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OBSERVATION III

(Docteur Boucnur)

P... Isidore, 62 ans.

Hypertrophie et dilatation du cœur. Asystolie. Autopsie : cœur de 1.050 gr., sans lésions autres que de l’'athérome. Reins cardiaques, viscères cardiaques.

Antécédents héréditaires et collatéraux nuls.

Trois crises de coliques néphrétiques de 54 à 62 ans. À eu souvent de l’œdème des jambes.

Vers le 20 mars 1920, à 62 ans, grippe de quelques jours, à la suite de laquelle, il tousse, enfle des jambes et salite pour ne plus se relever.

Le 4 mai 1920, il entre dans le service du Docteur Bouchut, ayant eu la veille, pour la 1'° fois une hémotysie, Il se présente en asystolie avec les signes suivants :

1° un gros cœur : pointe dans le VI° espace, ébauche de galop au niveau du III‘ espace intercostal gauche.

2° un pouls faible à 108, régulier. Tension 120/80.

3° des urines contenant un disque moyen d’albumine.

4° des œdèmes des membres inférieurs.

5° une dyspnée vive, une toux fréquente, une expectoration sanglante et aérée, un épanchement pleural droit séro-fibrineux.

6° un gros foie.

7° une température normale,

8° une ébauche de Cheyne-Stokes avec subdélire, des pupilles en myosis ne réagissant pas à la lumière, des réflexes rotuliens abolis.

Le 7 mai 1920 : décès.

AUTOPSIE : un peu d’ascite. 500 gr, de liquide dans la plèvre droite, Rien à gauche.

Cœur énorme : 1.050 gr. avec hypertrophie et dilatation portant aussi bien sur le cœur gauche que sur le cœur droit. Pas d’endocardite ancienne, mais deux ou trois petites végétations minuscules d’endocardite récente au niveau des nodules d’Arantius. Athérome intense sur l’origine de Paorte et dans les nids de pigeon, où existent d’énormes dépôts cal-

caires. Les valvules aortiques, rigides du fait de l’athérome,

ne créaient cependant pas de rétrécissement aortique et

encore moins d'insuffisance. Athérome de la grande valve mitrale avec incrustations calcaires, sans rétrécissement ni insuffisance, Rien à la tricuspide.

Aorte élargie, un peu athéromateuse, mais beaucoup moins que dans la région des valvules aortiques. Pas de plaques gélatiniformes,

Reins : 200 gr. chacun, contiennent de nombreux kystes (1) dont l’un de très grande dimiension. La capsule se détache bien, La surface n’est pas granuleuse, mais présente un certain nombre de dépressions en coup d’ongle, en rhagades. La substance corticale n’est pas diminuée. Il n’y a pas d’infarctus récents.

Poumons : pas de cicatrices tuberculeuses. Quelques adhérences pleurales anciennes du sommet droit. Trois ou quatre infarctus récents de la base droite.

Foie muscade typique, non cirrhotique,

Rate petite, ferme avec petit infractus récent superficiel.

Tube digestif : l'estomac contient environ 250 gr. de liquide sanglant et l’on constate deux ulcérations profondes à bords très nets, l’une sus-pylorique, l’autre sous-pylorique. On trouve encore dans la moitié supérieure de l’estomac,; trois ou quatre ulcérations superficielles et de date très récente.

Rien aux surrénales, ni au corps thyroïde. $

EXAMEN HISTOLOGIQUE

Myocarde : fibres musculaires très grosses, gardant leur

aspect normal. Le tissu interstitiel est peut-être un peu développé, mais surtout imprégné de liquide d’œdème sans sclérose, ni cellules inflammatoires. En un point ou deux cependant, on note une étoile scléreuse envahissant et dissociant les fibres musculaires voisines,

Reins : capillaires très dilatés surtout dans la substance corticale. Pas de néphrite aiguë ou chronique. Sous la capsule, on voit quelques placards de sclérose en forme de coins à base périphérique et dont le sommet plonge dans la substance corticale.

. (1) Voir, page 34, l'interprétation de ces lésions kystiques du rein,

ET

Cette observation de cœur énorme avec reins cardiaques typiques soulève deux questions :

1° celle de l’athérome aortique, qui est ic cocsidérable, mais qui, en l'absence de toute autre lésion, ne peut étre considéré comme responsable de l'hypertrophie du cœur gauche (voir plus loin p. 90), et encore bien moins de celle du cœur droit ;

2 Celle des kystes du rein, mais il n’y a pas de néphrite chronique et nous nous sommes déjà expliqués sur l’importance à attribuer à ces kystes. Peutêtre sont-ils la signature d’une syphilis ancienne ? Cette hypothèse est à envisager (Cf. Paviot et Favre, Note à la Société de Biologie, séance du 11 juin 1923.)

Nous regrettons que le temps d’observation de ce malade ait été si court. Maïs nous pensons que les symptômes observés et les constatations anatomiques sont assez probants pour faire encore de ce cas un

exemple d’hypertrophie primitive du cœur.

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