‹ De l'hygiène en AlgérieChapitre 68 sur 74 · II · texte numérisé non relu

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que dans les premiers jours de février l'agent de la Compagnie d'Afrique à Bône donnait patente nette à douze navires qu'il expédiait pour Marseille. Mais le printemps ramena, comme d'habitude, cette affreuse maladie. Au milieu de mars, elle avait reparu chez les Nadi; elle régnait même à Bône , qui en avait été exempt jusque-là. Depuis le i o jusqu'au i k mars il moiuiit de la peste , dans cette ville , cinq ou six personnes par jour. L'agent de la Compagnie plaça une barrière devant sa porte pour empêcher les communications avec les indigènes, et s'empressa d'instruire le bey de Constantine de l'état des choses. Le 2 i, la maladie allait en croissant, et la mortalité quotidienne oscillait entre quatorze et dix-huit personnes. Vers la fin du mois, une amélioration se fit sentir, et le chiffre des décès journaliers descendit à huit.

Malgré les précautions de S'alah -Bey, pour circonscrire le fléau, celui-ci continuait d'avancer dans l'Ouest. A la date du 2 6 mars, on apprenait qu'il avait gagné la tribu des S'enhâdja, qui est entre Bône et Skikda (aujourd'hui Philippeville), du côté du cap de Fer.

Vers le 20 avril, la peste faisait des progrès à Bône, où il mourait de quinze à vingt personnes par joiu*; elle s'était répandue dans toutes les parties de la ville et aux environs. Constantine n'était pas encore atteinte, peutêtre à cause des précautions prises par le bey.

Le 3o avril, on expédie de Bône pour Alger un bâtiment chargé de Turcs de la noaba, ou garnison qui venait d'être relevée. Il faut noter qu'il mourait alors,

dans la première de ces villes, de vingt à trente individus par jour; cela n'empêcha pas les autorités d'Alger d'admettre le bâtiment en libre pratique immédiate. Malgré ces communications imprudentes entre Alger et les ports infectés, communications incessantes, il n'y eut aucun cas de peste dans cette ville pour le moment.

A la fin de mai, le mal s'accroissait à Bône; le 24i il était mort cent trois personnes; le 3o, il en mourut cent. On ne pouvait plus faire exécuter aucuns travaux, la plupart des hommes de peine étant morts, et ceux qui survivaient redoutant un sort analogue. Les propriétaires de terrains ensemencés proposaient la moitié de la récolte pour faire couper leurs blés ou leurs orges ; et à ces conditions avantageuses, ils avaient beaucoup de peine à trouver des moissonneurs. On n'apportait plus ni laines ni grains au marché. L'épidémie gagnait l'intérieur des terres dans la direction de Constantine.

On aura déjà remarqué que , dans ce mémoire , il se trouve plusieurs faits contraires à l'opinion des contagionnistes. En voici un qui paraît leur donner gain de cause : je le trouve cité dans une lettre du 3 1 mai i 786, où l'agent de Bône s'exprime^ en ces termes :

« Le capitaine du bâtiment que j'avais sous charge en laine vient de perdre son maître d'équipage. Il en est effrayé, et non sans raison; il ne veut pas finir de charger, et il faudra que je l'expédie avec cent soixante balles qu'il a à bord. Il faut que la peste ait un caractère de malignité bien fort : cet homme n'était jamais descendu à terre, et personne de l'équipage n'avait com-

niuniqué. La laine, article très-susceptible de prendre la contagion, aura donné le mal. »

Au commencement de juin, S'alah'-Bey s'éloigne de Constantine ; ce n est pas que la peste se fut positivement déclarée dans cette ville, mais il y mourait plus de monde qu à l'ordinaire , et sans que Ton pût se bien rendre compte de la maladie à laquelle on succombait. Or l'expérience avait appris aux indigènes que c'était im indice à peu près certain de l'approche du fléau.

Dans les premiers jours de juillet, la peste avait beaucoup perdu de son intensité à Bône. Le 4^ il n'y mourut que trois personnes; et, depuis une semaine, les décès quotidiens ne dépassaient pas le chiffre quinze. Malgré les précautions sanitaires prises par l'agent français de Bône, deux bâtiments qui y avaient chargé des grains pour Marseille virent la peste se déclarer à leur bord pendant la traversée. A partir du 29 juillet jusqu'au 1 7 octobre , il n'y eut pas un cas de peste à Bône ; mais le mal régnait toujours dans les environs.

Il s'était définitivement déclaré à Constantine (vers la fin de juillet), où, dans le milieu de septembre, il mourait de quinze à vingt personnes par jour. Le chiffre quotidien avait dépassé cinquante au commencement d'août.

Vers le milieu du mois d'octobre , le fléau reparut à Bône; le nombre des morts ne Ait cependant, au maximum, que de deux par jour, tandis qu'à Constantine il atteignit soixante et dix. Alger, depuis longtemps, en communication libre et continuelle avec tous les points

infectés, sans que la contagion s'y fût déclarée , avait fini par être atteint. La peste y commença ses ravages vers le i5 octobre.

La reorudescence que je viens de signaler à Bône ne dura que peu de jours, et, sauf quelques cas isolés que Ton attribuait aux communications incessantes avec les tribus infectées des environs, on neut bientôt plus à enregistrer de décès pour cause de peste.

Les alentours de Lacalle étaient toujours en proie à répidémie vers la fin de 1 786.

Au milieu de janvier 1787, la peste régnait encore autour de Lacalle. Bien qu elle eût beaucoup perdu de son intensité dans les environs de Bône et à Constantine, elle ny était cependant pas tout à fait éteinte.

Je n ai trouvé dans aucun des documents de la Compagnie d'Afirique qui étaient à ma disposition, que la peste de 1 784 fût arrivée jusqu'à Alger. Il est cependant fort probable qu'elle a régné dans cette ville, comme je lar dit plus haut, puisqu'on en fait mention dans trois chroniques arabes manuscrites que j'ai considtées\ et qui la placent en 1200 de l'hégire, ce qui répond à 1 786 de J. C. Sans doute elle n'aura pas exercé de grands ravages, autrement il en serait question dans la correspondance des agents de la Compagnie d'Afirique.

' L'une appartient à la bibliothèque d'Alger et est numérotée 589; les deux autres , au mufVi-mâleki actuel et à son prédécesseur.

M. Walsin Esterhazy, dans son Histoire de la domination turque (p. 1 96), parle en ces termes de la peste dont je viens de donner l'historique :

« Pour achever de désoler le Mor reb, après la famine vint la peste, sa compagne habituelle; la peste, qui ravagea tout le pays depuis Alexandrie jusqu'au Maroc. Elle parut Tan l 'joo (i 786). On lui donna, dans la région du R'arb, le nom de h'aboahat^l-Medjad, parce quelle détruisit complètement la famille de ce nom, qui était nombreuse , riche et considérée dans le pays. >

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