionnement est aujourd'hui prescrit^; il a pris rang parmi les améliorations générales de notre vêtement mihtaire.

Ici toutefois, en admettant que l'habillement et l'équipement du cavaher doivent lui permettre de marcher et de combattre à pied, conune nous l'avons vu tout à l'heure , il faudrait que la chaussure fût également confectionnée à deux fins, dans ce but. D'après cela,

* Dissert, sur la meilleare forme des souL ch. m.

* Ferrario, ouvr. cit. éd. cit. 1. 1, part, ii, p. 1018-1019.

' Joum. de méd. de chir, etdepharm, mil, t. II, p. 5g, ann. 1816.

* Joum, mil. off. ann. i84i* a' sem. p. 34.

les brodequins ne seraient-ils pas préférables aux bottines» aux bottes actuelles? Nous ne faisons que poser la question.

Quant aux guêtres de cuir, introduites depuis quelques années en France , on sait qu'elles ont été reconnues supérieiu*es aux guêtres de drap*; mais il nous semble que, pour l'Algérie, cette sorte de guêtre, souvent durcie au soleil, toujours difficile à lacer promptement, et qui n empêche point la terre d'entrer dans le soulier, n'est pas exempte d'inconvénients. Et ici encore nous pouvons nous demander si le brodequin, soit à boutons, soit à boucle siu* le côté, ne serait pas avantageusement substitué à la chaussure du fantassin. Ce sont là des questions que l'expérience seide peut résoudre.

lo® Corollaires. — Nous venons d'esquisser l'uniforme à la fois élégant et conmiode qui nous parait satisfaire, plus que tout autre, aux exigences de l'état militaire et des conditions de ce climat. Les développements dans lesquels nous sonunes entré auront suffi , peut-être , à cette démonstration. En faudrait-il une preuve saisissante, on la trouverait dans la supériorité bien remarquable du régiment des zouaves. Toute notre infanterie est sans doute admirable; mais, qu'on nous permette de le dire , libre dans ses mouvements, industrieux et valide, infatigable, le zouave est un type auquel nul autre fantassin ne ressemble. Jouissant de toutes ses forces et plein de confiance en lui-

* Journ, mil off. ann. 1889, 2' sem. p. Sg.

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