‹ De l'hyoscyamine et de la daturineChapitre 19 sur 24 · OBSERVATION XIV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIV

Tremblement mercuriel traité par l'hyoscyamine (Observation communiquée par M. Weil, élève du service).

D... Pierre, ouvrier feutrier, âgé de 53 ans, entre à l’hôpital Lariboisière, salle Saint-Charles, le 15 mai 1870.

Ce malade travaille depuis 26 ans dans une fabrique de feutre, avec une interruption de 1 h ans; il a toujours été employé à brosser des peaux de lapin avec de l’acide nitrique et du mercure dans une pièce fortement chauffée. Après neuf ans de ce travail, il commença à ressentir des douleurs vagues par tout le cprps et principalement dans les membres; pendant son sommeil il avait des secousses. Cet état dura quatre à cinq ans, sans que le malade s’en préoccupât, car durant le jour il était calme. Peu à peu, les jambes commencèrent à s’affaiblir, et un matin, en se levant, il tomba de son lit sans force et sans connaissance; il lui est arrivé de tomber plusieurs fois dans la suite, parce que ses jambes ne pouvaient plus le porter, mais sans qu’il ait jamais perdu connaissance.

En même temps, il ressentait une céphalalgie sourde, gravative, continuelle, avec des hallucinations, des cauchemars ; les mains ne furent plus aptes à aucun mouvement précis en raison du tremblement continuel qui les agitait.

Il y a deux ans, il entra à l’hôpital Saint-Antoine et en sortit sans aucune amélioration.

A son entrée à l’hôpital, le malade présente un état cachectique très-prononcé ; la peau est terne, jaunâtre, profondément anémiée ainsi que la muqueuse gingivale ; les traits du visage scïî! altérés. Les dents sont noires et se brisent avec une grande facilité, surtout depuis quelques années.

Lorsque le malade est couché dans son lit, son corps est assez tranquille ; mais dès qu’il est préoccupé, on voit par moment des secousses convulsives. La tête, reposant sur un oreiller, est tout à fait calme ; mais quand elle n’est plus soutenue, elle exécute des mouvemenls de latéralité involontaires.

La démarche est difficile, chancelante ; les genoux fléchissent et se dérobent si le malade ne peut se retenir à un appui. Les membres supérieurs, dans l’état de repos, ne sont pas atteints de tremblement; mais si l’on fait étendre les bras, la main présente de fortes oscillations de bas en haut, en même temps les doigts tremblent aussi. Les deux bras exécutent des mouvemenls violents pour se rapprocher l’un de L’autre. Les ongles sont colorés» en noir.

Lorsque le malade veut saisir un objet, il n’y arrive qu’en décrivant avec les bras et les mains une série de zig-zags, de mou» vements violents exécutés alternativement par les muscles que sa volonté veut faire agir et leurs antagonistes ; l’objet une fois saisi, il ne s’en débarrasse qu’avec beaucoup de difficulté. Le bras droit est plus affecté que celui du côté opposé. Le malade ne peut ni manger, ni boire tout seul. Il prend et lâche plus facilement les petits objets que ceux qui présentent un certain volume. La puissance musculaire n’est diminuée ni dans les membres supérieurs, ni dans les membres inférieurs.

Le malade accuse en outre une céphalalgie sourde, continue. Il n’a pas de vertiges, ni d’éblouissements, ni de bourdonnements d’oreille; mais il se plaint d’un affaiblissement progressif delà vue, de la mémoire; l’oreille gauche perçoit moins bien les sous, elle a toujours été atteinte d’un léger degré de surdité.

Les fonctions digestives sont régulières ; le sommeil est agité par des rêves; à l’état de veille, le malade n’a pas d'hallucinations.

Le 18 mars, le malade prend deux pilules d’hyoscyamine de

un milligramme chaque; ce traitement est continué chaque jour.

Le 22, au matin, aucun changement ne s’est encore produit; l’état général est resté le même. Le nombre des pilules est porté à trois par jour.

Le 23 mars, le malade aocuse une grande sécheresse de la gorge, les pupilles sont largement dilatées.

Le 24, même état.

Le 25, les pupilles sont moins dilatées aujourd’hui; la sensation de sécheresse du pharynx est moins prononcée.

26 mars, le tremblement paraît diminué.

Le 27, on constate une amélioration trcs-sensible. Les mouvements saccadés des membres supérieurs, qui se produisaient au moment de la préhension des objets, ont beaucoup dimiuué d’étendue; le malade parvient à manger tout seul, quoique avec une grande difficul té ; mais il n’y a plus à craindre de le voir se blesser avec son verre; la mastication s’exécute très-bien dès que les aliments sont arrivés dans la cavité buccale. La démarche reprend de la fermeté ; les membres inférieurs exécutent leurs mouvemenlsavec pius de précision. Le sommeil est beaucoup plus calme ; la tête commence à être « plus légère et plus claire, » .suivant l’expression du malade.

28 mars, l’amélioration persiste.

Le 1er avril, après une période prodromique de trois jours, caractérisée par de la céphalalgie, de la névralgie, des nausées, des vomissements verdâtres, le malade est pris de varioloïde. La fièvre est presque nulle. On continue toujours l’usage de l’hyoscvajnine.

4 avril. — Les pustules sont presque entièrement desséchées. Le malade est très-content de l’état de sa santé ; tous les mouvements s’exécutent avec assez de précision, bien qu’il ne puisse cucore s’astreindre à ceux qui demandent une grande exactitude, comme les mouvements pour écrire. L’amélioration se prononce

de plus en plus, il demande à sorlir de l’hôpital le 8 avril, devant suivre encore son traitement par l’hyoscyamine.

Le \k avril, il revient à l’hôpital après une course très-longue accomplie sans fatigue. Le tremblement des membres supérieurs diminue de plus en plus; il n’est plus bien prononcé, au moment où le malade est préoccupé ou quand il veut saisir des petits objets : la céphalalgie a disparu, la mémoire est plus nette. Le malade continue l’usage de l’hyoscyamine.

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