S II. BAINS
Les bains d'eau de rivière ou de mer sont un des moyens de propreté les plus efficaces : ils délassent d'ailleurs ; ils reposent les organes et modèrent la circulation; ils abreuvent et rafraîchissent les fluides de l'économie; ils restaurent l'action nerveuse et musculaire; ils tempèrent, pour le stimuler ensuite, l'exercice des fonctions cutanées ; ils tonifient les organes de la digestion. Et pour ces motifs, ils seront, en général, d'autant plus salubres et plus nécessaires que la température sera plus élevée.
Nous savons que l'on a constaté quelquefois la fiineste influence du bain fixais, en Algérie, dans les localités à fièvres de marais^ ; et ces faits isolés peuvent imposer quelque réserve ; mais nous n'hésitons pas à les considérer comme des exceptions à la règle commime. Du reste, l'eflet consécutif, de même que l'action immédiate des bains, dépendra toujours de leur mode d'emploi. Alors qu'ils seront pris dans de bonnes conditions extérieures et individuelles, ils ne mettront point obstacle à l'éhmination perspiratoire de la peau, comme on poiurait le croire. A la période du refiroidissement succéderont bientôt les phénomènes d'ime douce réaction périphérique et le retoiu: de l'exhalation cutanée. En cela, notre observation est d'accord avec
' Ramel, De l'injl. des marais et des étangs, p. 297. — Boudin, Ess. de géogr, méd. ch. v, p. 68.
celle des auteurs nombreux qui proclament Tefiicacité du bain frais, et surtout des bains de mer, comme moyen prophylactique, dans les régions chaudes et paludéennes; ce qui n'exclut en aucune manière leur fâcheuse influence , s'ils étaient pris inconsidérément.
Dans rétat de santé, le bain sera dangereux pendant Tacte de la digestion. Relativement aux malades, Hippocrate dit même qu'ils ne doivent prendre ni tisane, ni boisson, inunédiatement après en être sortis^.
« neque statim a balneo sorbendum aut bibendum. »
Plus Teau sera fraîche, et plus il serait nécessaire, avant de s'y plonger, que le corps eût acquis son minimum de température, par le repos à l'air libre. Indépendanmient des cas de maladie, et des divers états de l'économie qui contre-indiquent l'usage du bain, on fera bien de s'en abstenir toutes les fois qu'il causerait un sentiment d'horripilation ou d'oppression, résultant de la susceptibilité individuelle. Pour que les bains soient salutaires , il faut d'abord qu'ils soient agréables.
Quant à l'eau, elle ne doit être ni trop vive, ni trop ombragée ou trop profonde. Elle sera courante, si ce n'est l'eau de la mer, et possédera d'ailleurs toutes les qualités de l'eau salubre. Les moments du jour les plus convenables pour prendre le bain sont le matin, après le lever du soleil, ou bien encore le soir, avant le repas : la durée en sera modifiée suivant les circonstances, l'état des hommes, la température de l'air et de l'eau. C'est aux chirurgiens des corps qu'il appartiendra d'en
' De rai, vict in morb, acuL S 18, t. II, p. 869, éd. Littré.
décider, et de présider à tous les soins que réclame la bonne administration du bain des troupes.
D'autre part , si le bain d'étuve humide, ou bain maure, auquel on associe la pratique du massage, est une sorte de panacée orientale, on sait qu'en général les Français*, à rimitation des indigènes algériens, s'applaudissent des effets de ce bain, de la dépuration cutanée qu'il opère, de la souplesse qu'il donne aux membres, de l'état de sédation et de réparation qui lui succède. Pourquoi ne ferait-on pas profiter l'armée des avantages que présente cette coutume essentiellement hygiénique? Le baind'étuve serait employé surtout dans les villes où l'eau manquerait pour les bains ordinaires de rivière ou de mer.
Enfin, le bain maure et les précédents venant à faire défaut, et si l'eau était rare, comme il importe au plus haut degré d'ablutionner la surface entière du corps, voici le procédé qu'il serait bon de mettre en usage. Ce procédé , dont on se sert en Prusse , nous en avons trouvé l'indication dans un ouvrage écrit il y a quelques années, et lithographie, Sur les services de l'armée prussienne. Il consiste dans une large irrigation, dans une pluie artificielle à laquelle sont soumis ensemble trois ou quatre hommes, placés dans une chambre cubique de quelques mètres en tous sens. Le haut de cette espèce de cabinet de bain est occupé par une large surface en pomme d'arrosoir, qui communique avec im réservoir alimenté par une pompe. Le robinet s'ouvre, l'affusion , ou, si l'on veut, la douche d'irrigation , la pluie commence ; et les trois ou quatre baigneiu*s sont ablutionnés dans l'espace de quelques
minutes, et avec une très-faible dépense d'eau. En France , où Ton ne rencontre que rarement de bonnes localités pour le bain militaire , où Ton ne peut que très-difficilement passer des marchés qui permettent de conduire les hommes dans des maisons de bains, où d'ailleurs il n'y a qu un bien petit nombre d'infirmeries régimentaires qui soient pourvues du matériel et des ustensiles nécessaires à l'administration des bains; en France, disons-nous, l'introduction de ces sortes d'ablutions aurait, sans nul doute, les meilleurs résultats.
Pour ce qui concerne les bains médicamenteux , ils sont encore une arme trop précieuse pour que l'on en puisse négliger l'emploi dans le traitement des affections chroniques propres à ce pays. Par une disposition que l'on pourrait appeler providentielle , la terre d'Algérie abonde en sources minérales, que les indigènes manquent rarement d'utiliser pour le traitement de leiurs maladies. Et l'on ne peut qu'approuver les mesures prises pour envoyer nos soldats malades à quelques-unes d'entre elles, notamment aux H'ammâm-Meskhout'în et aux H'ammàm-Rîr'a, où nous avons institué des hôpitaux provisoires, déjà depuis trois et quatre ans. Toutefois ces établissements ne fonctionnent que dans les deux saisons dites des eaux : et sous ce beau ciel, où l'état chmatérique est tout autre qu'en France, où la maladie est sans cesse présente , où la médication n'attend pas , on peut se demander s'il n'y aurait pas lieu d'administrer les eaux minérales, non-seulement dans quelques
saisons, mais durant la plus grande partie de Tannée, au moins dans les lieux salubres en toute saison. Ce serait une innovation dont les avantages thérapeutiques pourraient être considérables^ et sur laquelle nous croyons devoir appeler l'attention. Dans un travail récent sur irammâm-Meskhout'în, M. Grellois propose d'ouvrir une ti'oisième saison en automne ^ Cette proposition doit d'abord être accueillie.
Nous ne parions pas des autres bains que l'on a quelquefois utilisés pour le service de l'armée. Tels sont, près d'Oran , les Banos délia Reyna ; à l'Est d'Alger, les H ammâm-Melouân; sur la route de Constantine à Sétif, ceux de Bou-Chèrf , chez les Beni-Kechcha. Nous ne parlons ni des sources thermales ou minérales, qui sont innombrables, surtout dans la province de Constantine, ni des autres H'ammâm dans le voisinage desquels on trouve des vestiges qui témoignent de leur usage sous la domination romaine : ce ne serait pas ici le lieu d'en tracer le tableau.
S m. ONCTIONS.
Les anciens avaient la coutume de s^oindre le corps, et cette coutume se perpétue chez beaucoup de peuples modernes. Ils trouvaient là un préservatif contre le froid et contre l'humidité, un élément de souplesse et de protection pour la peau, d'énergie et d'immunité
' Rec. de mém, de méd, de chir, et de pharm. mil. t. LX, p. 388, ann. i846.