OBSERVATION XV
Tremblement mercuriel traité par la daturme.
B..., Jean-Jacques, âgé de A 7 ans, coupeur de poils de lapin, entre le 15 juin 1869 à l’hôpital Lariboisière, salle Saint-Charles, n° 16.
Ce malade ne présente rien de particulier dans ses antécédents ; pas d’habitudes alcooliques, pas de syphilis. Il a commencé à apprendre son métier à l’âge de 23 ans, en 1846 , et depuis il a toujours travaillé dans une atmosphère chargée de vapeurs mercurielles. Jusqu’en 1 854, il a pu y séjourner sans aucun inconvénient. A cette époque, il a vu survenir des secousses convulsives qui se sont répétées, et l’année suivante, il a été affecté de tremblement avec affaiblissement de l’intelligence et de la mémoire ; diminution de la vue, du sens du goût et perte de l’appétit. Il entre à l’hôpital Beaujon, dans le service de M. Barth, où il reste trente-deux jours; on lui prescrit de l'iodure de potassium, des bains sulfureux, des bains de vapeur; ce traitement améliora le malade qui reprit son travail. Le tremblement disparut à peu près vers 1858, et se reproduisit en 186Aen se généralisant. En 1868, dans le service de M. Sée, on lui fait prendre du phosphore à l’Intérieur, des bains de vapeur, des bains sulfureux. A sa sortie,
le malade reprend son travail, et est repris fortement au mois d’avril dernier. Le tremblement devient assez fort pour empêcher tout travail et B... entre à l’hôpital Lariboisière.
Lorsque le malade est au repos, la tête a de légers mouvements de latéralité; on ne remarque rien aux lèvres et dans les muscles de la face. Les muscles des membres supérieurs ont des secousses qui ne permettent pas porter un objet directement à la bouche ; les deux mains saisissant fortement un verre peuvent le porter aux lèvres. La parole est hésitante. Toutes les fois, le tremblement s’est accompagné de salivation ; de temps à autre, les gencives tuméfiées, d’une couleur blafarde, sont saignantes au moindre contact. Les premiers accès sont précédés de céphalalgie. Le sommeil est calme et suspend tous les accidents.
M. Oulmont soumet ce malade au régime suivant : Bromure de potassium, 2 grammes, en élevant graduellement les doses jusqu’à 12 grammes. — Bain sulfureux tous les deux jours.
La céphalalgie s’est calmée sous l’influence de ce traitement; les mouvements convulsifs n’ont pas été modifiés; de plus, l’intelligence et la mémoire s’affaiblissent. Le bromure de potassium est supprimé le la juillet, et le malade prend chaque jour 0,10 centigr. d’extrait thébaïque. Bain alcalin tous les deux jours.
Le k août, le malade prend trois pilules de daturine de un milligramme chaque.
Le 5, il a de la dilatation pupillaire, des troubles de la vue qui rendent la lecture presque impossible; le soir, il a eu de la cé phalalgie, assez violente pour empêcher le sommeil. On donne U pilules.
6 août. Le malade a eu des secousses convulsives et des douleurs dans les membres ; la céphalalgie ne s’est pas reproduite ; les troubles de la vision sont les mêmes que la veille. 5 pilules.
7 août. Les mouvements sont plus fréquents pendant la nuit et plus marqués dans les jambes que dans les bras; mais les dou-
leurs ont disparu ; la sécheresse de la gorge est très-grande, sans gêner la déglutition. Six pilules.
8 août. Le sommeil a été lourd et agité par des rêves ; les secousses ont été moins fortes que les nuits précédentes. 7 pilules.
9 août. La nuit a été plus calme; le tremblement a toujours la même intensité. 8 pilules.
10 août. 9 pilules.
11 août. 10 pilules.
12 août. Les secousses sont plus fortes après que le malade a pris ses pilules; mais elles s’apaisent à mesure qu’on s’éloigne du moment où le médicament a été administré.
13 août. Les soubresauts ont repris avec plus de violence; la marche très-incertaine est presque impossible lorsqu’on fait avancer le malade les bras étendus. Le malade a eu une forte céphalalgie qui l’a empêché de dormir. Les pilules de daturine sont supprimées.
lù août. Le sommeil a été paisible; la marche est plus facile que la veille, les soubresauts moins fréquents. Les troubles de la vue persistent; la céphalalgie a disparu ; mais il n’y a pas d’amélioration quant au tremblement. Le malade sort bientôt après de l’hôpital, à peu près dans le même état qu’au moment de son entrée.