OBSERVATION XVI
Tremblement sénile traité par l’ hyoscyamine .
H.... (Élisa),âgée de 57 ans, femme de ménage, entre le 27 octobre 1869, à l’hôpital Lariboisière, salle Sainte-Marie, n° à.
La malade ne présente rien de particulier dans ses antécédents ; sa santé a toujours été très-bonne.
Trois mois avant son entrée à l’hôpital, le bras droit fut pris
presque subitement d’un tremblement assez fort ; en même temps, la malade ressentit une douleur qui persiste encore aujourd’hui et qui est localisée au niveau de la région deltoïdienne. Quinze jours après, le tremblement a gagné la jambe droite, où se montra une douleur au niveau des articulations médio-larsiennes ; la douleur, qui était assez forte pour gêner la marche, a complètement disparu. La malade n’a suivi aucun traitement.
L’état général de la malade est bon; la vue s’est affaiblie depuis sept à huit ans. Le côté gauche est libre ; du moins il ne tremble pas, et la malade prétend n’éprouver de ce côté aucune difficulté ni dans la marche ni dans les mouvements nécessaires pour la préhension.
Lorsqu’on examine la malade dans le décubilus dorsal, les bras étendus sur le lit, on voit le bras droit, d’abord tranquille, être agité peu à peu, et exécuter des mouvements de latéralité qui, faibles d’abord, vont en augmentant au point d’incommoder la malade; bientôt les mouvements s’exercent aussi dans le sens vertical. Le membre inférieur se prend bientôt, et l’on voit se passer une série de phénomènes tout à fait analogues. A ce moment, la malade peut arrêter le tremblement pendant quelques secondes, en contractant ses muscles, ou en saisissant fortement les draps du lit.
Elle peut aussi, sans trop de difficulté, porter un verre à sa bouche en se servant de la main droite ; cependant, le tremblement augmente à mesure que la main approche du but, et à mesure que la malade cherche à mettre plus de précision dans ses mouvements.
Quand la malade est assise, on voit la tête osciller légèrement, et l’on peut percevoir du tremblement des lèvres, alors que cellesci sont au repos. La parole est hésitante ; mais il n’y a pas de tremblement dans la langue. La malade marche sans grande difficulté. Pendant le sommeil, tous ces phénomènes disparaissent.
La sensibilité au chatouillement est diminuée dans les deux pieds ; la sensibilité à la piqûre et la sensibilité thermique sont conservées.
Les fonctions digestives s'exécutent normalement : le sommeil est calme.
Le séjour à l’hôpital n’a amené aucune modification dans l’état de la malade, qui est soumise au traitement par l’hyoscyamine.
Le 7 novembre, la malade prend 6 pilules de 1 milligr. d’hyoscyamine chaque.
Le 8 novembre, aucune modification ne s’est produite. Ni rêves, ni céphalalgie.
Le 9 novembre, même état général. Quelques douleurs de tête dans la journée. 8 pilules.
10 novembre. D’après le récit de la malade, une légère diminution du tremblement tendrait à se manifester.
Les pupilles sont peu dilatées.
\h novembre. Une amélioration sensible s’est produite; la malade tremble moins quand on lui fait étendre les bras; mais on ne voit aucun changement lorsqu’elle veut porter la main à la bouche ; il y a toujours des mouvements saccadés.
1 8 novembre. La malade prend tous les jours ses huit pilules. Elle se trouve malade ce matin ; elle n’a pas d’appétit, le tremblement augmente.
19 novembre. La malade a de la céphalalgie, de la fièvre ; le sommeil a été agité, troublé par des rêves, soif vive, langue saburale.
20 novembre. La céphalalgie a disparu. — La malade a dormi toute la nuit ; la soif est moins intense, et le lendemain la malade est rétablie.
26 novembre. Le tremblement est amélioré d’une manière très-notable; la malade peut rester jusqu’à trois et quatre minutes sans être gênée par des mouvements convulsifs ; au bout
de ce temps, les membres recommencent à s’agiter. La préhension est beaucoup plus facile; la malade porte facilement un objet à sa bouche ; mais elle ne peut répéter plusieurs fois ce mouvement sans que le tremblement reparaisse.
29 novembre. La malade accuse un léger engourdissement dans les membres inférieurs; la douleur de l’épaule a disparu. I.es mouvements de la main droite s’exécutent avec précision.
2 décembre. L’amélioration a persisté; les symptômes qu. s’étaient montrés du côté des membres inférieurs n’ont pas reparu. La malade se plaint à peine d’un léger tremblement lorsque le bras reste étendu pendant six à huit minutes ; au repas, on ne trouve aucun mouvement convulsif; la jambe droite ne tremble plus du tout, et les mouvements des lèvres n’ont pas augmenté; La malade demande sa sortie de l’hôpital.