OBSERVATION VIII
(Docteur BoucuTr. — Externe : M. LEBEUF)
G.…. Jean-Gaspard, 78 ans, casseur de cailloux.
Hypertrophie cardiaque sans lésions valvulaires. Asystolie. Tension normale. .
Aulopsie : cœur de 570 gr., sans lésions, reins et viscères
cardiaques.
Antécédents nuls, marié, femme bien portante, n’ayant pas eu de fausse couche, 3 enfants en bonne santé.
Il s’est toujours bien porté, cependant il s’enrhumait souvent les hivers, toussait et crachait, restait parfois au lit une semaine.
En 1918, à 76 ans, apparition de la dyspnée deffort, mais il put continuer son travail de casseur de cailloux jusqu’à la fin de 1919. Il avait parfois un peu d’œdème transitoire des
jambes,
ZE
En 1920, la dyspnée, des crises d’angoisse nocturne avec sensation de constriction thoracique empêchent le sommeil.
A partir de juin 1920, les œdèmes persistent, la dyspnée est continue, les crises de dyspnée nocturne deviennent fréquentes, les urines sont rares.
Le 6 août 1920, il entre dans le service du Docteur Bouchut, pâle, les lèvres cyanosées, très dyspnéique en orthopnée, présentant les signes suivants :
1° un gros cœur avec pointe dans le VI° espace, souffle systolique intense maximum au niveau du bord gauche du sternum, ne s’entendant ni à la pointe, ni sur les vaisseaux du cou, ni dans l’aisselle, Pas de souffle diastolique. Pouls irrégulier à 80, Tension : 120/75.
2° oligurie avec léger disque d’albumine.
3° aux poumons :.obscurité de la base gauche.
4° œdèmes généralisés (poids : 70 kilos).
5° rythme respiratoire de Cheyne-Stokes.
6° température normale.
7° rien au système nerveux.
Le 16 août: 1920, après L gouttes de digitaline, la diurèse est de 2300 gr., le poids de 64 kilos.
Le 23 août 1920, la diurèse est de 1800 gr. le poids de 62 kilos, sans autre médication toni-cardiaque,
Le 30 août 1920, on doit redonner de la digitaline, car la diurèse est tombée à 1.000. I n’y a pas d’'albuminurie.
Le 7 septembre 1920, diurèse : 3000 gr., poids 66 kilos. On a donné de l’adonis vernalis et de la théobromine après la digitaline, La pointe du cœur est dans le VI° espace, en dehors de la ligne mamelonnaire. Le souffle présternal s’entend toujours, la tension est de 140/90.
Le 20 septembre 1920, la diurèse est de 1600 gr., le poids de 59 kilos 500.
Le 9 octobre 1920, on a dû donner par 2 fois L gouttes de digitaline, pendant ces quinze derniers jours et des diurétiques. Malgré cela, dyspnée et œdèmes persistent, Diurèse : 1200 gr. Disque d’albumine, Cheyne-Stokes. Pouls bigéminé ou trigéminé, le tout s’alliant à un certain degré de tachycardie à 86. [1 s’agit soit d’un rythme couplé extrasystolique, soit d’un block incomplet avec intermittences vraies régulièrement espacées. Râles d’œdèmes aux bases.
Le 13 octobre 1920, pas d'albumine, persistance du même rythme, œdèmes stationnaires, mais diurèse plus abondante : 2000 gr.
Le 15 octobre 1920, le rythme couplé alterne avec un rythme normal à 70. La diurèse augmente et les œdèmes s’atténuent.
Le 18 octobre 1920, le rythme couplé a disparu, le cœur est régulier, le malade va mieux sous l'influence de la caféine et du chloral donnés depuis quatre jours.
Le 27 octobre 1920, diurèse 1800 grammes, pas d’albumine, amélioration, pouls à 80, persistance du souffle, disparition du Cheyne-Stokes, On poursuit la médication caféine-chloral. Tension 150/95.
Le 26 novembre 1920, décès, alors que le malade avait eu L gouttes de digitaline 15 jours avant et L autres gouttes les deux jours précédents.
AUTOPSIE
Pas de liquide dans les plèvres, ni dans le péritoine.
Cœur : 570 grammes, hypertrophié dans son ensemble, mais l’hypertrophie prédomine sur le ventricule gauche, qui paraît globuleux à pointe arrondie. Aucune lésion valvulaire. Tout l’endocarde du ventricule gauche est blanchâtre, mais sur les coupes le muscle sous-jacent paraît intact. Sclérose manifeste de la base du pilier de la grande valve mitrale. Apparence blanchâtre et lardacée des piliers de deuxième ordre ‘situés au niveau de la pointe: à ce niveau, paroi amincie et très scléreuse (infarctus ancien). Rien aux oreillettes. Végétations minuscules au niveau des nodules d’Arantius. :
| Aorte : sensiblement élargie, avec plaques athéromateuses discrètes, sans plaques gélatiniformes.
Reins : 175 gr. et 150 gr. aucun signe de néphrite chronique. Substance corticale normale. Capsule non adhérente. Surface libre présentant seulement quelques dépressions en coup d’ongle, sans infarctus récent.
Foie : 1200 gr., petit, ferme, un peu luisant, d'aspect cardiaque. Périhépatite.
Rate : 320 gr., ferme, avec périsplénite.
Rien aux surrénales, ni au corps thyroïde, ni au tube digestif.
EXAMEN HISTOLOGIQUE
Myocärde : pas d’altérations appréciables soit de la fibre musculaire, soit du tissu interstitiel.
Reins : sous la capsule, quelques rares et très discrets ilots de tissu fibro-conjonctif, de peu d’étendue, sans sclérose glomerulaire, sans lésions artérielles, sans altérations des tubes urinifères,
Foie : cardiaque, non cirrhotique.
Ici encore, nous trouvons un infarctus ancien du myocarde, et un peu de sclérose de la base des piliers de la mitrale, ces lésions ne peuvent pas expliquer
l’'hypertrophie du cœur qui est-primitive. Cette obser-
vation est, er outre, intéressante par l’apparition des signes dits du cerveau cardiaque, qui, d’une façon très nette, ont cédé avec l’amélioration de la force contractile du myocarde. Le Cheyne-Stokes notamment a disparu dans les mêmes conditions.