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et des boissons, à la paresse des oignes et des fonctions, à la faiblesse des sympathies, à la pauvreté du sang. D'où il suit encore que les maladies aiguës sont généralement plus rares chez eux que chez nous. Leur organisme moins complexe, moins vivant que le nôtre, est moins prédisposé, par cela même, aux troubles fonctionnels, aux réactions intenses que nous devons, nous, d'abord à notre tempérament plus sanguin, plus nerveux, plus riche, plus susceptible par conséquent; ensuite à tous les genres d'excès qui sont le partage de nos mœurs.
Mais il faut tenir compte aussi d une sorte d'équilibre qui s'établit entre l'économie modifiée et l'influence du principe toxique ; au moins lorsque les efforts de Toi^anisme ont le pouvoir de contre-balancer cette action, car nous avons montré qu'il n'en est point toujours ainsi , tant s'en faut ; et pour ce qui concerne les étrangers, nous savons avec quelles restrictions doit être admise la prétendue immunité qui serait le prix du séjoiu: prolongé dans les pays insalubres et chauds. Les indigènes eux-mêmes, pour être doués de toute la puissance d'équilibre ou d'acclimatement que comporte la nature de rhomme, ne sont point à l'abri des épidémies. C'est ce que nous voyons pour la fièvre jaune, pour la peste, et même pour le choléra, dont l'exception signalée quant aux bords du Gange , nous paraît se fonder sur des observations peu concluantes. C'est ce que nous voyons pour les effets du miasme des marais, à toute la surface du globe, alors, cependant, que la
force de résistance des individus dérive à la feis , et de ridiosyncrasie , et de Thabitude du climat, qui concourent Tune par l'autre à développer cette faculté. Aussi 9 les jeunes enfants indigènes , bien qu'ils subissent rinfluence de Tintoxication paludéenne, et bien qu'ils soient moissonnés par les maladies, apportentils en naissant des conditions de viabilité dont n'approchent pas les enfants de parents européens. C'est pour les mêmes raisons qu'en tout pays nouveau , le croisement avec les populations indigènes doit être cDnsidéré comme un moyen de multiplier les chances de l'acclimatement et de la vie (voy. 1. 1, p. 64 et suiv.).
Néanmoins, il faudrait se garder de croire que les indigènes algériens possèdent, à un bien haut degré, la faculté de réagir contre les causes des maladies locales. Dans les saisons épidémiques, il n'est pas rare de voir la fièvre envahir des peuplades entières, dont les souffrances persistent d'autant plus, et font d'autant plus de progrès qu'elles ne sont combattues, en général, que par des amulettes, des charmes et autres procédés purement imaginaires, que nous avons esqmssés ailleurs ^ La maladie, après d'interminables récidives, laissera donc sur eux de cruelles traces de ses ravages. Les maux qu'elle entraine, et que l'on rencontre à chaque pas sous la tente, sont caractérisés, de même que chez nous, par des engorgements volumineux du foie et de la rate, par les diverses sortes d'hydropisie , l'ascite en particulier, et par de profondes
^ Joum. des connaist. mai, prat t. VI, p. 272 et suiv. ann. iSSS-Sg.
altérations fonctionnelles du tube digestif; par Tépuisement, le marasme et les diarrhées rebelles : accidents dont la terminaison fatale n'est presque jamais douteuse. Telle est la maladie parvenue à Tétat chronique, aussi bien chez les indigènes que chez les Européens. Nous avons été témoin de ces faits, lorsque, étant chargé du service à la direction des affaires arabes d'Alger, en i838 et 1889, nos fonctions nous appelaient à pratiquer dans les tribus; nous en avons été témoin ensuite , dans les différentes provinces , et nous avons pu remarquer que les indigènes de tout âge et des deux sexes présentent habituellement ce cortège effrayant de symptômes, sans avoir ingéré la moindre dose de sidfate de quinine. Après tout ce que nous avons dit sur la constitution des habitants, dans les pays de marais; après les faits que nous venons de rapporter, rien de plus simple que cette observation; mais elle prouve combien il était peu raisonnable d'accuser le quinquina de produire ces désordres, comme on Ta fait encore dans ces derniers temps, alors que leur manifestation lente s'explique si naturellement par l'action continue du principe, dont les effets croissent les uns par les autres, et s'aggravent sans cesse, jusqu'au terme voulu pour le dépérissement complet de l'individu. Sans prétendre réfuter ime pareille opinion , nous citerons le passage suivant, écrit il y a trois quarts de siècle : « Pendant le dernier siège de la Havane, dit Lind... on condamna l'usage de cette écorce (le quinquina), parce que la jaunisse, l'iiydropisie , les embarras et obstructions du
foie succédaient quelquefois à la fièvre domptée par son
moyen : néanmoins ces différents accidents n^étaient
point Teffet du quinquina , mais avaient lieu parce que les malades continuaient à rester dans le mauvais air, et essuyaient ordinairement un trop grand nombre de paroxysmes. » t... la plupart des préjugés qu'on a contre lui, dit-il encore, n'ont pour fondement que des observations imparfaites , et viennent seulement de ce qu on ne sait pas distinguer Teffet du remède d'avec celui du mal ^ »
À ce propos, nous rappellerons que déjà les anciens, comme le remarque Vitruve, et comme nous l'avons dit, avaient adopté la sage coutume, non-seulement de scruter l'état sanitaire des hommes , mais de consulter le foie des animaux, avant de bâtir leurs villes, d'installer leurs camps, afin déjuger, par cette investigation, de la nature et de l'influence des eaux et des pâturages siur l'organisme, et particulièrement sur les viscères abdominaux; et nous rappellerons aussi l'exemple des rives du Pothérée , sur l'ime desquelles la rate des troupeaux était apparente, tandis que sur l'autre elle ne Tétait pas (voy. t. I, p. 3oi-3o2). De quel poids ne seraient pas de tels ai^ments !
Une singularité qui concerne ce dernier fait, c'est que les médecins, pour l'expliquer, trouvèrent que sur ces bords du fleuve croissait une herbe ayant la propriété de diminuer le volume de la rate, de guérir les
* Ess, sur les malad. des Europ. Irad. fr. l. J, p. aSS-aSg; t. H, p. i44-i45.
rateleux, et ainsi nommée S/nikrivov par les Cretois'. Cest Fasplenam, encore appelé i^fuéviov^ scolopendriam, Jilix, ou ceterach^^ autrefois Tune des cinq capillaires, employée comme apéritive et comme astringente, considérée par quelques anciens, comme spécifique dans les maladies de la rate , et même comme dissolvant des
calculs vésicaux, « et lapides frangit etlienes liquat, »
dit Galien', mais à laquelle les modernes ne reconnaissent que de faibles vertus. Si nous ne nous trompons, ce trait d^observation médicale vaut Topinion dont nous venons de parler, car ici la cause du mal est également méconnue : on ne voit qu'une prétendue atrophie de la rate, sans tenir compte de son hypertrophie, qui seule assurément la rendrait apparente.