VII. Aggu)£NTS. — Les maladies en campagne, leur
nombre ) leur gravité, sont en raison de Tétat physique des troupes au moment du départ, des fatigues et des privations qu'elles ont à supporter, des soins plus ou moins bien dirigés , qui sont pris à leur égard. Nous n'avons point à nous occuper de ces maladies, dont nous avons fait connaître les causes générales. Et quant aux blessures d'armes de guerre, qu'il nous su£Ese de dire que leurs effets seront plus fâcheux pendant l'état d'oppression des forces et celui de vacuité de l'estomac que dans les conditions opposées de l'économie : c'est une maxime ancienne que de faire reposer et manger le soldat avant le combat ^ Notre but est d'envisager seulement les accidents subits qui surviennent dans certaines marches pénibles, et contre lesqueb on ne saïu^ait trop se tenir en garde.
La lassitude musculaire, résultant d'efforts excessifs ou trop prolongés, est parfois un mal dont le repos seul est le remède. Mais lorsque la chaleur et la lumière se font rudement sentir; lorsque la sueur est accablante, et la soif non satisfaite, toutes ces influences ajoutées à la fatigue peuvent déterminer des accidents de la plus haute gravité. Le soldat ne saurait abandonner son arme ; il ne saurait abandonner son fardeau , que ses épaules se refusent à supporter; ses jambes ne le soutiennent plus ; et c'est en vain qu'il réclame des moyens de transport devenus insuffisants. Que faire alors? Le malheureux touche au terme de ses forces physiques et morales; et s'il ne veut tomber dans les rangs, peut-
' Végèce» op. cit. lib. IIl, cap. xi. — Léon, op. cit. cap.xiii, $ 1 1.
être pour ne plus se relever, il n'a d'autre ressource que de rester en arrière, à ses risques et périls.
Les marches des troupes aux Antilles, au Sénégal et dansTHindoustan; notre expédition d'Orient, nos guerres d'Italie et d'Espagne , ont offert quelquefois des exemples de mort subite dans les rangs. En Algérie, ces accidents d'bypérhémie et de congestion cérébrales sont moins fréquents aujourd'hui que psur le passé, mais ils n'en doivent pas moins fixer l'attention. Il y a peu d'années encore , nous avons été témoin de faits semblables, pendant la marche du 3 1 ^ régiment de ligne, de Philippeville à Constantine, au mois de juin i84o; pendant les expéditions d'été dans les provinces d'Alger et de Tit'erî ; pendant celles d'automne, dans la province d'Oran, en 1 84 1 • Il n'est pas de forte journée de marche , sous un ciel ardent, qui ne soit funeste à quelques hommes. Mais, loin d'accuser de ces accidents la chalem* seule, c'est aussi dans les conditions générales de la vie du moment, dans les défauts du vêtement, dans le poids du fardeau, et souvent aussi dans l'abus de l'alcool, qu'il en faut chercher le principe. Du reste, les recrues et les nouveaux venus, conséquemment les hommes les plus jeunes et les moins acclimatés, en sont presque les seules victimes. En France même, des causes analogues amènent de pareils résultats.
Voici ce que nous avons observé : lorsque l'homme est près de succomber à l'excès de la fatigue, et qu'il continue de marcher dans les circonstances que nous avons dites , il arrive un instant où les fonctions céré-
braies et rachidiennes se troublent , où Finflux nerveux semble suspendre son action, où le système locomoteur est comme frappé de paralysie. La marche est d^abord chancelante, automatique; Tœil est aride, la peau sèche et brûlante, les mouvements circulatoires sont précipités; Tanhélation survient. Puis, tout à coup, Thomme tombe comme frappé d'une balle au cœur, et quelquefois tous les soins pour le ranimer sont superflus; mais habituellement une saignée immédiate sauve la vie. Il faut en même temps desserrer les vêtements, asperger le visage, placer le malade à Tombre , et lui faire avaler quelques gorgées d'eau vive ou aiguisée avec un liquide spiritueux. Car si la congestion cérébrale a son remède propre, le mal de la soif a le sien; et il peut même arriver que la satisfaction de celle-ci ne soit pas moins indiquée que le dégorgement des vaisseaux. L'ingestion dW peu d'eau suffît souvent, à elle seule, pour rappeler les sens , tant est considérable le rôle que joue la soif dans la plupart de ces accidents. Ainsi les populations indigènes, quand elles ont été poursuivies sur des plages arides, ont compté parfois de nombreuses victimes. La fuite de la zmala d'Àbd-el-K'àder, en i843, en fournit un exemple : « A chaque gite , dirent les Arabes, nous laissions un petit cimetière ^ »
La saignée, d'ailleurs, ne produit pas toujours l'effet qu'on en attend. Le sang noir, qui coule à peine, peut se coaguler instantanément, et presque en toute proportion. Cette indication est, néanmoins, la plus pres-
* Daumas, Morût. de Varm. a 5 juin i8/l3.
santé, fengoi^ement des vaisseaux cérébraux devant être considéré comme la cause déterminante la plus ordinaire de ces affections. Cépaississement du sang, dans cette circonstance, est un fait que nous avons signalé précédemment en parlant des dangers de la soif. De là, sans doute, Tamplitude graduellement moindre de ses mouvements , Tengoi^ement progressif des systèmes capillaires, et Taffaiblissement de plus en plus prononcé de son action réparatrice sur tous les appareils de la vie.
Enfin, ce sont des causes générales semblables, et nuancées smvant les lieux et les saisons , la nature des vents, comme seraient les ardeurs du siroco, qui provoqueront le développement des divers symptômes, non plus de collapsus, d'abolition des forces, mais d'exaltation cérébrale et de ces délires furieux que Ton a quelquefois occasion d'observer, et dont le dernier terme a pour résidtat le suicide ^ C'est à combattre les causes de ces divers accidents, par les moyens que nous avons successivement proposés, en vue d'améliorer la condition des troupes en campagne ; et c'est surtout à ménager les forces, en fournissant à l'organisme une réparation abondante , que se réduisent tous les préceptes à suivre pour en diminuer la fi^équence et la gravité.
Vni. Retoub. — Comme l'influence d'un genre de vie inaccoutumé peut favoriser le développement de
* Guyon, Rec, de mém, de méd, de chir. et depharm. mil t. XLIV, p. aÂ5 et suiv. ann. i838.
diverses maladies au début des expéditions , de même , à la rentrée des colonnes dans les garnisons bien approvisionnées, Tétat sanitaire courra de nouveaux risques. Alors les troupes sont presque toujours exténuées de fatigue et lasses de privations; la satisfaction de leurs premiers appétits ne peut que bien difficilement être contenue dans de justes limites , et cependant les erreurs de Tintempérance sont plus funestes que jamais. Le seul changement de régime imprime à Téconomie des modifications toujours accompagnées de quelque danger. Il faudra donc veiller à ce que la transition ne soit pas trop subite entre Tétat de pénurie et celui d'abondance des vivres, et spécialement des spiritueux.
En outre, toutes les fois que Torganisme tend vers un but déterminé, quil accomplit une tâche, il manifeste des ressources extraordinaires, et possède une grande puissance de réaction contre les impressions morbifiques, auxquelles il succombera dès que le moment d'excitation morale sera passé. Ce n'est donc pas seulement à l'influence du bien-être, succédant sans intermédiaire à certaines vicissitudes , mais encore à la dépression des forces, qu'il faut attribuer les maux qm peuvent se déclarer au retour dans les cantonnements. Et c'est ainsi que l'arrivée de la grande armée à Moscou, et qu'ensuite la fin de cette campagne et de celle de Saxe, furent marquées par l'invasion de maladies qui reconnurent ces deux ordres de causes simultanément. On trouve dans les auteurs divers faits de ce genre , mais qui n'intéressent point notre sujet ; car en Algérie
nous n'avons jamais à souffrir beaucoup et longtemps de la disette, et nos places, d'ailleiu's, ne fournissent pas au soldat d'extrêmes délices.
Néanmoins, toute transition brusque d'un état à un autre, même meilleur, est compromettante pour l'économie; aussi bien la satiété trop grande après l'abstinence que le repos subit après un long travail, conune Celse l'a dit : • Neque vero ex multa famé nimia satie-
« tas idonea est Item, neque ex nimio labore su-
« bitum otium... sine gravi noxa est^ » Et c'est pour cela que le passage , ou d'un régime succinct à l'abondance des vivres, ou de la vie active des expéditions à l'état de repos, pourront, dans quelques circonstances, n'être pas sans danger. Indépendamment des avis, des exhortations et des mesures d'ordre propres à prévenir tout excès, il faudra donc parfois, au retoiu*, tenir pendant quelque temps le soldat en haleine par des travaux, des exercices, ou même par des divertissements, afin d'éviter que l'inaction ne succède trop brusquement aux fatigues de la guerre.
IX. Musique. — Nous savons, par l'histoire, que la musique a toujours été la compagne des guerriers. Sans parler des chants dans les marches , des cris du combat, des hymnes de la victoire, l'emploi de plusieurs instruments remonte aux temps les plus reculés ; et nous voyons la musique guerrière , la cadence du pas et même
* Celse, De medicin. lib. I, cap. m. — Cf. Galien, Comment, in Epidem. lib. VI, com. m, S 27; t. XVII, pars 11, p. 76-77, éd. Kôhn.
les danses en armes, occuper une place considérable dans les exercices gymniques ou dans la tactique , chez les Grecs et chez les Romains ^ Quant aux instruments, ils servaient à transmettre les commandements; le feu des armes n^empêchant point qu'ils fussent entendus pendant le combat. Ceux des Grecs étaient la flûte, la trompette, la lyre; ceux de la légion, les trompettes, les cornets, les buccines. En France et dans les anciennes milices européennes, ces instruments furent des trompettes, des tambours, des timbales, des fifres. Nos armées avaient aussi leurs cris de guerre : Dieu le veat! Dieu nous aide! et les seigneurs avaient des cris particuliers, dont Fusage se perdit sous Charles VIP. Victoria cnwis avait été Tinvocation chrétienne. « .... ut « Christian!, Vicit CruXf pro pœane habebant^. » Enfin c'est en 1766 seulement que la musique militaire, alors composée de clarinets et de fifires, auparavant distribuée dans quelques compagnies, est régulièrement instituée , et attachée <i à la suite de Tétat-major, dans chaque bataillon^. » Mais il s'agit pour nous beaucoup moins de ces souvenirs que de notre état actuel.
' Thucydide, liv. V, chap. lzx. — Xénophon, Ëxpéd, de Cyr. liv. I, chap. VIII, x; IV, 11, m; VI, v. — Végèce, op. ciL Kb. Il, cap. xxii. — Cf. B. de Montfaucon, FAntiq. expliq, t. IV, part, i, p. 96-97. — J. de Maûeroy, Coars de tact 1 1, part i, ch. v. — Macchiavelli , ouyf. cit. liv. VU; œuvr. oompl. trad. fr. éd. cit. 1. 1, p. 359-36o.
* Daniel, Hùt. de la milfr. liv. V, ch. 11; t. I, p. 336, 339. 34i.
* Juste-Lipse, De ndlit. rom. lib. IV, dial. xi. — Cf. Végèce, op. cit, lib. in, cap. v. — Léon, op. cit, cap. xii, S 69.
* Ordonn. du roi du 19 avril 1766, art. III.
La force morale est la première des vertus militaires. Seule, elle triomphera des plus grands obstacles, elle enfantera des prodiges ; et tous les efforts doivent tendre à la développer, à l'entretenir comme un feu sacré. Or, dans nos expéditions d'Algérie, Tun des principaux éléments de cette force morale et de la santé , c'est l'exercice agréable et varié des sens, et conséquemment la musique , à laquelle les circonstances donneront bien souvent une importance hygiénique. Lorsque les événements qui se succèdent intéressent le soldat, quand les lieux sont accidentés et curieux, la gaieté règne; et la fatigue est moindre que si la monotonie de la contrée ajoute aux autres causes de débilitation. Il en serait à peu près ainsi pour le découragement, la tristesse qu'entraînerait une défaite , comparés à l'état de surexcitation , d'enivrement qui suit la victoire. On conçoit donc que l'influence de la musique et des chants militaires ne doive pas être négligée en campagne", et comme moyen de tromper la fatigue , et pour ranimer l'énergie, quand elle faiblit.
Nos pères avaient leurs hymnes héroïques; et l'on sait quel empire ont exercé maintes fois ces chants nationaux sur le moral du soldat et sur le sort des batailles. De même en Algérie, l'influence de l'harmonie guerrière nous a toujours paru d'une efficacité décisive pour soutenir le soldat dans les moments critiques. Alors que la récente transformation opérée dans notre musique régimentaire prouve tout l'intérêt que l'on attache à ses progrès ; alors que depuis plusieiu's années
renseignement musical est consacré dans Tarmée par l'institution de coiœs de chant, d'après la méthode de Wilhem ^ , comment donc la musique des corps ne serait-elle pas Fobjet d'améliorations incessantes dans les garnisons algériennes?
Pour les marches, nos seules chansons les secondent merveilleusement; l'élan qu'elles donnent, la gaieté qu'elles inspirent , font trêve à tous les maux. Et quel que soit l'abattement des forces, le bruit majestueux du tambour ou le retentissement du clairon viennentils à se faire entendre , l'armée est comme électrisée ; la fatigue n'est plus sentie, et ce moment d'animation vaut presque du repos. Il n'est pas jusqu'à la musique des indigènes qm n'ait un charme particulier, et qui n'exerce une influence extraordinaire sur les troupes en marche: aussi, dès que les clarinettes et les hautbois, les fifres et les tambourins frappent l'air de leurs sons aigres et discordants, la colonne entière y répond-elle par des acclamations de joie ; et tant que dure cette harmonie sauvage, le soldat marche, en quelque sorte, sans y penser. Ainsi la trompette excite le cheval, et le cor entraîne les meutes, comme le chant des caravanes soutient le pas lassé du chameau dans le désert.
Mais ce n'est pas seulement diu:ant la guerre, c'est encore dans les marches en temps de paix, dans les travaux, dans les manœuvres, les exercices, que notre
' Joam, mily off. ann. i843, prem. sem. p. 3 17.
musique peut rendre des services. C'est encore au bivac, et c'est surtout dans certains postes attristés, dans les hôpitaux, et toutes les fois que Ton redoute les ravages de Tennui, ceux de la nostalgie, que nos musiques régimentaires auront sur Tesprit des troupes et sur leur état physique, une action non-seidement bienfaisante, mais véritablement conservatrice, et dont nulle autre puissance ne saurait tenir lieu.
S III. AMBULANCB.
Le service de santé, dans les expéditions, occupe une place trop considérable pour qu'il nous soit permis de le passer entièrement sous silence. Mais les questions de principe qui touchent à ce sujet ne doivent point ici nous occuper; et quant à la pratique, c'est à l'école des faits qu'il en faut puiser les notions. Nous nous bornerons à quelques remarques peu étendues, sur le personnel, le matériel, les évacuations.
I. Personnel. — ^ Il ne faudrait pas croire que le chirurgien en chef d'une expédition ait pour mission seulement de donner des soins aux blessés : dans les exclussions les plus pacifiques, son intervention est encore de tous les moments. Le chef de l'ambulance est l'un des hommes dont les efforts, d'accord avec ceux du commandant des troupes, auront le plus d'influence sur l'heureuse issue d'une campagne.
Tous les chirurgiens qui sont à l'œuvre savent que
c'est par des communications directes avec l'autorité supérieure, à laquelle appartient l'exécution des mesures , qu'il leur sera permis de donner aux fonctions dont ils sont revêtus leur véritable caractère et toute leur utilité. Et quant à notre jeunesse chirurgicale, si justement louée , elle doit savoir se garder, envers le soldat malade ou fatigué, d'une dureté qui peut mettre en danger la vie, ou servir d'occasion k des résolutions funestes. Elle doit savoir que le chirurgien est le seid génie protectemr que dans ses maux le soldat puisse invoquer; que lui seul donne à son infortune des secours amis; que d'un mot, quelquefois, il peut faire vivre ou faire mourir : « tarpàs... héôeos^. »
La position du chirurgien, dans les marches, devient parfois très-difficile. Il est assailli par un nombre d'hommes supérieur à celui que comportent les moyens de transport; et, s'il se montre trop sévère, des maladies seront à craindre qu'un repos nécessaire eût prévenues. Pour utiliser de son mieux les moyens dont il dispose, il fera transporter les havresacs ou même les armes de ceux qui pourront marcher sans fardeau; et, conune dernière ressource, il aurait à réclamer un ordre en vertu duquel un certain nombre de cavaliers feraient place aux hommes invalides. C'est d'après une semblable demande de Larrey, que le général Bonaparte, en Syrie, fit mettre tous les chevaux de l'état-major, et d'abord les siens, au service des blessés.
* Hippocrate, De décent, habit éd. Foesio, 1621, p. a 3.
« Les chirurgiens t dit Vaidy, ne doivent point aller dans les rangs pour panser les blessés. Uambidance est pour eux le poste d^honneur *. » Assurément le poste d'honneur du chirurgien est partout où les blessés rappellent. Les chirurgiens en chef de nos grandes armées et les collaborateurs sous leurs ordres ont pansé maintes fois des blessés, sous le feu des batteries : ils ont fait leur devoir. Mais alors les ambulances étaient établies à distance du champ de bataille; et, en admettant que ce fut là l'exception, en Algérie, la nature des lieux et des circonstances exige que ce soit la règ^e générale. Ne faut-il pas que le chirui^ien suive la charge de son escadron? et dans ces combats rapides et si mobiles, où chaque homme est aux prises avec un ennemi, quelquefois ne faut-il pas qu'il arme son bras, ne fût-ce que pour sa défense P De même, dans l'infanterie, un mouvement offensif est-il ordonné, le chirurgien marche à son rang; et dans la mêlée, pour secourir ou sauver les blessés, il peut être obligé de combattre. Ainsi le chirurgien partage toutes les fatigues et tous les périls du guerrier; et plus tard, quand celui-ci peut se livrer au repos, lui-même doit y renoncer, jusqu'à ce que personne ne réclame ses soins. Telle est sa mission, tel est son devoir.
II. Matériel. — Si , d'une part, le dénûment des ressources locales donne beaucoup d'importance aux convois, d'autre part, la difficidté des lieux les rend
' Dict des se. méi, t. XXIII, p. 74.
Tobjet d'embarras extrêmes. Il ne faudrait doac rien transporter en campagne qui ne fût strictement nécessaire. Mais il n en est pas pour le fardeau d'une armée conmie pour le bagage de Tindividu. Tandis que ce dernier fardeau doit être réduit aux moindres proportions, Tapprovisionnement d un corps d'armée est autant que possible calculé pour suffire à toutes les éventualités. L'ambulance, en particulier, ne sera jamais trop bien pourvue de moyens de transport, de tentes et de couvertures, d'instruments et d'appareils de pansement, de médicaments.
En Algérie, les moyens de transport en usage, partout ailleurs que sur quelques grandes routes bien frayées, et qui permettent l'emploi des équipages militaires, sont encore aujourd'hui, d'abord des voitures légères, bicycles et à voie étroite, ensuite les cacolets et divers genres de litières portées par des mulets de bât; enfin, des brancards sur lesquels il est arrivé souvent que des blessés ou malades ont été transportés à des distances très-considérables. Mais ici, comme dans quelques pays montagneux où nous avons fait la guerre, en Espagne, le cacolet, par son emploi journalier, par la simplicité de son mécanisme , occupe le premier rang.
Néanmoins, les malades ont quelquefois beaucoup souffert du transport en cacolet, soit à cause du mouvement pénible qu'il occasionne, soit par suite des faux pas et des chutes que fait l'animal porteur, dans les mauvais chemins , ou quand il est fatigué. Nous avons même employé le dromadaire au transport des ma-
lades (voy. t. I, p. 1 18). Cest une monture qui nous parait devoir être régulièrement introduite dans le service, au moins pour certaines expéditions, et pour les excursions au delà du Tell. A Tarmée d'Egypte , c'est ainsi qu étaient transportés ordinairement les malades ou blessés. Larrey, s'inspirant de la pratique des Arabes dans les caravanes, avait fait construire pour Texpédition de Syrie, des espèces de paniers disposés en forme de berceaux , portés de chaque côté de la bosse du dromadaire, et dans lesquels, au moyen d'un prolongement à bascule, le blessé pouvait être couché dans toute sa longue ur^
Aujourd'hui, cependant, des villages s'élèvent et se multiplient, des centres de population et d'approvisionnements fondés sur des points éloignés fournissent aux besoins des colonnes belligérantes; les chemins s'améliorent ou se transforment en routes militaires, et dans un avenir prochain, nous l'espérons, il sera permis d'affecter au service des évacuations, des moyens de transport commodes, dans le genre des fouirons légers suspendus de nos anciennes ambulances volantes^, et qui remplaceraient avec beaucoup d'avantage les voitures actuelles. Mais il est bien entendu que les cacolets et les litières n'en.demeureront pas moins indispensables comme par le passé, pour accompagner les combattants , et pour voler à leur secours , dans les lieux les plus difficiles.
* Relat. hist etchir, de Vexpéd. de Varm. d'Orient, p. 87-88.
* Larrey, Mém. de ckir. mil et camp. 1. 1, p. i54 et suiv.
Quant aux brancards, peut-être leur importance, en campagne, devrait-elle les faire modifier, de manière à les rendre d^un meilleur usage , car les cacolets euxmêmes ne peuvent pénétrer partout; et Tétat de certains blessés ou malades nécessite, d'ailleurs, Temploi du brancard, quelquefois poiu* des trajets de plusieurs jours. Nous nVvons pu voir, par exemple, le général Perregaux et le capitaine de Broqueville ainsi transportés, Tun en iSSy, de Constantine à Bône; Tautre, en 1 8A 1 9 des rives du Chélif , ou mieux, du territoire des Beni-Zoug-Zoug à Alger; nous n'avons pu voir les difficultés qui résultent de ces longues translations; et nous n'avons pu voir les douleurs d'autres blessés cruellement assujettis sur des cacolets, sans nous rappeler les escouades de soldats infirmiers nommés brancardiers, qui furent proposées par Percy à l'armée d'Allemagne, qui reçurent même un commencement d'organisation, et dont l'idée nous semble de nature à fixer l'attention dans ce pflys.
Le problème était celui-ci : comment deux brancardiers réunis pourront -ils former promptement un brancard solide et commode, avec les pièces détachées de ce brancard, dont l'un et l'aulre seront poiteurs par moitié, et qui devront leiur tenir lieu d'armes défensives? Lia question ainsi posée, on peut voir dans l'auteur conmient il l'a résolue ^