‹ De l'hyoscyamine et de la daturineChapitre 17 sur 24 · OBSERVATION XII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XII

Ataxie Locomotrice.

(Observation recueillie par mon collègue et ami Charpentier.)

B., 27 ans, marchand forain, entre le 25 février 1869 à l’hôpital de la Charité, salle Saint-Louis, n° 2 (service de M. Bourdon).

Ce malade n’a pas d’antécédents dialhésiques ni héréditaires.

Il se plaint de troubles de la vue et de la locomotion qui datent de la fin de 1867, et il éprouve un affaiblissement graduel de la vue, plus marqué à gauche qu’à droite ; quelques mois après, des douleurs fulgurantes vinrent succéder à des crampes des membres inférieurs auquelles il était sujet depuis plusieurs années. La sensibilité diminua, et du tremblement survint dans la jambe gauche, qui d’ailleurs fut le siège de début de chacun de ces symptômes, et où chacun d’eux est resté plus accentué; le côté droit fut pris egalement. La marche devint impossible ; le malade lançait ses jambes de côté et d’autre, ne se rendant plus compte de leur position dans l’obscurité. Il resta dans le service de M. Delpech, où il prit du phosphore jusqu’à la dose de 5 milligrammes par jour, sans amélioration. Passé à l’hôpital de la Charité, il prit successivement du nitrate d’argent, de l’huile phosphorée, des douches le long de la colonne vertébrale ; ce dernier moyen paraît lui avoir procuré quelque soulagement.

Au mois de janvier 1870, il gardait le lit, se trouvant dans l’impossibilité de se mouvoir, à moins d’être secouru par deux aides. La vue est affaiblie des deux côtés, surtout à gauche ; les membres inférieurs sont atrophiés, les orteils fléchis sur la région plantaire, la sensibilité thermique est abolie jusqu’au-dessous de la rotule; il en est de même de la sensibilité tactile et de la sensibilité à la piqûre. Le malade ressent des douleurs très-vives, surtout au tiers inférieur de la jambe. La miction et la défécation ne s’accomplissent plus régulièrement; il y a absence complète d’érections. Le malade soulève les jambes, mais ne peut les diriger qu’à l’aide des mains ; il résiste aux mouvements de flexion et d’extension. 11 est surtout vivement tourmenté par des secousses ou des tremblements involontaires qui surviennent tantôt spontanément, tantôt quand il essaie d’imprimer un mouvement à ses ambes.

Le 15 mars, alors que depuis un mois il avait cessé tout traitement, sauf des applications de ventouses sèches le long de la colonne vertébrale, faites sans résultat appréciable, il prit une pilule de 1 milligramme d’hyoscyamine chaque jour. Le 5 avril, les douleurs et les sensations d’engourdissement avaient cessé; mais les autres symptômes le tourmentent encore.

Il suspendit l’hyoscyamine jusqu’au 15, jour où l’on reprit les pilules. Le 25 avril, les secousses disparurent complètement, ainsi que les douleurs et l’engourdissemenl ; la sensibilité ne reparaît pas; la vue n’est pas modifiée ; mais le malade pouvait, en se soutenant à un lit, marcher seul jusqu’au bout de la salle. Dans une de ses promenades, il fit une chute sur le sacrum, et le tremblement reparut, sans toutefois s’accompagner de douleurs. Le malade découragé cessa le traitement par l’hyoscyamine.

Ainsi, nous avons eu un amendement notable dans l’état du malade; les secousses convulsives des membres ont disparu ; le tremblement a cessé, et le malade n’a plus ressenti ces douleurs vives qui parcouraient les membres ; de plus, la marche est devenue plus facile ; sans espérer de guérison, il y a lieu de s’attendre à une amélioration d’une certaine durée, que l’on pourra prolonger encore par l’emploi de l’hyoscyamine.

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