‹ De l'hygiène en AlgérieChapitre 70 sur 74 · TABLRAC, DISPOSÉ PAR DECADES, DES ANNEES DE PESTE DU XVII* SIECLE · texte numérisé non relu

TABLRAC, DISPOSÉ PAR DECADES, DES ANNEES DE PESTE DU XVII* SIECLE

1~ décade.

2« idem...

. Néant.

3* idem. . . ,

4* idem. . .

5* idem. . .

6* lient. . .

7* idem.. .

8* idem. . .

9* idem. . .

lO* idem..

J'aurai occasion, en terminant ce mémoire, de revenir sur cette question des périodes de pestes; pour ne pas trop étendre cette digression , je vais aborder immédiatement la peste de lygS, qui dura jusqu'en 1798*

En juin 1792, des corsaires de la régence arrivèrent à Alger venant de Constantinople , et furent admis à la libre pratique immédiate, comme d'habitude. A cette occasion, des bruits de peste coururent dans la ville, et on alla jusqu'à aflBrmer que plusieurs personnes étaient mortes de cette maladie. Soit que ce fût une fausse alarme, soit que la chaleur de l'été paralysât l'action du fléau, celui-ci se révéla seulement par quelques cas isolés, obscurs, que les Européens ne purent constater avec certitude, de sorte qu'ils se dispensèrent de prendre les précautions d'usage.

Mais au commencement de cette année toute incertitude cessa : des accidents de peste furent authentiquement reconnus à Alger. Les premières victimes furent des portefaix natifs de Biskra. On assure ici que les individus de cette contrée sont toujours les premiers atteints, et on explique le fait en disant que, comme la maladie vient toujours par mer et que les Biskri travaillent à la Marine, ils sont les premiers en contact avec les germes de la contagion. Cette explication n'est pas très-satisfaisante, surtout dans le cas actuel, où il s'agit d'une recrudescence de la peste, dont le germe existait depuis plusieurs années dans le pays. Il en est probablement de ce fléau comme du choléra et autres

maladies épidémiques, qui atteignent de préférence certaines classes d'individus, qu'elles frappent plus vite et plus fortement parce qu'elles trouvent en eux des prédispositions organiques dont Texpérience force d'admettre la réalité , bien que la science ne les explique pas encore.

Quoi qu'il en soit, pendant tout le mois de janvier la peste fit peu de progrès à Alger; mais vers le 1 5 de février, elle prit un caractère d'intensité qui obligea les Européens à se retirer à la campagne. En mars et avril, elle régnait encore avec assez de force pour que toutes les affaires demeurassent suspendues. Cependant, durant ce dernier mois, elle ne faisait pas de grands progrès dans la ville; mais, en revanche, elle gagnait alors la campagne et venait d'attaquer Blida. Les vingt derniers jours du mois de mai présentèrent plus d'accidents que ceux qui les avaient précédés. Les ravages furent très-considérables' au commencement de juin. Le fléau continua sans trop d'énergie pendant les mois de juillet et août. Au commencement de novembre, il avait entièrement disparu d'Alger.

Son maximum d'intensité à Constantine fut vers la fin de juillet; il mourait alors de quatre-vingts à cent personnes par jour. A la fin d'août, le chiffre quotidien oscillait entre vingt et vingt-cinq.

L'agent français de Lacalle, inquiet de voir que la peste ne cessait ni à Alger, ni à Constantine , écrivit le 2 4 juin au bey de l'Est pour lui demander la permission de fermer la place. Le bey lui répondit le 4 juillet qu'il

Ty autorisait, tout en rengageant à ne recourir qu'à la dernière extrémité à Temploi d^une précaution dont les relations commerciales seraient fort gênées. Il n'y eut pas nécessité de recourir à cette mesure , car la peste ne parut pas à Lacalle.

Le printemps de i 79^ ramena la maladie à Alger; au commencement de germinal (avril), notre consul s'était retiré à la campagne , et les autres Français se disposaient à suivre son exemple. Cependant les progrès du fléau ne furent pas très-considérables. Le cheïkli El- A'rab\ beau-père dubey de l'Est, ayant sans doute pris le germe de cette maladie à Alger, fut atteint en route , comme il allait de cette ville à Constantine. Il mourut, ainsi que son khodja, en arrivant à sa destination.

La correspondance des agents de la Compagnie d'Afrique fait connaître qu'il régnait vers cette époque, en Espagne, une maladie qui enlevait beaucoup de monde. On craignait que ce ne fût la peste.

En juillet, le fléau exerçait de grands ravages à Constantine. Il est à remarquer que, bien que l'on fût alors en été, le temps était presque toujours couvert, et qu'il pleuvait. Cet état exceptionnel de la température relativement à la saison explique pourquoi la marche de la maladie ne s'était point ralentie, comme cela arrive d'or-

* Cheikh des Arabes est le nom que Ton donne, dans la province de l'Est, au chef des Arabes des Ziban, ou pays des dattes.

dinaire à cette époque de Tannée. Il mourait alors cinquante personnes par jour, chiffre qui , quinze jours plus tard, s'éleva jusqu à cent quarante. En septembre, ilny avait presque plus de malades sur ce point.

La tradition a conservé dans la province d'Oran le souvenir des affreux ravages exercés par Tépidémie durant Tannée 1794. Elle rapporte que la maladie y fut introduite par des pèlerins venant de la Mecque, assertion contredite par les faits que j'ai exposés aux p. 2 2 6 et 2 2 7. On la désigne dansTOuest sous le nom de peste d'Osman, khalifa et fds du bey Mohanimed*el-Kebir, parce qu'elle sévit plus particulièrement sm» sa maison. Le bey de cette province, pour échapper au fléau, sortit d'Oran avec tout son monde, et alla camper dans la plaine de Mléta, où il demeura trois mois avant de rentrer en ville.

11 est à remarquer que Bône fut exempt de peste pendant cette année 179A, et qu'il eut le même bonheur en 1 79Ô , bien que, la maladie régnant alors à Tunis, à Alger et à Constantine, il se trouvait pour ainsi dire cerné par le fléau. Cependant il y avait eu des soupçons de peste à diverses reprises; on avait même parlé de quelques décès dus à cette cause, mais rien ne put être constaté avec certitude.

A la lin de celte année , on avait encore des soupçons de peste à Alger et à Dellis; mais c'étaient des bruils

vagues sur lesquels on ne put recueillir aucun renseignement positif.

Dans le courant de 1796, toute espèce de doute avait cessé : la peste exerçait bien réellement ses ravages à Alger et à Dellis , vers le mois de juin. A la même époque, une femme mourait à Bône de cette maladie , accident qui ne fut du reste qu'un fait isolé. En juillet et août, répidémie régnait encore à Alger, où elle sévissait avec plus de force quen 1 794.

Au printemps de cette année , la peste régnait à Alger et à Tunis. 11 mourait en mai , dans la première de ces villes, vingt à vingt-cinq personnes par jour; et dans l'autre les ravages étaient considérables, car il y succombait quotidiennement près de cinquante individus. Sauf un petit nombre d'accidents qui eurent lieu en juin, Bône fut encore préservé. Ce n'était certes pas la faute des autorités indigènes si le mal ne faisait pas plus de progrés : en avril, on y avait laissé débarquer la nouba, garnison venant d'Alger, bien que plusieurs des soldats qui la composaient fussent morts de la peste pendant la traversée. Parmi ceux de ces hommes qui descendirent à terre , deux étaient atteints de la maladie et moururent au bout de deux jours. Cette conduite imprudente n'eut cependant aucune conséquence fâcheuse pour la ville de Bône.

Constantine ne fut pas épargnée dans cette recrudescence; mais elle en souffrit médiocrement : en juillet, la mortalité journalière y était de trois ou quatre personnes au plus.

A Tunis, le mal ne diminua que vers le mois de juin , où le chiffre des morts descendit à cent personnes par jour.

A la même époque, les excessives chaleurs qu'il faisait à Alger avaient suspendu les ravages de la maladie ; mais en juillet, elle sévit avec une telle intensité que toutes les affaires demeurèrent suspendues. En août, elle avait entièrement cessé. Il est à regretter que , pour expliquer ces apparentes déviations de la règle générale d'après laquelle la peste cesse dans les grandes chaleurs et pendant les grands froids, on ne possède presque aucune donnée sur Tétat de la températiu^e. Les documents que j'ai consultés signalent rarement cette circonstance importante.

Vers le mois d'avril de cette année, le bruit se répandit à Alger que la peste avait reparu; mais, soit que son action se bornât à un petit nombre de cas isolés, soit que la nouvelle fut fausse, on cessa bientôt d'en parler.

Si l'on admet l'identité de la peste de 1 784 avec celle de 1 793, on trouvera que le fléau a régné alors à Alger pendant près de quinze années consécutives ^

' On trouve dans Touvrage de M. Drummond Hay sur le Marar

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