‹ De l'hygiène en AlgérieChapitre 72 sur 74 · II · texte numérisé non relu

II

23fi MEMOIRE

guérissaient. Elle cessa vers le commencement d'août sans avoir exercé de grands ravages dans cette localité.

Elle avait reparu à Alger en avril, avait cessé au moment des chaleurs pour ne revenir qu en 1819. Elle avait fait très-peu de victimes, la mortalité journalière n'ayant été que de vingt personnes environ, chiffre qui, vers le milieu de mai , s'éleva momentanément à trente-cinq.

On trouve, dans la correspondance de l'agent français à Bône, une lettre (1" juillet 1818), dont un passage me parait utile à citer. Voici ce qu'on y lit :

« Je redoute la fin de ces mois, août et septembre, pour les fièvres bilieuses putrides, qui sont ici mortelles. »

Or, il résulte de la correspondance ultérieure de cet agent, qu,e ses craintes ne se sont pas vérifiées, sans doute parce que la peste , comme les autres épidémies dominantes , semble suspendre l'action de toute autre maladie, ou, pour mieux dire, parce que, dans le fait, ces maladies prennent le caractère du mal régnant.

L'existence d'une maladie endémique à Bône (la fièvre en question), maladie qui a été connue de toute antiquité, et qui est causée par l'aer morbidas dont parle saint Augustin , parait expliquer la rareté des apparitions de la peste dans cette ville et le peu de ravages qu'elle y a faits. Une épidémie exclut l'autre, tellement que lorsque la peste l'a emporté à Bône sur l'affection endémique propre à cette ville, alors cette affection a disparu momentanément. Si jamais la peste reparait en Algérie, il est probable que le privilège dont Bône semble jouir y

attirera un grand nombre d'émigrants des lieux moins favorisés.

A la fin de 1 8 1 8, la peste régnait toujours aux environs de Bône, et cette ville en était exempte. Elle diminuait à Constantine vers le milieu de novembre ; mais elle exerçait alors de grands ravages à Tunis. Elle y avait débuté dans les faubourgs.

J'ai trouvé dans les pièces de la Compagnie d'Afrique un document que je vais reproduire à cause de quelques détails intéressants qu'il renferme. Il est à la date du 4 février 1 8 1 8. En voici la copie :

ÉTAT DBS FRAIS POUR LA MALADIB DE FRANÇOIS ADOLE , MORT DE PESTE À ALGER LE à FEVRIER 1818.

Pour transport du bord en chaloupe k pataquès.

Pour le juif qui Fa reçu dans son logement. . . 72

Pour une chemise 6

Pour fourniture de manger 12

Au médecin 6

Aux quatre portefaix qui l'ont porté en terre. . 48

Aux fossoyeurs 2ft

Aux voisins qui ont permis que ledit Adole fut

reçu dans la maison 12

Total 184

On voit par les articles 2 , 6 et 8, que les indigènes, tout fatalistes qu'ils sont, n'étaient pas indifférents aux

^ A celte époque , la pataque chique ou rîal draham ser 'ar ne valait plus 32 sous 6 deniers, comme Tancienne monnaie de ce nom ; elle équivalait à 8o centimes à peu près.

dangers de la contagion, mais que, la cupidité étant plus forte que la peur, ils consentirent à courir les risques d'infection moyennant finance.

Il parait que la peste avait repris à Bône dans le commencement de cette année ou vers la fin de la précédente. Ce ne fut pas toutefois avec une grande intensité, car Tagent français qui résidait dans cette ville en parle à peine dans sa correspondance, et seulement dans une lettre du 3a mars, où il dit:

« Nous pouvons vous assurer que la ville de Bône jouit d'une bonne santé depuis le 1 4 janvier passé; que nos domestiques sont libres depuis un mois sans qu'il soit rien arrivé. »

Au commencement de mai , la peste était à Bizerte. Dans les premiers jours de juin elle désolait Tabarque et paraissait se propager à l'Ouest de cette localité. On assurait que la contrée appelée Belad-Amar^^ limitrophe du territoire des Nadi, était déjà infectée. L'agent de Bône écrivait à ce sujet :

« Gomment les Nadi pourront-ils se préserver de la peste , ainsi que Lacalle , qui est sans porte , sans barrière, sans aucun moyen de prendre des précautions, et où les Nadi, cette tribu insoumise, affluent journellement? »

A la date du 9 juin, Bône était encombré de pèle- * Tribu du territoire de Tunis, très-près de la fronlière.

rins venant de la Mecque ou y allant, de soldats venus d'Alger et de ceux qui, de Fintérieur, retoiunaient dans cette ville. Bône avait des communications continuelles avec Tunis, et cependant la santé y était excellente. Mais au commencement de juillet le fléau y avait reparu. Cette recrudescence ne fit que très-peu de victimes.

La peste, qui avait repris à Alger vers la fin de janvier, n'exerça que de très-faibles ravages jusqu'au milieu de mai. A cette époque la mortalité quotidienne, qui oscillait entre dix-huit et vingt personnes, s'éleva subitement de trente à trente-cinq. Les Eiu-opéens euxmêmes furent atteints, malgré leurs précautions, et il y eut des accidents de peste dans les consulats de France, d'Angleterre et d'Espagne. A la fin de juin, la maladie avait diminué d'intensité, et il ne moiu*ait plus que quinze personnes par jour. Beaucoup de malades guérissaient. Au conunencement de juillet , elle avait repris de la force. On attribuait cette recrudescence, qui eut également lieu à Bône, à la visite d'un bâtiment infecté qui avait relâché dans les deux ports. Le 1 6 du même mois, la peste sévissait de nouveau et d'une manière intermittente. Les grandes chaleurs achevèrent de la faire disparaître , et il n'en est plus question ni dans les chroniques locales , ni dans les archives de la Compagnie d'Afrique.

Les documents que nous possédons sur l'Algérie ne sont ni assez nombreux, ni assez complets, surtout en ce qui concerne les xvi et xvii*^ siècles, et même le commencement du xvni®, pour qu'il soit possible de décider

({lie la peste n'a régné dans ce pays qu'aux époques dont on retrouve les dates. Il est à remarquer en effet que le nombre des années où ce fléau sévit augmente à mesure quon se rapproche de notre époque, ou, en d'autres termes, à mesure que les matériaux de Thistoire deviennent plus abondants et plus précis. La dernière moitié du xvi*^ siècle nous offre cinq mentions de peste; le XVII*, dix-sept; le xviii'^, dix-huit. Nous ne possédons de documents certains sur cette matière qu à partir de la création de la Compagnie d'Afrique (en lySi), attendu que cette compagnie avait à Alger, à KoUo, à Bône, à Lacalle, etc. des agents qui avaient le plus grand intérêt à connaître les invasions, les progrès, la cessation du fléau et ses recrudescences.

Il y a peut-être quelque témérité, avec des éléments aussi incomplets que ceux qui m'ont servi de base, à rechercher les lois qui peuvent présider aux invasions et à la marche de la peste; j'essayerai cependant de le faire, sauf à ne donner mes inductions que comme de simples conjectures.

Le tableau suivant rendra plus conripréhensibles les observations que j'ai à présenter. Les invasions de peste qui ont eu lieu sont rangées par ordre chronologique, avec indication des durées de chacune et des intervalles qui les séparent. Au seul aspect de ce tableau, le lecteur attentif sera amené, je le crois, aux conclusions que je donnerai plus loin.

TABLEAU DES INVASIONS DB PESTE AVEC LEUR DURER ET LES INTERVALLES QUI LES SEPARENT.

N*' JhtM.

il... 1552 ..

XVr siècle (a-moilié).] 2. . . 1571 . .

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