‹ De l'hyoscyamine et de la daturineChapitre 16 sur 24 · OBSERVATION XI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XI

Ataxie Locomotrice traitée par l'hyoscy amine.

B..., Albert, âgé de 36 ans, entre le 23 septembre 1869 à l’hôpital Lariboisière, salle St-Charles, n° 27.

A l’âge de 20 ans, ce malade a eu un chancre induré, suivi de l’apparition de plaques muqueuses et de chute des cheveux sans autre accident. Il a eu autrefois des habitudes alcooliques qu’il a cessées complètement depuis quatre ans, mais qui n’en ont pas moins causé une dyspepsie pénible pour le malade qui a des vomissements glaireux le matin, de la perte d’appétit; le sommeil est agité, trouble par des cauchemars; depuis trois ans, le malade est souvent pris de hoquet et de vomissements durant un, deux ou trois jours avec des douleurs épigastriques très-vives; ces accidents qui survenaient d’abord tous les six mois, se rapprochent maintenant depuis trois ans; le malade maigrit. A cette époque, il

éprouvait une excitation génésique asssez prononcée qui le porta i au coït régulièrement trois à quatre fois par jour. Depuis un an, le sens génésique s’est calmé; les excitations sont devenues trèsrares.

Des douleurs fulgurantes, survenant à des intervalles de plus en plus rapprochés, traversent les membres inférieurs, depuis environ trois ans. Il y a dix-huit mois, le malade s’aperçut qu’il ne pouvait plus marcher dans l’obscurité ; toutes les fois qu’il fermait les yeux, il y avait de l’incertitude dans les mouvements ; en appuyant sur le sol, il lui semble marcher sur du coton. La sensibilité au chatouillement a presque disparu de la plante des pieds ; la sensibilité thermique et la sensibilité à la douleur sont affaiblies dans les membres inférieurs.

A son entrée à l’hôpital, le malade avait une de ses attaques de vomissements qui le faisait souffrir depuis le 20 septembre. La face est grippée; un hoquet pénible tourmente le malade, qui, à chaque instant, vomit des matières bilieuses en grande quantité ; la région épigastrique est d’une sensibilité excessive. B. ne peut rien avaler, pas même de glace, sans vomir aussitôt. Vésicatoire à la région épigastrique.

Le 2lx, les accidents se sont calmés pour ne disparaître que le 26. La crise avait duré 7 jours. Le malade ne peut se lever de son lit, ni marcher sans être soutenu. La vue est affaiblie surtout du côté droit. Il a suivi différents traitements. Le nitrate d’argent, le phosphore, l’iodure de potassium n’ont produit aucun résultat.

Le 20 octobre, le malade prend 2 pilules d’hyoscyamine de 1 milligramme chaque; progressivement, la dose est portée jusqu’à b milligrammes, sans produire d’autre phénomène apparent qu’un peu de sécheresse du pharynx et une légère dilatation de la pupille qui n’empêche pas le malade de lire et d’écrire.

Une nouvelle crise semblable a la première survient le 12 oc-

tobrc, c’est-à-dire 21 jours après, et ne dure que cinq jours. Nous avons essayé d’augmenter la dose d’hyoscyamine pendant cette période; une injection de 5 milligrammes poussée à la région épigastrique ne procure aucun soulagement au malade. Le 16 octobre, les accidents avaient disparu.

Le malade essaie de se lever tous les jours, et peut faire quelques pas dans la salle, sans avoir besoin d’aucun soutien. Les douleurs des membres deviennent plus rares, en même temps que disparaît la sensation d’engourdissement qui existait dans les jambes.

Après 27 jours de repos survient une nouvelle crise qui n’a duré que h jours, du 8 au 10 novembre. L’hyoscyamine est suspendue pendant cette période, et le malade est calmé momentanément par un mélange de 15 grammes de sirop de noix vomique et de 5 centigrammes de codéine.

La marche devient plus facile ; le malade se promène une partie de la journée. Enfin, après un mois, les vomissements reviennent pendant trois jours seulement, du 7 au 9 décembre. Le traitement par l’hyoscyamine est continué à la dose de k pilules par jour.

Nous avons obtenu ici deux résultats satisfaisants; une grande amélioration dans la marche, avec diminution des douleurs ; de plus, les crises douloureuses, s’accompagnant de vomissements, ont été éloignées et leur durée beaucoup moins longue.

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