HYSTÉRIE CONVULSIVE
La caractéristique de l’hystérie convulsive, c’est l’attaque.
Prodromes. — L’attaque peut être précédée d’un ensemble de symptômes annonçant à la malade et à son entourage l’approche de la crise. Quelquefois ces prodromes manquent et les phénomènes de l’aura éclatent brusquement.
Quand ils existent, celte phase prémonitoire se caractérise comme il suit. L’enfant se retire dans un coin, l’air farouche, les sourcils froncés, refusant de continuer ses jeux ; il ne répond plus aux questions qu’on lui pose ; le regard est vague, le petit malade prononce quelquefois des mots sans suite. « 11 médite sa crise. »
Chez d’autres, c’est un accès de colère sans motif, des cris, des pleurs qui vont ouvrir la scène. Chez certains, ce sera le débordement d’une joie folle, intempestive, des éclats de rire nerveux, se prolongeant malgré les questions, la sévérité de l’entourage même ; puis au milieu de ces
phénomènes anormaux, de tristesse sombre, de fureur ou de joie folle, brusquement apparaissent les phénomènes caractéristiques de l'aura. L’attaque commence.
Aura. — L’aura consiste en un sentiment de malaise presque toujours accompagné d’une sensation de constriction, d'étreinte, laquelle selon qu’elle débute en telle ou telle partie du corps, a fait donner à l’aura les noms divers d’aura céphalique, épigastrique, ovarienne, testiculaire etc. Disons qu’il faudrait pour être complet décrire autant d’aura que de malades, car la région d’où part l’aura varie souveut avec chaque malade. Chez A. M.... laura part des orteils pour remonter jusqu’au ventre ; chez Angèle H..., c’est par des pleurs, des cris, une agitation extraordinaire qu’elle s’annonce. Albert P..., voit des couleurs brillantes traverser son champ visuel: ce sont des boules noires, bleues, rouges, semblables à des pièces d'artifice. Chez R..., c’est une sensation de pesanteur sur le creux épigastrique. Chez une malade de Saintes, observée par Bouyer, l’aura fait complètement défaut et l’attaque commence brusquement. Chez le jeune X..., c’est par une douleur dans le pli de l’aîne gauche (le jeune garçon est monorchite gauche) que l’aura se fait sentir ; puis c’est une sensation d’étreinte dans le creux épigastrique, des battements dans les tempes, une obnubilation de la vue et enfin l’attaque.
On voit par ces exemples que chez l’enfant comme chez l’adulte, l’aura varie beaucoup avec chaque sujet ; cependant, il est d’usage de la dénommer par les régions où elle débute et nous allons décrire les plus fréquentes.
Aura céphalique. — C’est celle qui se sépare le plus
nettement des autres, non pas seulement par son siège spécial, mais par son ensemble symptomatique. Le malade entend des bruits divers dans l’une ou l'autre oreille,.dans les deux quelquefois. Ce sont tantôt des sifflements aigus, tantôt des bourdonnements sourds. En même temps, les tempes battent avec violence ; il semble au malade qu’il reçoive des coups de marteau ; une douleur d’une acuité extraordinaire, lancinante, pongitive, s’établit sur le sommet de la tête. 11 semble qu’un clou soit enfoncé sur le vertex (clou hystérique'). D’autres fois, toute la tête paraît comme serrée, écrasée dans un étau. Des troubles visuels s’ajoutent à ces symptômes douloureux. C’est tantôt une obnubilation presque complète de la vue, tantôt la perception de couleurs brillantes traversant le champ visuel à la façon de pièces d’artifice. Quelquefois, c’est une sensation de vertige ; les objets se déplacent tantôt dans le sens horizontal, tantôt dans le sens vertical, le plus souvent circulairement.
Aura épigastrique. — Une douleur très vive, le plus souvent constrictive, éclate dans la région de l’épigastre. Les enfants la comparent à un poids qu'on leur aurait posé là ; puis, le plus souvent, au bout de quelques secondes une sensation nouvelle apparaît. 11 semble qu’une boule énorme (boule hystérique) remonte péniblement de l’épigastre à la gorge, écrasant, oppressant, pour se faire place, les organes voisins qu’elle rencontre sur son passage. Arrivée à la gorgb, elle paraît encore augmenter de volume, et une sensation nouvelle lait place à la première : c’est maintenant une sorte de strangulation, comme si des doigts de fer resserraient la gorge dans une horrible étreinte. En
vain, l’enfant précipite les mouvements de déglutition, espérant éloigner, faire descendre ce poids affreux qui l’étouffe ; en vain, de ses mains il arrache les vêtements qui lui entourent le cou, espérant se libérer et donner accès à un peu d’air, l’obstacle est toujours là, le petit malade lutte en vain ; de ses ongles, il se déchire la peau du cou et de la poitrine, bientôt il perd connaissance et l’attaque commence.
Aura ovarienne. — C’est encore comme dans 1 aura .épigastrique une douleur vive limitée au flanc droit ou gauche 0 , selon les sujets. Dans la majorité cependant, c’est le flanc gauche qui est le siège de la douleur.
C’est l’ovaire qui est douloureux, ceci a été mis hors de doute par de nombreuses expériences dues à M. le professeur Charcot. Sur une malade en état de grossesse et chez laquelle, en tout temps, la région ovarique était douloureuse, à la pression, on vit ce point douloureux remonter avec l’utérus et ses annexes, dans le cours de la grossesse et redescendre après l’accouchement, pour reprendre sa première position. Du reste, c’est un fait aujourd’hui acquis que l’ovaire et l’ovaire seul est en cause. Nous n’insistons pas.
Cette douleur s’exaspère par le toucher, par le simple frôlement : aussi les malades acquièrent-elles vite une prestesse remarquable à se protéger. Elles sont repliées sur ellesmêmes, se présentant de trois quarts, les bras défendant le point douloureux. En effet, si le simple frôlement exaspère la douleur, la pression sur l’ovaire à ce*moment détermine toujours l’attaque. Quelquefois, la sensation de la boule hystérique partant de l’ovaire douloureux et remontant vers la gorge se joint aux symptômes précédents. Quelques phé-
nomènes céphaliques peuvent s’y joindre également.
Aura testiculaire. — Chez le jeune garçon, l’analogue de l’aura ovarique est l’aura testiculaire. Elle consiste en une douleur partant du testicule ou de l’épididyme, s’irradiant le long du cordon et s’exaspérant par la pression. Si l’un des testicules n’est pas descendu et que ce soit lui qui soit le siège de la douleur, celle-ci se fera sentir dans la région du pli de l’aîne, comme dans le cas du jeune X..., mais c’est toujours, dans ces cas, le testicule qu’il faut incriminer.
Disons à ce propos que certains jeunes garçons ressentent au début de leurs attaques, des douleurs vives dans la région qui, chez la petite tille correspond à l’ovaire. Cette variété d’aura est, chez le jeune garçon, presque aussi fréquente que l’aura testiculaire.
Quoi qu’il en soit du siège de cette douleur avant-coureur de l’attaque, elle disparaît après une durée qui excède rarement quelques minutes et l’attaque commence.
ATTAQUE. — Elle peut revêtir deux caractères différents et c’est pour cela qu’on en a fait deux divisions : l'attaque de petite hystérie ou hysterio minor, l'attaque de grande hystérie, d'hystéro-épilepsie, ainsi que l’a dénommée M. le professeur Charcot.
Ce terme d'hystéro-épilepsie n’indique nullement qu’à côté de l’hystérie, et concuremment avec elle évolue une autre névrose, l’épilepsie. C’est un mot qui sert à exprimer que l'hystérie dans ces cas revêt à certains moments de l’attaque des apparences épileptiques, mais l’épilepsie, en temps que maladie distincte, n'existe pas.
Ce n’est pas à dire que chez certains malades on ne
poisse ma'heureuseraent observer les deux névroses marchant de pair et se remplaçant l’une l’autre. Dans ces cas, on a coutume d’ajouter au mot hystéro-épilepsie le qualificatif. à crises séparées, pour bien indiquer la scission qui existe entre les deux maladies.
Mais ces distinctions sont maintenant acceptées partout et tous les neuro-pathologistes s’entendent parfaitement sur la valeur de ces termes : hystéria minor, hystéro-épilepsie, hystéro-épilepsie à crises séparées.
De l’attaque de petite hystérie à l'attaque d’hystéroépilepsie il n’y a qu’une question de degré : la première ne se compose le plus souvent que de l’une ou l’autre des phases de la seconde, les autres périodes étant à peine ébauchées, restant dans l’ombre ou disparaissant même complètement. Nous allons donc décrire l’attaque complète d’hystéro-épilepsie ; cette description comprendra du même coup celle de l’bysléria minor qui n’en est qu’un chapitre choisi à telle ou telle phase de la grande attaque suivant le sujet.
L’aura vient de se terminer; brusquement 1 attaque éclate, débutant par une première période, la période épileptoïde.
Période épileptoïde. — On se croirait, dans celte période, en présence d’un sujet épileptique ; et dans les périodes qui vont suivre, le diagnostic, à la vue de l’attaque seule, pourrait offrir les plus grandes difficultés ; comme dans le mal comitial, elle parcourt trois étapes, trois phases bien nettes. Il suffit pour s’en convaincre de lire l’observation qui a rapport au jeune Lam....
Première phase. — Phase tonique. Les membres se
raidissent le plus souvent dans l’extension ; ils exécutent de grands mouvements de circumduction, mais toujours avec lenteur ; en même temps, les yeux sont convulsés en haut.
La face est congestionnée, le cou offre un gonflement caractéristique, car jamais ce gonflement n’arrive au même degré dans l’attaque d’épilepsie ; un.peu d’écume apparaît aux lèvres, la respiration paraît suspendue comme dans l’effort. Le tronc peut participer aux mouvements et on voit alors le petit malade tourner lentement sur lui-même de gauche à droite en se tétanisant, ou seulement la moitié supérieure du corps se soulever au-dessus du lit. Les dents, serrées les unes contre les autres, font quelquefois entendre un bruit de grincement. La perte de connaissance est le plus souvent absolue.
Deuxième phase. Phase clonique. — Sans transition, les membres sont agités tout à coup de secousses à petites oscillations, se reproduisant à intervalles réguliers, se localisant à un bras, à une jambe, ou s’étendant aux deux membres supérieurs, ou aux deux membres inférieurs, ou encore, envahissant les quatre membres et le tronc. La face peut participer à ces secousses ; les commissures labiales sont tirées à gauche et à droite, les muscles moteurs des ailes du nez sont animés de Contractions semblables ; les paupières battent, la langue tirée hors de la bouche, va d’une commissure à l’autre. L’aspect de la physionomie à cette période est hideux.
La respiration semble, elle aussi, se faire par secousses ; l’air passe en sifflant à travers les lèvres, sans cesse en mouvement.
Peugnicï 8
Si pendant cette phase, on essaie d’imprimer un mouvement à un membre, on s’aperçoit que ceux-ci sont raides, résistant à l’extension, s’ils sont fléchis ; ne se laissant pas mettre en flexion, si au contraire, ils sont étendus.
Troisième phase. Phase de résolution. — Tout à coup une inspiration bruyante a lieu, la congestion du visage disparaît, une troisième phase commence. La petite malade reste étendue ayant l’air de dormir, les membres ont retrouvé leur souplesse. Quelquefois cependant, une ou deux contractures subsistent, mais d’une façon générale, l’attitude de l’enfant est celle du repos. Le visage est calme, les yeux le plus souvent clos, les paupières immobiles.
Mais ce n’est là qu’un calme apparent et bientôt une période nouvelle de l’attaque commence, la période des grands mouvements.
Avant de l’étudier, nous plaçons ici une observation d’enfant hystérique chez lequel la prédominence de la période épileptoïde est très manifeste ; on pourra ainsi contrôler la vérité de la description que nous donnons plus haut.
Observation IV
Hystérie chez une enfant de doute ans. Vertiges épileptoïdes.
Augustine-Henriette G... douze ans, se présente à la consultation externe de la Salpêtrière, le 13 janvier 1880.
A l’âge de neuf ans, la malade aurait eu un premier étourdissement à la suite duquel elle serait tombée par terre. Depuis cette époque jusqu’en juin 1879, elle n aurait plus eu d attaque.i.
Au mois de juin 1879, réapparition des vertiges pendant quelques jours, puis la santé redevient bonne jusqu’à la fin d’août. A partir de cette époque, les vertiges se sont reproduits et sont allés en augmentant de nombre malgré des traitements variés.
Les attaques de vertige sont caractérisées de la façon suivante :
La malade est prise avant son accès de la sensation d’une boule montant à la gorge ; le vertige arrive alors : elle devient très rouge, puis est prise d’un accès d’hilarité. £lle ne tombe pas, n’a pas de convulsions. L’accès terminé, la malade pâlit.
Le nombre des attaques est monté jusqu’à quatorze par jour. Le 12 janvier, elle n'en a eu que six.
La malade a été traitée par le bromure de potassium pendant deux mois (octobre et novembre). Pas d’amélioration.
Un deuxième traitement au vin de Colombo et aux pilules d’opium n’amena qu’une amélioration très peu sensible (26 décembre 4879 au 12 janvier 1880).
Uu troisième traitement est institué le 13 janvier.
Oxyde de zinc.0 gr. 05.
Extrait de valériane.q. s.
Pour I pilule F. S. A. 100 pilules.
Première semaine, 1 pilule avant chaque repas.
Deuxième semaine, 2 pilules avant chaque repas.
16 février 1880. — On a remarqué, quand elle a ce qu’on appelle ses vertiges, qu’elle commence à rire, puis la face rougit, elle fait remuer ses bras, surtout le droit et tombe à la renverse. Les attaques sont beaucoup plus fortes la nuit que le jour. On assure qu’elle se mord souvent la langue dans ces attaques. Quelquefois elle urine au lit. La nuit, les yeux ouverts, elle voit des voleurs, des fantômes.
Aujourd’hui, on constate un peu d’analgésie à droite, et un peu de thermo-anesthésie du même côté. La main droite est un peu moins forte que la gauche.
Pas d’achromatopsie.
Quand on lui demande où elle souffre, elle montre la région ova-
rienne droite; douleur se propageant dans les reins; il existe de» flueurs blanches en très faible quantité.
Quand les attaques doivent venir, la malade est avertie; elle a la sensation d’une boule remontant de l’épigastre à la gorge.
Après ses attaques, jamais elle ne pleure. De plus, elle a, d.t-on, une certaine difficulté à uriner.
16 mars — Malgré la morsure de la langue et les émissions involontaires d’urine, on avait hésité dans le diagnostic, se fondant surtout sur l’insuffisance absolue du bromure de potassium à dose elevee et aussi sur le faciès du sujet. Enfin, ce diagnostic a paru assure le jour (16 février 1880) où l'on a reconnu la douleur ovarienne et constaté l’existence de l’aura.
Aujourd’hui, elle se plaint d’une douleur ovarienne gauche, i 20 kilog. à gauche.
Force dynamomérique | , adroite.
Sensibilité normale.
Au mois d’avril, la malade n'a pas eu d’accès depuis le 2 mars. Elle a beaucoup grandi. , . , ,
Continuation du traitement : pilules d'otjde de a».
raP Un mois plus tard, la malade n'avait pas en de nouvelles crises; elle avait grandi d’au moins la moitié de la tête (1).
Période des contorsions et des grands mouvements. — La deuxième période de l’attaque d’hystéro-épylepsie a été appelée période des contorsions et des grands mouvements. Dans cette période, le petit malade que la dernière phase de la période épileptoïde avait laissé calme, saute brusquement au-dessus du plan du lit. Les jambes se replient légèrement sous les cuisses, le tronc prend un point d’appui, sur les avant-bras fléchis sur les bras, les poings