‹ De l'hygiène en AlgérieChapitre 69 sur 74 · PESTE DE · texte numérisé non relu

PESTE DE

La peste de 1 786 et celle de 1798 me paraissent appartenir à une seule et môme invasion. La solution de continuité qui les sépare dans les documents européens tient peut-être à ce que les rédacteurs de ces documents ne pouvaient connaître l'existence de la maladie que lorsqu'elle sévissait sur les points où ils étaient à même de l'étudier directement ou par renseignement. Mais lorsque ce fléau s'étendait dans l'Ouest ou au Sud, contrées avec lesquelles ils n'avaient pour ainsi dire aucune relation , alors ils n'en entendaient plus parler et la ' croyaient éteinte. Si donc, après avoir visité le Maroc, la peste, revenant sxxr ses pas, reparaissait dans l'Est, ils ne manquaient pas de prendre pour une invasion nouvelle ce qui n'était que le retour de la même maladie vers le lieu de son origine. Ce qui me confirme dans l'opinion que je viens d'exprimer, c'est que les huit

chroniques manuscrites que j'ai sous les yeux mentionnent une fois pour toutes la peste de 1 784 à l'année 1200 de rhégire (1786-1786), époque où elle parut à Alger. Lorsqu'elle revint dans cette ville, en 1 793, les chroniqueurs indigènes négligent d'en parler, parce que sans doute c'est pour eux une seule et même invasion qui sévit tantôt sur un point, tantôt sur un autre. Voici d'ailleurs un passage d'une lettre écrite de Bône, le i4 prairial an v, par l'agent français; il me parait confirmer l'assertion que je viens d'exprimer :

« Quand n'aurons-nous plus rien à craindre de ce terrible fléau.»^ car depuis dix ans il en est sans cesse question, ce qui n'était pas auparavant. »

Or ces dix années antérieures à l'an v nous ramènent précisément à la peste de 1 784 , que j'ai suivie jusqu'en 1 787, et dont la trace pourrait se retrouver dans les années suivantes, s'il y avait eu , dans les parties de l'Algérie où elle sévissait sans doute alors, des Européens qui auraient eu intérêt à tenir note de ses ravages. Je crois donc que si pendant cinq ans il n'en est plus question dans les rapports des agents de la Compagnie c'est qu'elle régnait alors dans les contrées à l'Ouest et au Sud, sur lesquelles ces agents ne pouvaient avoir aucuns renseignements.

C'est ainsi qu'entre les années 1 65o et 1 676, époques vers lesquelles les chroniques indigènes signalent des invasions de peste, le pèlerin El- Aïachi nous apprend qu'en i663 cette maladie régnait à Biskra et dans le Zâb. Voici donc encore deux pestes qui ont bien l'air de

n en être qu'une seule, qui a marché de TEst à TOuest, puis de rOuest à FEst en rayonnant vers le Sud, tantôt sévissant avec force, tantôt suspendant ses ravages selon les lois d'intermittence que le lecteur aura déjà remarquées. Il y a plus, si Ton observe que cette maladie règne ordinairement pendant plusieurs années de suite, et si l'on fait attention au court espace de temps qui sépare chacune des époques d'invasion signalées dans le xvu* siècle, on trouvera quelle a régné en Algérie pendant près de la moitié de ce siècle, exerçant ses ravages tantôt sur un point, tantôt sur un autre.

Pour se convaincre de cette triste vérité, il suffira d'examiner le tableau suivant:

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