‹ De l'hyoscyamine et de la daturineChapitre 8 sur 24 · OBSERVATION III · texte numérisé non relu

OBSERVATION III

Névralgie cervico-occipitale traitée par des injections d'hyoscy amine.

N..., Joseph-Louis, âgé de 49 ans, ébcniste, entre le 6 septembre 1869 à l’hôpital Lariboisière, salle Saint-Charles, n° 31.

Il y a dix-neuf ans, ce malade a eu un chancre induré à la verge, avec adénite inguinale; un an après, il a eu des plaques muqueuses dans la bouche et dans le pharynx; à la suite de ces manifestations, on lui a fait suivre un traitement mercuriel pendant trois mois, et depuis il n’a pas eu d’autres accidents syphilitiques.

Depuis environ dix ans, il se plaint de douleurs sourdes, continues, présentant des exacerbations à des moments variables ; ces douleurs, d’abord, partant de la nuque, occupaient la moitié droite du cuir chevelu ; peu à peu elles ont gagné la partie supérieure de la face du même coté, surtout la région orbitaire, sont descendues le long du cou, et maintenant s’étendent jusqu’au creux sus-claviculaire et au-dessus de Tacromion.

Parfois surviennent des accès très-violents qui s’accompagnent de congestion de la face, de photophobie, de larmoiement. Le malade, devenu hypochondriaque, a été soumis à divers traitements; pendant deux années consécutives, en raison de ses antécédents syphilitiques, on lui a prescrit d’abord de la liqueur de van Swieten, puis de l’iodurc de potassium; aucun changement ne s’est produit dans son état. Le médecin lui applique à la nuque et sur l’apophyse mastoïde des vésicatoires volants, dont le malade ignore le nombre ; plus tard ces vésicatoires furent saupoudrés de chlorhydrate de morphine. Il prit ensuite de l’opium, du sulfate de quinine, et les douleurs ont persisté.

A son entrée à l’hôpital, la douleur occupe les points que nous

avons cités; la conjonctive droite est fortement injectée ; il y a du larmoiement.

La vision n’est pas troublée, et nous n’avons pas trouvé de déviation oculaire; il n’y a pas de troubles de l’intelligence, ni de la motilité.

La douleur est superficielle et devient très-vive lorsqu’on appuie le doigt entre l’apophyse mastoïde et les premières vertèbres cervicales ; on trouve un autre point douloureux au niveau de la partie moyenne du cou, vers le bord antérieur du trapèze; l’apophyse mastoïde n’est pas sensible à la pression, mais il n’en est pas de même de la bosse pariétale.

Les douleurs ne sont pas augmentées par les mouvements imprimés à la tête, hors le moment des accès.

Le malade accomplit des mouvements de rotation, de flexion et d’extension sans aucune difficulté.

La sensibilité à la piqûre est abolie dans presque toute l’étendue de la zone douloureuse.

Le 11 septembre, on lui fait une injection de U milligrammes d’hyoscyamine : le malade a eu un accès très-violent pendant la nuit.

Le 12 septembre, une injection de 5 milligrammes est suivie d’un'calme relatif : ’on laisse le malade au repos pendant un jour.

Le lû septembre, après une injection de 5 milligrammes d’hyoscyamine, les pupilles sont dilatées, la gorge sèche, la déglutition difficile; le malade a été agité, mais il a dormi une partie de la nuit; la région cervicale antérieure est moins douloureuse, et la piqûre d’un épingle est bien sentie jusqu’au niveau de la région occipitale.

Le 15 septembre, on fait une injection de 7 milligrammes; les symptômes généraux ont été plus accentués que la veille, mais le malade a mieux dormi. La conjonctive droite est moins injectée ; le larmoiement a disparu.

Le point occipital est à peine douloureux à la pression ; il en est de même du point pariétal. Le malade est devenu plus gai.

Le 16 septembre, injection de 8 milligrammes qui a déterminé un délire de peu de durée.

Le lendemain la douleur avait disparu et la sensibilité cutanée était revenue dans toute l’étendue de la zone anesthésiée. L’état général du malade est plus satisfaisant : l’appétit est revenu.

Le 17 septembre, le malade n’est soumis à aucun traitement. Le lendemain, on fait une dernière injection de 4 milligrammes d’hyoscyamine, qui a été suivie d’un sommeil très-calme. La souffrance a disparu, et comme aucun symptôme nouveau ne s’est déclaré, le malade demande à quitter l’hôpital le 21 septembre.

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