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nage des eaux stagnantes, cest la saison des orages et des inondations, celle de Thivemage, qui ramène chaque année Tinvasion des maladies. Il n'en est pas différemment dans quelques climats d'Europe, dontrinsalubrité rappelle celle des pays chauds : la Hongrie en est un exemple. Et dans tous ces cas, ou de débordements ou de dessèchements, il est évident que Ton ne peut faire abstraction des qualités délétères que contractent les eaux qui servent à Tusage de Falimentation. Sur les montagnes , au contraire , la salubrité de Teau potable se lie certainement à la bonne santé des habitants.
Du reste , nous rappellerons que Dazille a particulièrement signalé le danger des mauvaises eaux, soit sur les hommes, soit sur les animaux, à Saint-Domingue et dans plusieurs autres colonies ^ Cassan considère aussi comme très-insalubres les eaux potables dont on use communément aux Antilles^. Bajon à Gayenne*, Volney à Philadelphie \ Humboldt à la Vera-Ouz*, M. Thévenot au Sénégal*, Bemier en Orient^, ont fait des observations du même genre, ou qui prouvent Taction pathogénique de ces eaux. Et la plupart des circumna-
* Obs. gén. sar les malad, des clim. ch. p. 89 et suiv. 68 et suiv.
* Mém, de la soc. wM, d'émuL t V, p. i46 et suiv. ann. i8o3. ' Mém. pour servir à VhisL de Cayenne, t. I, p. 60.
* Tahl. du chm. et da soldes ElaU-Unis» ch. zii; œuvr. compl. éd. i82i,t VII, p. 317.
* Ess. poUt. sur le roy. de la Noav. Espaguê, liv. V, ch. xii , éd. 181 1 , t. n, p. 787.
* OuYT. cit. p. 3i3 et suiv.
' Voy. de Cachemire, let. I ; voy. éd. i83o, t. II, p. igS.
vigateurs signalent avec soin cette cause fréquente de maladies dans les régions équinoxiales, et surtout dans les îles 9 où Teau des puits creusés dans le sable est altérée par des sels et par d^autres substances nuisibles; où, d^ailleurs, les eaux de pluie, que boivent si souvent les habitants, sont infiniment moins saines que dans nos contrées. Mais il est des faits qui méritent une attention spéciale : le suivant est de ce nombre.
En 1 778, la frégate la Consolante, ayant été forcée de relâcher à San-Iago du Cap-Vert pour y faire de Teau, ne put se procurer, dans cette île, qu'une eau trèssaumfttre , dont elle remplit ses barriques. A ce moment, les habitants souffraient d'une sécheresse extrême , qui durait depuis dix-huit mois, et sous Tinfluence de laquelle la fièvre jaime avait exercé de grands ravages. Quatre jours après le départ de la frégate, au pasaage de la ligne, la fièvre jaune fit irruption sur Téquipage avec une telle violence, que les deux tiers des hommes en furent atteints, et que cent cinquante soldata ou matelots succombèrent, dans l'espace de cinq semaines. C'est Rochard, alors médecin militaire à Pondichéry, qui raconte ce fait dont il fut témoin. • La preuve, ajoute-t-il, que la mauvaise qualité de l'eau fut la seule cause de cette maladie, c'est que les personnes ccnnposant la table du capitaine, et qui avaient à elles des jarres remplies d'eau d'Europe, en furent préservées ^ » Or, en n'admettant pas même , avec
* Progrwn, d'un court de malai. épid. broch. in-i a ; p. 56-67. Paris, i8a8.
Tauteur, que ia mauvaise eau ait été la seule cause de répidémie, le concours que cette circonstance a nécessairement apporté , soit au développement , soit à l'intensité du mal, ne saurait être méconnu.
Ainsi, pour ce qui concerne le Nil, « Dès quil commence à croître, dit Pugnet, il est excessivement fangeux; on ne peut boire son eau qu'après Tavoir fait déposer » Cette eau s*épure ensuite.* Mais, plus tard,
« le Nil dégénère en un vaste marais , dont les eaux mortes et brûlantes ne sont potables qu'après avoir été
purifiées avec soin » L'auteur continue, en faisant
observer que l'usage de cette eau, qu'elle se soit corrompue en vieillissant, ou qu'elle soit nouvelle et chargée de particules salines , donne lieu chaque année à des accidents qui se manifestent tantôt par une éruption dartreuse générale , et tantôt par un cours de ventre ; avec cette différence, que la maladie n'est jamais dangereuse dans le premier cas , et qu'elle est trop souvent mortelle dans le seconde Ajoutons, en passant, qu'aux Antilles et dans le Décan on retrouve aussi les éruptions à la peau pendant l'hivernage : il en est de même en Algérie, où ces affections exanthémateuses n'ont point de gravité. Les remarques précédentes, déjà mentionnées par Niebuhr et faites par Volney ^, confirmées par d'autres observateurs, prouvent assez qu'à l'influence du mauvais air il faut associer celle de la mauvaise eau,
* Mém. sar les fièvres de maav. caract. p. ao el suiv.
* Voy. en Arab, Irad. fr. t. I, p. 106. — Volney, Vbj. en Egypte et en Syrie; œuvr. compl. éd. cil. l. II. p. aoi-aoa.
dans la production des maladies de TEgypte. Telle était Topinion de P. Âlpino : « Quamobrem veriorem causam « illarum febrium (pestiferarum) esse autumo, dit-il ^ • ut multi alii quoque confirmant y usum ejusdem nuper « dicts antiquae aquœ in potu et cibis. » ^arrivée de Teau nouvelle, et son mélange avec Tancienne, ne font pas perdre à celle-ci toutes ses mauvaises qualités. « Ideo « antiqua aqua palustris ac putrefacta novae permista, ad « potum et cibum usitata insignes parit in corporibus « putredines, àquibuseaepestilentes febres facile fiunt^ » Pour la peste , elle cesse quand les canaux immondes et les marais reçoivent le tribut de Finondation. Mais ce laps de temps n*est pas de longue durée. Trois mois après, les eaux du fleuve se retirent, et laissent partout sur leurs traces d'immenses marais. Toutes les eaux potables, celles des citernes, celles des puits, celles du Nil lui-même, deviennent de plus en plus infectes et délétères : la maladie reparait. Âlpino , qui se prononce pour l'importation de la peste , convient cependant qu elle prend quelquefois naissance en Egypte « ab aeris vitio, » dans les lieux inondés par le Nil , et à la suite des crues extraordinaires qui transforment le sol en marais d^abord, puis en foyer d'infection^. Parmi les médecins observateurs de notre temps, le regrettable Pariset, lui aussi, reconnaît que l'usage des eaux stagnantes, laissées par le Nil dans sa retraite , peut développer tous les symptômes de la peste. Voici ses paroles : « C'est
' De medicin, ^ypt- lib. I, cap. xiv, éd. i645f fol. a4 a. ' Ibid. lib. I, cap. xv, éd. cit. fol. 27 b.
malheureusement de ces eaux que s'abreuvent les fellah' du voisinage et trop éloignés du Nil, Qu'un tel breuvage les empoisonne plus ou moins lentement, et finisse par provoquer lacté maladif, c'est-à-dire la fièvre, le bubon, les charbons, les pétéchies, cest ce que je ne contesterai pas^ » Au reste, cette opinion n est point neuve > qui rattache la manifestation de maladies pestilentielles, en Egypte, aux qualités nuisibles que contractent les eaux, par le fait des sécheresses ou des inondations^. Et quant aux autres pays de TOrient où régnent ces maladies, Laasis, qui se fonde sur Tautorité de Tavemier et de Chardin, dit qu'il s'y trouve partout, «ou des émanations infectes, ou des eaux croupies et verdâtres, dont on est obligé de se servir, même pour la boisson, du moins dans certain temps de l'année, qui est celui où la peste se développe'. » Re< marquons en outre que pour ce qui concerne la vallée et le delta du Nil, ces émanations peuvent être apportées de très-loin par le Khamsin.
Dana nos dimata plus tempérés, combien de fois les grandes épidémies, les pestes n ont-elles pas été précédées de chaleurs, de sécheresses excessives, auxquelles succédaient des pluies de longue durée ! Combien de fois les mauvaises nourritures et les mauvaises eaux n ont-elles pas déterminé l'invasion de ces maladies!
^ BulhU dû VAcad. roy. de méd. t. XI, p. i i6a ; ann. 1 845-46. * Pline, HisL nat.lib. XXXI, cap. xxix. — Atliénée, lib. II, cap. iv; ex Theophrasto, éd. Casaub. lâgy, p. 4a.
^ Causes des malad. épid. p. io8. Paris, i8aa.
On lit dans Galien : « Potest interdùm quoque pravœ t aquae potus morbum omnibus communem efficere, « idque in castris evenisse mémorise proditum est^ » Columelle avait dit : « Pestiiens (aqua), quse in palude « semper consistit^. » Rhazès s^exprime dans le m^me sens : « Aqua verô stans et putrida splenem augmentât, « ac complexionem corrumpit, et générât febres \ » Cardan met Feau viciée en première ligne des causes de la peste ^. Et pour L. Rivière, une semblable boi»^
son cause également la fièvre pestilentielle : « ex
« putridis et cœnosis lacubus, aut alio quovis modo in- «fectis^. » Enfin combien de fois, depuis Tantiquité, de barbares préjugés n ont-ils pas accusé la main de rhomme de semer la peste en empoisonnant les puits^! Cest donc dans le sens aussi de la pénurie ou de Tal* tération des eaux, qu^il faut entendre Tancien adage : Ô 'koifiàs fterà \ê(uip, post famem pestis. Et, quand on voit par tout le globe les affections paludéennes les plus pernicieuses coïncider avec une altération évidente des eaux potables ; quand on les voit si souvent se circons^ crire et se localiser, ou s'étendre et régner au loin, me-
^ Comment, in Epidem. lib. I, oom. I, t. XVII, pars i, p. g-io. — Cf. De différent fehr, lib. I, ciqp. iv, t. VII, p. a84-a85; Comment, in lib. De nat. hom. S 3, t. XV, p. 1 19, éd. Kûhn.
* Lib. I, cap. V.
' De re med. lib. III, cap. iv, éd. lat i5M« p* 58.
* De Ter. variet. lib. VIO, cap. xlv, p. 34a.
* Prox. med. lib. XVII, sect. III, cap. i.
^ Thucydide, liv. II, chap. XLViii. — Cf. Sénèque, De ira, lib. II, cap. VIII.
surant, en quelque sorte, leiu* intensité sur les degrés de cette viciation, comment ne serait-on pas en droit de conclure qu il existe des relations nécessaires et constantes, conmie d'effets & leiurs causes, entre ces maladies et les conditions d'insalubrité , non-seulement de Tair, mais de Teau?
Envisageant maintenant la question spéciale de savoir si lusage intérieur d'eaux corrompues peut engendrer Jes fièvres intermittentes, nous ne douterons pas qu elle ne doive être résolue affirmativement. La plupart des auteiurs qui se sont occupés des maladies palustres, dans nos contrées, n'ont pu se refuser d'admettre que l'eau servant de boisson aux habitants des marais est extrêmement insalubre; tous reconnaissent, au moins implicitement, la nocuité d'une influence dont la véritable expression est d'ailleurs si difficile à saisir. Mais il faut avouer qu'en général ce genre d'action pathogénique a peu fixé l'attention, et que l'on n'en tient, pour ainsi dire , nul compte. A peine cherche-t-on à résoudre le problème, si même on ne le considère comme résolu négativement. Cependant divers médecins appuient sur des faits une opinion qui nous parait plus conforme à la vérité,
D'aprèsMacquart, « les eaux des mares et croupissantes sont très-dangereuses à boire, et causent des engorgements... des fièvres quartes et putrides... surtout après les grandes chaleurs de l'été ^ » Schnurrer, dans l'extrait que nous connaissons de son travail sur la Distribution
* Encyclop. mélh. (Médecine), t V, p. 6o3.
géographique de la fièvre intermittente et de ses causes, dit que cette mdadie « règne à Chypre, où le manque d'eau douce constitue si souvent une calamité publique... » et il nous apprend que « la fièvre est accompagnée d une tuméfaction du bas-ventre en tout analogue à celle qui reconnaît pour cause les miasmes marécageux. > Il ajoute que sur les hauteurs « du Yumna et du Gange... on regarde Teau comme Tunique cause des engoi^ements de la rate, qui surviennent si fréquemment dans ces contrées ^ » Pouqueville rapporte aussi que« les eaux de Leme, en Morée, sont fiévreuses, au dire des habitants, » et qu'il en est de même pour celles de Corinthe, • si on en juge par la constitution lymphatique des habitants^ » Pringle, observant dans les Pays- Bas, s'exprime en ces termes : «On doit ajouter aux causes des fièvres des pays plats et marécageux, Teau malsaine qu'on y boit communément. Cette eau vient de la pluie, et se conserve dans des citernes; ou bien on la tire de puits qui n'ont point de profondeur, ce qui fait qu'elle se corrompt aisément dans les temps chauds et secs'. » M. Sigaud fait la même remarque pour le Brésil, où les fièvres intermittentes, qui sont endémiques dans certaines localités, «proviennent de l'altération des eaux potables. » Dans le territoire de Cabo-Frio, continue-Ul , le manque d'eau se fait sentir
' Rev. méi.fr. ann. i83o, t I, p. iSG-iSy.
* Voy, en Morée, à Constantinoph et en Albanie, t. I, p. 38a. ' Observations sar les maladies des armées, Trad. franc, édit. 1793, p. 3-4.