V. — VÊTEMENT
^ordonnance, prirent un caractère d'uniformité véri* tablée
Après ce simple exposé, nous poiurions déjà nous demander si la plupart de ces vêtements de guerre, ceux des Gaidois, ceux des Francs, ne valaient pas les habits de nos jours, et s'il est vrai que sur ce point nous ayons beaucoup à nous louer de nos progrès modernes. L'examen des transformations successives qu^a subies Tuniforme depuis son établissement prouverait encore que nous avons passé par tant d'épreuves sans que l'expérience acquise ait eu le pouvoir d'apporter des améliorations fondamentales dans notre vêtement militaire. Mais un tel examen serait sans objet; et c'est d'ailleurs ce dont il est facile de juger.
in. Temps actuel. — Les réformes introduites à l'époque de la révolution ont porté remède à quelquesuns des vices de l'habillement. Les constrictions exercées sur le cou, sur la ceinture et sur les membres inférieurs, sont moins prononcées qu'auparavant; et ces améliorations, bien qu'insuffisantes, sont cependant notables. Mais, quoi de moins rationnel encore que notre vêtement, tel qu'il est, court, étriqué, dépoiuru de noblesse, de grâce et d'efficacité prophylactique; bien plus, devenant, par lui-même, cause de maladies! Quoi de moins rationnel que la plupart de nos lourdes coiffiu*es, dont quelques-unes feraient même regretter
* Xav. Audouin, Hist. de Vadm. de la guerre, t. Il, p. 270; t. III, p. 5i et suiv. ao3 et suiv. Paris, 181 1.
le feutre spongieux, qui nous a si longtemps servi de chapeau I Quoi de moins rationnel que Tétranglement causé par notre faux*col, et que nos courts habits-vestes ouverts sur Tabdomen, serrés à la goi^e, serrés à la ceinture, et qui, non-seulement nuisent à la circida* tion, mais entravent la marche de la nutrition, en ne permettant point aux viscères de fonctionner librement I L'introduction du pantalon , succédant à la culotte courte ancienne, était un progrès; pourtant ce vêtement étroit ne protège point assez efficacement Tabdomen : la ceinture en est trop montante, et Tusage des bretelles, alors qu'elles ne sont point élastiques, n'est pas sans inconvénient. En tout cela, ne dirait-on pas que l'économie a seide été consultée , pour nous mettre en contradiction avec les règles de l'hygiène?
Presque partout en Eiu'ope , le vêtement des troupes présente de semblables anomaUes. Mais ce qu'il y a de bizarre, c'est que nos modes les plus mauvaises sont justement celles que nous avons empruntées à nos voisins, d'où vient encore ce défaut d'harmonie qui ne nuit pas moins à la nationalité qu'à l'uniformité de notre tenue militaire. Polybe dit que « les Romains sont, de tous les peuples , celui qui abandonne le plus facilement ses coutumes pour en prendre de meilleures ^ • Et l'on sait comment ils se servirent des troupes numides , Cretoises et baléares , des vaisseaux rhodiens , du vêtement et de l'armement des Grecs , des Etrusques et des Gaulois , de la terrible épée à deux tranchants ,
* Liv. VI, fragm. v, éd. fr. i84a, p. a3o.