CHAPITRE Ill
Traitement.
Le pronostic essentiellement sombre de la myocardite hypertrophique laisse-entrevoir le peu d’efficacité des moyens thérapeutiques. Cependant, la connaissance de cette maladie peut permettre au médecin de rendre service aux malades, moins dans les cas à évolution rapide, que dans les cas à évolution plus lente. De plus, un traitement prophylactique peut être envisagé.
Nous connaissons mal la pathogénie et l’étiologie du gros cœur primitif. : il semble bien cependant que certaines infections chroniques, comme la tuberculose ou la syphilis, jouent un rôle important ou, en tous cas, préparent le terrain propice au développement de la maladie. Le traitement rationnel, renouvelé avec des doses médicamenteuses suffisantes, à des intervalles appropriés, est le meilleur moyen de rendre une syphilis inoffensive : les malades spécifiques de nos observations n’ont été traités suffisamment ni les uns
ni les autres. Contre l'infection tuberculeuse chronique, on ne saurait trop recommander l’ablation radicale de tout foyer bacillaire, même enkysté et guéri en apparence. Comme cela a été démontré pour le rein, par MM. Gallavardin et Rebattu, par notre maitre, M. Bouchut et nous-même, il faut supprimer ces foyers générateurs de toxines, capables de produire à la longue de très importantes lésions.
Inutile d’ajouter que l’éthylisme, qui semble avoir, au moins dans un certain nombre de cas, une action favorisante, devra être considéré comme une intoxica-. tion chronique à supprimer.
Mais, en dehors de ces moyens prophylactiques généraux, il serait peut-être possible de déceler précocement l’hypertrophie cardiaque, en l’absence de tout symptôme rénal ou tensionnel : la détermination clinique du volume du cœur nous apparaît comme aussi importante et même, dans certains cas, comme plus importante que la prise de tension artérielle, dont personne n’ignore cependant les précieuses indications. Une hypertrophie cardiaque, même pure, sans aucune manifestation appréciable, doit toujours mettre le médecin en éveil et il sera souvent possible de mettre le sujet dans les meilleures conditions d’hygiène et de repos physique pour diminuer le travail du cœur.
Lorsque le malade est arrivé à l’hyposystolie ou à l’asystolie, il n’y aura pas d’autre traitement à mettre en œuvre que celui de la faiblesse cardiaque : la digitale, à doses fortes, sera donnée, dès que le malade
aura été mis au lit, au régime, dès que ses épanchements auront été évacués et dès qu’une purgation aura été administrée.
Mais parfois la digitale ne suffira pas à améliorer le malade ; son action pourra être continuée par d’autres toni-cardiaques et notamment par l’adonis vernalis (4 gr. de poudre de feuilles en infusion par jour), dont nous avons pu constater les bons effets dans le service de M. le Docteur Bouchut.
La digitale agit, d’ailleurs, surtout sur les troubles du rythme en augmentant la période d’inexcitabilité physiologique du myocarde ; elle n’a pas d’action marquée sur le tonus du cœur. Aussi, divers auteurs, et notamment notre maître, M. le Docteur Bouchut, ont-ils préconisé des médicaments proprement tonicardiaques : l’ouabaïne surtout paraît donner des résultats favorables, malheureusement inconstants. (Communication de MM. Bouchut et Morénas à la Société Médicale des Hôpitaux de Lyon, 1922.) Elle agit surtout en injections intraveineuses répétées pendant huit, dix jours ou même plus, sans que lon ait à craindre l’accumulation. Souvent, l’association avec la théobromine augmentera l'effet thérapeutique. Dans sa thèse sur le bruit de galop, Giroux préconise, dans des cas semblables, la prise par la bouche d’une solution de digitale-ouabaïne, cette dernière à doses
fortes.
Nous ne sommes pas partisans de la méthode de
Mayor, qui consiste à donner chaque jour de minimes doses de digitale, craignant que l'efficacité de ce médi-
cament fasse défaut, le jour où un accident asystolique grave se déclarera, par suite de l’accoutumance de l'organisme. Nous croyons cependant qu’il y a intérêt à redonner des doses fortes de digitale (1 gr. de poudre de feuilles ou L gouttes de solution au 1/1000 de digitaline cristallisée en deux ou trois jours), à des intervalles fixes, par exemple tous les vingt jours ou tous les mois ; il ne faut pas, en effet, attendre un nouvel affaiblissement du myocarde, mais il est bon de donner ainsi ce médicament, en quelque sorte à titre préventif, à intervalles réguliers, par principe. I n'y a que des inconvénients à laisser le cœur accentuer à l'extrême sa faiblesse. Nous connaissons des malades à gros cœur arythmique, qui ont pu, pendant dix ans, mener une existence d’activité réduite, grâce à cette médication méthodique.
Les diurétiques seront souvent un adjuvant puissant de la cure toni-cardiaque : ils réussissent souvent très bien, alors que la digitale a peu d’action. Notre étude du rein cardiaque nous a montré le soulagement que pouvait apporter au malade l’augmentation de la diurèse. La théobromine, la théocine seront surtout employées et souvent avec succès. Il est bon de les donner systématiquement après la digitale ou en même temps que l’ouabaïne.
Mais l'efficacité de ce traitement est bien minime dans la myocardite hypertrophique pure sans arythmie : l’asystolie y est souvent irréductible. On sera
amené à augmenter les doses de digitale : la caféine.
sera souvent utile pour soutenir encore quelque temps le cœur défaillant. Contre la tachycardie, les bro-
mures, la valériane, le chloral pourront être employés. Mais bientôt la morphine apparaîtra comme le seul médicament capable de calmer la dyspnée, l'angoisse, l'agitation du malade. Cette pratique ne paraît pas avoir d’inconvénients et, en tous cas, si l’on craint des phénomènes dépressifs, la caféine sera donnée simultanément.
Nous n'oublierons pas de signaler un traitement local qui procure souvent aux malades un soulagement manifeste: les sangsues ou les ventouses scartfiées précordiales.
Enfin,, puisque nous sommes en présence d’un état infectieux, les antiseptiques généraux pourront trouver leur indication.
Nous ne saurions trop insister sur la nécessité d’un traitement précoce, énergique, régulier, bien conduit, pour prolonger l’existence de ces malades, seule espérance à conserver en présence d’une affection aussi
grave et aussi constamment fatale.
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*e- À ze!