S V. RÉCRÉATIONS
C'est dans un exercice rationnel et mesuré de ses organes du mouvement , c'est aussi dans le sage emploi de ses facultés intellectuelles, que le soldat puisera les principes de la force physique et morale dont il a besoin. Viennent ensuite les récréations, les amusements, qui seront toujours encouragés, et qui doivent être régidarisés par des préceptes.
Les exercices de la gymnastique occuperont la première place dans ces délassements. Nous savons par l'histoire que les jeux et les combats gymniques étaient en grand honneur dans les armées anciennes ^ Ainsi le moyen âge avait ses exercices équestres, ses toiumois. Et de nos jours, les peuples musulmans conservent quelques-uns de ces jeux, que notre tactique moderne nous a fait négliger : tels sont le djérid des mameluks, les danses des Arnautes, et tous les genres de fant'azîa, chez les Algériens. Ces exercices seront pour nous, la com*se, le saut, la lutte, la natation, l'escrime, le tir à la cible; ce seront la paume, la boule, les concerts, la danse même : la danse , toujours si précieuse pom* combattre l'ennui , la crainte ou la nostalgie , parmi les troupes embarquées comme chez les marins.
Tout le monde sait que pendant les hivers qu'il passa
dans les glaces de l'Océan Polaire Arctique , bien que
* Homère, Iliad. liv. XXIIl, v. 658 et suiv. 708 et suiv. — Xénophon, op. cit. lib. I, cap. ii; IV, vin; VI, i; VII, m. — Virgile, ./Eneid. lib. V, v. 286 et seq. 421 et seq.
le thermomètre descendit parfois au-dessous de zéro sur la scène, le capitaine Parry nen faisait pas moins jouer la comédie à bord de YHécla, Tun de ses vaisseaux ^ Cest ce que font encore aujoiu'd'hui nos marins sur la côte du Sénégal, par exemple, et d'autres fois, en pleine mer. De même, il nous est arrivé d'imaginer des fêtes, d'élever des théâtres et de jouer la comédie dans nos camps les plus dépoiœvus; et Ton comprend assez que ces joies passagères ont toujours été salutaires à Tétat physiologique des garnisons. Alors que plusieurs de ces divertissements existent pom* nos camps de paix ou de manœuvres, à l'intérieur, pom*quoi ne chercherait-on pas davantage à les introduire dans nos camps de ce pays, si peu faits, d'ailleurs, pour supporter la comparaison avec les précédents?
Ces jeux utiles à divers titres acquerront , dans certaines circonstances, un extrême intérêt, par Finfluence qu'ils exercent sur le moral des troupes. Dans les postes éloignés, ou privés habituellement de communications, ils feront oublier au soldat bien des peines qui le tuent lentement; ils serviront de barrière au découragement, à la tristesse, au fléau de la nostalgie; ils. seront un antidote contre l'ivrognerie , contre les désirs vénériens et contre l'onanisme : penchants dangereux ou Rmestes qui se trouveront équilibrés, et remplacés par la noble émulation de remporter le prix de la force , de l'agilité , de l'adresse dans le tournoi.
* Biblioth. univ, des voy (par Albert MonlémoiU), t. XL, p. 2991 Sog, 407, ann. i835.
Les oflKciers, parleur présence, assureraient le bon ordre; leur exemple animerait ces exercices, et, dans les occasions solennelles « on distribuerait des prix aux vainqueurs. Bien loin de provocpier le relâchement de la discipline, comme on pourrait le craindre , tous ces divertissements auraient une action iavoraUe sur f esprit militaire; car en Algérie, plus qu'en France, nous ravons dit (t. I, p. 369-270), les résultats d'une trop grande sévérité dans la conduite des troupes seraient tout contraires à ceux qu'on en attend.
Enfin, pour ce qui concerne les hôpitaux « des promenades à Textérieur réglées d'après les ordres du mèdecin, des jeux de diverses sortes, et la musique en particulier, auraient certainement pour effets de hâter le retour des forces chez les convalescents, et de concourir au soulagement de beaucoup de malades.