‹ De l'hyoscyamine et de la daturineChapitre 18 sur 24 · OBSERVATION XIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIII

Tremblement mercuriel traité par l'Iujoscy amine.

D.., Louis, âgé de ô5 ans, coupeur de poils de lapin, entre le 15 juin à l’hôpital Lariboisière, salle Saint-Charles, n° 15 bis.

Ce malade n’a pas d’habitudes alcooliques. Depuis treize ans il exerce un métier qui l’oblige à se servir continuellement de mercure; pendant sept ans, aucun accident n’est survenu. A

l’âge de 39 ans, pour la première fois, il fut pris de tremblement localisé aux mains, et entra à l’hôpital Saint-Antoine, dans le service de M. Axenfeld, où il resta quatre mois. On lui fit prendre du vin de quinquina, de l’iodure de potassium ; on le soumit aux courants continus sans résultat bien appréciable, et le malade quitta l’hôpital en conservant son infirmité. Il travaille pendant six jours, et est pris subitement de céphalalgie avec douleur violente dans l’hypochondre droit; il retourne à l’hôpital Saint-Antoine, où M. Jaccoud lui prescrit des bains sulfureux. Après deux mois et demi de traitement, il part pour Vincennes, sans être guéri.

Le tremblement ne gênait pas D. au point de l’empêcher de travailler ; depuis un mois, la maladie augmente sensiblement, et il ne peut plus se servir de ses mains ; il se plaint de douleurs de tête continues, occupant surtout la région occipitale; la mémoire s’affaiblit progressivement, l’intelligence est conservée ; la vision est moins nette. En même temps, la marche devient dilficile, les jambes fléchissent et ne peuvent plus porter le malade.

Lorsque le malade est couché, la tête seule tremble, en présentant des mouvements de latéralité; dès qn’il se lève, le tremblement se généralise. Quand on lui fait étendre les bras, ceux-ci exécutent des oscillations dans le sens vertical ; si le membre repose sur un plan résistant, les mouvements restent limités au poignet et aux doigts. Il est impossible au malade de porter un objet à sa bouche, même en le saisissant fortement avec ses deux mains. La force musculaire est moins grande, surtout à droite ; la sensibilité cutanée a diminué. La parole est hésitante, coupée; les lèvres tremblent. Les gencives sont tuméfiées, elles ne présentent pas de liséré bien marqué ; le malade n’a jamais eu de salivation.

M. Oulrnont prescrit des bains sulfureux et le 19 juin, du bromure de potassium, en débutant par 2 grammes et en élevant graduellement les doses jusqu’à 12 grammes. Ce traitement est

supprimé le \h juillet, le malade a eu des étourdissements, delà céphalalgie, de l’hébétude. Le tremblement a été légèrement amélioré; la main gauche est plus ferme et exécute des mouvements avec assez de précision.

Extrait thébaïque 0,10 cenligr. et bain alcalin.

Ce nouveau traitement n’amena pas une grande modification dans l’état du malade. Celui-ci, après quatre jours de repos, sans aucune médication, prend le h août, trois pilules d’hyoscyamine de 1 milligr. chaque.

5 août. — Le malade a eu de la sécheresse du pharynx, des rêves, de la céphalalgie, les pupilles dilatées, la soif vive.

6 août. — Quatre pilules.

7 août. — On constate un peu d’amélioration dans le côté gauche. — 6 pilules.

8 août — La céphalalgie a disparu. 8 pilules.

9 août. — Le malade peut porter un verre à sa bouche à l’aide de la main gauche. 10 pilules.

Il prit jusqu’à 17 milligrammes d’hyoscyamine par jour, qui amenèrent des phénomènes d’intoxication et firent suspendre le traitement.

10 août. — Le malade a eu de la céphalalgie. 12 pilules.

Les doses d’hyoscyamine , successivement augmentées , sont portées jusqu’à 17 pilules qui ont déterminé une intoxication de peu de durée. Nous avons constaté la présence de l’hyoscyamine dans l’urine du malade.

Le lfi août, la céphalalgie a disparu, le sommeil est devenu calme; le malade n’a plus ces rêves, ces hallucinations qui trou* blaient son repos. La mémoire est plus nette, l’intelligence plus éveillée ; malgré la dilatation des pupilles, il passe une grande partie de la journée à lire. Le tremblement a diminué ; lorsque le malade se trouve au repos, on ne voit plus de mouvements convulsifs; la marche est plus facile, les membres inférieurs se pré-

lent mieux aux mouvements qu’on leur fait exécuter. Quant aux membres supérieurs, le bras gauche n’éprouve plus aucune difficulté ; de la main droite, le malade peut porter un verre à sa bouche ; il commence à tracer quelques caractères d’écriture.

Ce traitement est continué, à la dose de 8 pilules, jusqu’au 25 septembre. L’amélioration a persisté, le malade écrit d’une manière assez correcte; le tremblement ne se produit guère qu’à la suite d’émotions morales, ou d’une fatigue exagérée; il n’est plus aussi accentué qu’auparavant, et disparaît par le repos.

On ne donne pas d’hyoscyamine pendant huit jours; les mouvements convulsifs reparaissent.

Le k octobre, le malade reprend 6 milligr. d’hyoscyamine ; il n’a pas eu de céphalalgie.

Le 10 octobre, le tremblement a de nouveau disparu. On suspend de nouveau toute médication, sans que le malade paraisse s’en apercevoir pendant trois jours. Il a été, à deux reprises différentes, un peu agité; toutefois le sommeil est calme, les fonctions digestives sont régulières; des moments, le malade a quelques secousses. Celles-ci se reproduisent à des intervalles plus rapprochés vers le 20 octobre, et deviennent assez fréquentes deux jours après.

A partir du 23 octobre, le malade prend b milligr. d’hyoscyamine par jour pendant trois jours, et les accidents ont disparu. Le tremblement est presque insensible; le malade écrit II sort de l’hôpital le 1 novembre.

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