‹ De l'hygiène en AlgérieChapitre 48 sur 74 · SOMMAIRE · texte numérisé non relu

SOMMAIRE

S I. Fîèvre intermittente. — S ii. Variétés. — $ m. Analogies. — $ IV. Flux entériques. — $ v. Mauvaises eaux. — 5 vi. Terres insalubres. — S vii. Effets comparés. — S vîii. Traitement. — S IX. Dénomination.

S I. piàvRB intbkmittbutb.

Cest particulièrement à Tétat d'endémie que se pré* sente la fièvre intermittente sur le sol de T Algérie. Elle revêt aussi le caractère épidémique, et devient fièvre grave ou pernicieuse, suivant les saisons, les lieux et les individus. On sait que des transformations analogues se manifestent dans la plupart des contrées marécageuses du globe, et, d'après ime progression d'intensité croissante, des pôles à l'équateur, des climats froids aux climats chauds, des saisons d'hiver aux saisons d'été. Voici comment Zimmermann s'exprime sur ce point : « Les exhalaisons, dit-il, et les vapeurs des marais, produisent, en Allemagne, des fièvres tierces; en Hon-

grie, des fièvres pétéchiales; en Italie, des hémitritées; en Egypte et en Ethiopie, la peste ^ »

Non-seulement la fièvre et les afiections qui dérivent de la même origine, notamment la diarrhée et la dyssenterie, exercent de grands ravages en ce pays; leur principe se révèle encore au sein de toutes les autres maladies, qui se trouvent rapprochées entre elles, et comme spécialisées sous Tempire des mêmes influences locales. G*est à ces influences, provenant de Taction du miasme des marais, et c'est également i leurs phénomènes morbides, dont la fièvre intermittente est un exemple, que nous donnerons le nom d'infectWH palustre.

S II. vARiJris.

Les manifestations multipliées que Ton appeUe fièvres sont qualifiées diversement suivant le type qui leur est propre, leurs symptômes et leur gravité. Quelquesunes d^entre elles , souvent continues , avec prédominance de phénomènes particuliers, ont même reçu des noms empruntés au langage nouveau : tel est celui de gastro^céphalite. Mais il faudrait se garder de croire que toutes ces dénominations impliquent le fait de maladies foncièrement difierentes : loin de là, elles ne doivent jamais représenter à Tesprit que des variétés, des formes dun même état pathologique. La

* Traité de Vexpér. trad. fr. (par le Febvre de V.) éd. 1800. t. II, p. 287.

cause, en effet, raction régnante ne cesse point d'être semblable à elle-même, pour changer incessamment dans ses expressions, et pour se traduire sur lorganisme avec des modifications , des nuances sans nombre , depuis laccès le plus complet, jusquau frisson tout simple et passager; depuis Tétat pernicieux, qui tue en quelques heures , juscpi'à la céphalalgie éphémère ou le malaise d'un moment.

Pour ne point avoir à s'étonner de ces faits, il suffit de songer à ceux observés dans le foyer de toute constitution épidémique. On se rappelle combien de physionomies et de caractères différents a revêtus la grippe, son agent pathogénique restant toujoiu^ le même assurément, mais se spécialisant et s'individualisant dans tous les cas. Et pour citer un autre exemple frappant, combien n'a-t-on pas établi de genres et d'espèces dans le choléra! Or, le principe du mal demeurait-il moins identique, pour se manifester par des formes graduées, depuis la colique légère ou la diarrhée, jusqu'aux symptômes appelés foudroyants ? Non : et nul doute cependant que l'influence morbifique ne fût écrite aussi dans ce premier effet, auquel on donnera tel nom que l'on voudra. Ainsi se comporte la fièvre jaune, qui n'existe point toujours à l'état de continuité, et qui se montre avec le type rémittent ou même intermittent, soit à son début, soit vers son déclin, aussi bien que les manifestations graves de nos fièvres algériennes. Il n'en est pas autrement de la peste, dont les caractères varient avec les lieux.

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les saisons, et dans laquelle on constate également une foule de degrés. Ce que Ton peut ajouter, cest que les di£Pérences entre les cas particuliers, dans ime même épidémie, sont communément d'autant moins appréciables que le principe morbifique est plus homogène de sa nature, et que les individus affectés sont plus semblables entre eux.

Un autre phénomène caractéristique des épidémies, c'est que toutes les maladies intercurrentes, et la plupart des états sains se laissent impressionner par Tinfluence régnante, qui se révèle par quelques symptômes sur tous les êtres animés compris dans la sphère qu^elle occupe. Cest ainsi que dans l'Inde, en Egypte, aux Antilles, cpiand apparaissent les épidémies spéciales de ces pays, il arrive ordinairement que les autres affections s'effacent pour ainsi dire, et sont comme absorbées par la constitution du moment. Il serait inutile d'insister sur cette vérité connue. De même , en Algérie, que le principe infectieux de la fièvre soit à son commencement d'action, dans les épidémies, qu'il pour^ suive ses phases d'accroissement, ou qu'il ait atteint son maximum d'intensité, il se comporte toujours comme les causes du même ordre.

On s'est demandé quelle était la raison de tant de variétés dans le type et dans la forme de ces manifestations pathologiques, et l'on a cru devoir l'attribuer, en général, à la somme de l'intoxication individuelle. Cette explication est conforme à la logique de la science , et n'est pas moins applicable à toute autre maladie de

semblable origine. Car dans les grandes épidémies palustres des pays chauds, on voit communément les phénomènes de Fintermittence et de la rémittence précéder ou suivre, sinon accompagner, ceux de la continuité, lesquels correspondent au plus haut degré de Faction morbifîque; de même que nous voyons nos affections algériennes s'aggraver ou s'amender, changer incessamment de caractère et de figure, toujours selon la quantité présumée des émanations paludéennes.

Mais pour que Fexplication fût rigoureuse, il faudrait bien évidemment que les conditions individuelles fussent semblables : et comme cette similitude organique ne peut exister, il en résulte que ce n'est pas seulement la dose du toxique, sa qualité étant donnée, mais aussi Fétat actuel de Féconomie et Fidiosyncrasie , qai déter^ minent le type et la forme, le degré d'intensité du mal. D'où Fon voit que la mesure de la réaction, ou de la susceptibilité des oi^anes affectés, n'importe pas moins, en de mêmes circonstances, à l'interprétation du phénomène , que la mesure de l'infection locale. Nous ne savons point, d'ailleurs, en quoi consistent toutes les dispositions essentielles qui nous donnent ou nous refusent la faculté de réagir contre Faction vénéneuse des miasmes.

S m. AKAL06IBS.

On voit, d'après cela, comment il se fait que les maladies se nuancent à l'infini , quant au type et quant

à la forme , sous une même influence épidémique. Et Ton conçoit que, les conditions les plus fâcheuses venant à se prêter un mutuel secours, on ait à redouter les diverses sortes d'accès pernicieux. Il arrivera même que la fièvre jaune , ou plutôt quelcpie manifestation analogue, osera se montrer dans nos hôpitaux, comme pour attester (pie cette maladie, en son climat, n'est autre que notre fièvre poussée jusqu'à ses dernières limites d'intensité. Nous avons vu à Bône , à Alger, à Constantine,àDjîdjel, en 1887, i838, iSSg et i8ilo, plusieurs des symptômes de la fièvre ictérode ; et tous les médecins militaires doivent avoir rencontré des cas analogues. Tous savent que Larrey nous a transmis les détails d'une semblable épidémie observée sur les blessés, après la bataille d'Héliopolis et le siège du Caire*; tous savent que les fièvres en Espagne, aux Baléares, en Italie, à Malte, se compliquent assez fi^équemment de ce genre de phénomènes, que l'on a constatés même en France un certain nombre de fois^. Il est vrai c[ue ces accidents extraordinaires ne se déclarent en Algérie que pendant les mauvaises saisons, et surtout alors que des creusements de fossés ou d'autres travaux de remuement du sol exposent les travailleurs à d'abondantes émanations, que l'on peut appeler humatiles : c'est dire que d'année en année ils deviennent plus rares. Pour les maladies organiques du foie,

* Relat. kist et chir, de Vexpéd. de Varm. d'Orient, p. 178 et suiv.

* Dupuytren, Rapp. à VAcad. des se. sur un mém. de M. Costa, p. 6. Paris, i8a5.

au contraire, elles sont encore infiniment plus communes et plus meurtrières qu'on ne Pavait pensé jusqu'à ces dernières années.

D'autres fois, le mal a revêtu des formes plus ou moins cholériques, ou même, à quelques égards, pestilentielles. Dans les premiers cas, observés bien souvent, le flux séreux intestinal était accompagné de la suppression de l'urine et quelquefois de crampes : l'algidité, la cyanose servaient à caractériser tout à fait le tableau. Dans les seconds, beaucoup moins fréquents, aux hypertrophies de la rate et du foie venaient se joindre la tuméfaction de certains ganglions ou des glandes parotides, des éruptions à la peau, des abcès. Mais, entre tous ces phénomènes, ime certaine altération des principes du sang nous parait être le fait le plus caractéristique autour duquel se groupent les diverses formes pathologiques propres à l'intoxication des marais. Cette altération, nous la regardons même comme existant à un degré quelconque, dans l'état réputé sain, chez les habitants de tout pays infecté par le miasme paludéen, notamment sous la zone torride «... talis est « sanguinis dispositio, qualis est aer quem inspiramus^ » Aussi serait-il éminemment utile et non moins curieux d'étudier, en les comparant physiquement et chimiquement, les états du sang dans ces divers cas : ce travail est à faire ^.

^ Ramazzini, Constit epidem, urhan. ann. i6gi, S lo. * Des Recherches sur Fétat du sang dans les maladies endémiques de TAlgérie viennent d*être publiées dernièrement par MM. Léonard

Au reste, de même (pie la fièvre jaune est loin d'appartenir exclusivement au nouveau monde , ainsi THindoustan ne recèle pas seul les germes du choléra ^ Le fait suivant, remarquable à plusieurs titres, doit être ici rappelé : Pendant le séjoiu* de Cassan à Sainte- Lucie , vingt-huit soldats étant allés travailler à des défrichements dans un lieu humide et marécageux de File, tous, sam' exception, furent portés à Thôpital en moins d'une semaine. Trois moururent du choléramorbus, cinq d'une dyssenterie sanguine et bilieuse, et (piatre dWe fièvre adynamique avec coloration jaune de tout le corps. « Les autres enfin , après avoir éprouvé des fièvres pernicieuses plus ou moins graves, se rétablirent, mais après une convalescence extrêmement pénible, qui ne se termina que par im voyage aux eaux minérales^. » La peste elle-même paraît n'être pas tellement localisée encore aujourd'hui dans les échelles du Levant, qu'elle ne se soit montrée sur le théâtre des endémies cholériques, dans le delta du Sind, en 1816. C'est ce qu'il est permis de croire , d'après la description

elFoléy. Nous renvoyons à ce travail, qui conclut, en effet, à l^augmentation de l*eau du sang et à ta diminution de ses t éléments les plus vivifiants; » en un mot, à son appauvrissement réel, mais qui serait nul dès Tapparition des premiers accès fébriles, et qui se prononcerait de plus en plus avec la durée de la maladie*. Ces résultats ne sauraient infirmer, ce nous semble, Topinion qui se fonde sur Tiiiductionetmémesur l'observation directe, pour admettre une viciaiion de même nature, comme conséquence de Thabitation dans les marais. ' Dalmas, Dict. de méd. éd. i83a-46, t. VII, p. 455-456.

* Alibert, Traité desjièvr. pernic. interm. éd. i8o4t p- a4o-24i.

* Rec. de ment, de mèd. de chir. et de pharm. mil. t. LX , p. 1 96 et &uiv. aun. 1 84C.

de répidémie , qui fut caractérisée sur les lieux , « comme une fièvre rémittente, d^im type très-violent, produisant quelquefois une teinte jaime foncé de la peau et le gonflement des glandes des aisselles et des aines, suivi de la suppuration de ces parties ^ » Il est vrai que ces symptômes peuvent se rencontrer également et par exception dans quelques autres grandes épidémies : on en connaît beaucoup d'exemples, qu'il serait superflu de citer. Enfin, pour les fièvres intermittentes et continues, pernicieuses, elles sont un fléau commun à la plupart des climats chauds.

Il faut donc admettre que toutes ces maladies, incessamment variées, suivant les conditions générales et individuelles qui président à leur développement, incessamment transformées les unes dans les autres, si Ton peut ainsi dire, ne sont en réalité que des degrés, que des formes pathologiques de même nature; qu'elles dérivent de principes, sinon identiques, du moins congénères, et quelles doivent être rangées ensemble dans le cadre des infections palustres. « Gradus sunt quan-

« titates qualitatum (comme le dit Sauvages), gradus

« non mutât genus nec speciem^ »

S IV. FLUX BNTÉRIQUBS.

La diarrhée et la dyssenterie, endémiques en Algérie

* Moreau de Jonnès, Rapp. sur le ckol morh, de l'Inde, p. Q19. Paris, i8a4.

* No$ol. metkod» morb. proieg. S 86.

APPENDICE. Ul

comme les fièvres, se manifestent encore sous Tinfluence des mêmes causes pathogéniques, soit que cette influence s'exerce d une manière spéciale , quant à l'intensité, la dose ou la durée de l'infection, soit qu'elle exige le concotu^ de certaines dispositions d'où résulte la nature de son mode d'action sur l'organisme. C'est un point de fait qui nous paraît généralement admis aujourd'hui, et sur lequel nous ne nous appesantirons pas. Mais nous ferons observer que ces deux états morbides, que l'on peut considérer comme endémiques dans les pays marécageux et sous les climats chauds, sévissent principalement dans les contrées ravagées par le choléra, la peste et la fièvre jaune. Quelquefois même, ils annoncent l'invasion de ces sortes d'épidémies ; ils en empruntent certains caractères ; ils en marquent le déclin. Comment donc ne dépendraient-ils pas d'une cause de même nature, mais dont les effets sont variables comme les circonstances particulières auxqueUes est attribué leur développement ?

Nous savons que les fièvres d'accès sont les maladies dominantes dans quelques régions de l'Algérie, de même qu'en d'autres localités, dans la province d'Oran, par exemple, les diarrhées et les dyssenteries ont été l'expression la plus constante de l'état pathologique. Pourquoi ces différences? La raison péremptoire du phénomène n'est point donnée et nous échappe; elle ne peut d'ailleurs être unique; mais il est permis de penser que, lorsque les eaux sont malsaines, et que l'air est comparativement meilleiu*, l'effet morbide se traduit

plutôt à la surface intestinale, tandis que les fièvres résulteraient plus spécialement de Finfection par Fatmosphère. Nous disons plus spécialement, car il ne faut pas oublier que les diarrhées et les dyssenteries, comme relevant de la même cause générale , sont souvent intermittentes, et qu elles se compliquent habituellement d'accès fébriles. Combien de fois, d'ailleurs, n'a-t-on pas signalé la concomitance de ces maladies avec les fièvres, dans les pays de marais I L'action de l'humidité, les brusques refi[*oidissements , tous les écarts dans le régime, nous paraissent, en outre, avoir l'influence la plus prononcée sur ce genre d'affections.

Une remarque trouve ici sa place : c'est que si le nombre et la gravité des fièvres diminuent par le fait du dessèchement et des cultures, il ne nous semble pas que les diarrhées et les dyssenteries diminuent de nombre et de gravité, dans la même proportion. Ce serait assurément, dans notre hypothèse, parce que les causes qui favorisent la manifestation de ces dernières maladies ont été jusqu'à présent moins accessibles , que celles des précédentes, à nos moyens d'assainissement.

C'est là , nous le reconnaissons, une simple conjecture. Mais que se passe -t- il en d'autres contrées? N'est-ce pas sur les bords des eaux en général, et sur les plages d'atterrissements, dans les deltas des fleuves, particulièrement sous les climats méridionaux , que la diarrhée et la dyssenterie exercent annuellement d'immenses destructions .^^ Et ne voit-on pas que dans ces conditions les lieux sont bas, humides, chauds, et les eaux né-

cessairement altérées, en raison de la distance à leur source ? Il en est à peu près ainsi dans notre province d'Oran, où le sol voisin du littoral est généralement plus bas» et parcouru par des eaux moins salubres que les autres parties du territoire algérien. Ces eaux, parfois marécageuses, peuvent encore être imprégnées de divers sels, comme nous le verrons tout à Theiu'e; et dès lors on ne saturait admettre que leiur action puisse demeurer étrangère au développement de la diarrhée et de la dyssenterie.

En effet, que le miasme des marais soit absorbé par le poumon, par Fintestin, ou par la peau; qu'il soit à Tétat de suspension ou de dissolution, de mélange, dans Tair ou dans Teau , son influence ne doit pas moins se traduire par des phénomènes morbides, variables sans doute, mais de nature semblable. Les médicaments, les poisons, par quelque voie qu'ils soient introduits dans réconomie , n agissent-ils pas uniformément ! Toujours est-il qu'en Algérie, suivant la série immense des combinaisons d'après lesquelles a lieu l'action toxique , on voit se produire des phénomènes spéciaux qui ne sont, à tout prendre, que les innombrables variétés d'une même classe d'affections.

Examinons maintenant, sous d'autres points de vue, les effets des mauvaises eaux potables sur l'organisme.

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