Richer. Loc. cit., p
appuyés sur le matelas; puis les quatre membres, par une détente brusque, se raidissent violemment dans un mouvement d’extension, projetant le corps à plusieurs centimètres au-dessus du lit. Le petit malade retombe pour recommencer aussitôt la même manœuvre.
Au lieu de ces bonds que nous venons de décrire, on peut observer les mouvements de salutation. Les jambes alors ne quittent pas le plan du lit, mais le malade après avoir fléchi le tronc de manière à ce que la tête vienne presque toucher les genoux, se redresse brusquement dans l’extension. La tête se rejette violemment en arrière, frappant l’oreiller avec force : puis le même mouvement se reproduit aussitôt et cela un grand nombre de fois de suite.
Tout à coup, le malade se dresse sut son lit, les pointes des pieds et la tête reposant seuls. C’est l’arc de cercle. Tout le corps est replié en un arc dont la concavité regarde le plan du lit. Le ventre est proéminent. Entre le sacrum et le lit existe souvent un espace assez considérable. Quelquefois le malade prend la même position, seulement dans un plan différent : il est couché sur le lit, le côté droit ou le côté gauche reposant sur le matelas et tout le corps tétanisé dans la situation de l’arc de cercle. D’autres fois, c’est le ventre seul qui pose, les pieds et la tête regardant en l’air. L’arc de cercle a dans ce cas sa concavité tournée en haut.
Voilà les mouvements que l’on pourrait appeler € classiques >, qui carectérisent celte période. C’est qu’en effet ce sont eux que l’on rencontre le plus souvent et chez le plus grand nombre de malades. L’arc de cercle, entre autres, est un signe excellent de diagnostic pour les alta-
ques. On ne le rencontre avec ces caractères dans aucune autre affection convulsive. Mais on peut observer d’autres contorsions, d’autres grands mouvements. Quelquefois, le malade jette les bras et les jambes de côté et d autre, se précipite de son lit, roule sur le sol se déballant dans les convulsions les plus désordonnées.
Presque toujours pendant cette période, l’enfant pousse des cris aigus en se débattant, mais il ne parle pas.
Voici quelques observations dans lesquelles la phase des grands mouvements est très nette et qui achèveront de compléter cette description.
Observation V
Attaque convulsive. - Début par des pleurs et de l'agitation. — Grands mouvements rhyihmès des bras et des jambes. Arc de cercle. — Hallucinations.
Angèle H...., neuf ans, se présente à la consultation externe le 29 octobre 1881.
Agée de neuf ans. Boiteuse de la jambe droite. La claudication paraît avoir son origine et son siège dans l’articulation de la hanche, car la fesse est contractée et atrophiée. Pour marcher, elle se hanche du côté droit, et l’omoplate droite est manifestement plus saillante que la gauche.
Le grand père de la malade boitait comme elle. II est resté un an dans un asile d’aliénés et est mort à la suite d’un accès de délirium tremens.
La grand’mère avait fréquemment des migraines. La tante également.
La mère est atteinte d’hystéro-épilepsie depuis deux ans ; a été traitée par l’électricité statique.
La malade est d’un caractère nerveux.
La première attaque a été caractérisée surtout par des mouvements de colère. La malade arracha brusquement son peigne de ses cheveux, le jeta à terre ainsi que l’ouvrage au crochet auquel elle travaillait: cette crise se termina par des pleurs.
Quelques jours après, à la suite d’une contrariété, éclataient de nouvelles attaques, caractérisées ainsi qu’il suit.
La malade commence à pleurer, elle s’agite, crie et cela pendant quelquefois une heure.
Puis surviennent des secousses des bras d’une rapidité extraordinaire autour de la tête, comme si la malade cherchait à chasser quelque chose qui l’importunerait. A ces mouvements des bras se joignent bientôt des secousses semblables dans les jambes qui repoussent les couvertures du lit et battent l’air et le parquet ou le matelas avec rapidité.
Bientôt, ces mouvements se généralisent, la malade se roule sur le lit et se place en arc de cercle, les jambes et la tête seules portant. Quelquefois, c’est le ventre qui porte sur le lit, les jambes et la tête étant fortement redressées.
Survient enfin, une dernière période dans laquelle la malade marche vers un obstacle imaginaire et frappe les personnes qui veulent la recoucher.
La crise finie, la malade n’en garde aucun souvenir, demande d’où vient le désordre de son lit et s’endort bientôt d’un sommeil paisible.
Il n’existe pas chez cette malade de troubles de la sensibilité ; champ visuel normal. Pas de point ovarique (1).
Observation VI
Hystérie convulsive chez une enfant de douze ans. — Attaque de clownisme. — Bâillements. — Point hystérogène épigastrique arrêtant l'attaque.
Au milieu d’une conversation animée, d’un amusement, livrée à un 1. Richer. Loc. cit. p. 371.
travail, ou même immobile spectatrice de ce qui passe autour d’elle, cette jeune fille, âgée de douze ans, commence à bailler : son aspect prend une teinte particulière : elle soupire, chancelle, perd ses forces, ne sait plus ce qu’elle veut, ce qu’elle fait, accuse des douleurs aux jambes, à la nuque, enfin à l’épigastre; agite son bras droit sur sa tête comme un postillon faisant claquer son fouet. Elle déliré, et si elle a mangé depuis peu, il lui survient des nausées, des vomissements de mucosités d’abord, ensuite de matière plus ou moins digérées. Elle vacille, tombe, s’assoupit et cherche a se relever, puis retombe encore et s’assoupit de nouveau, tend ses membres qui deviennent d’une raideur tétanique, grince des dents, pousse un soupir et se lève avec vivacité, s’agite en tous sens; ses forces et sa dextenle deviennent prodigieuses en s’agitant. Elle court, s’élance, bondit, saute, monte, grimpe, descend avec une surprenante adresse, une étonnante agilité : elle danse sur une table, sur un bâton placé transversalement, sur le dossier d’une chaise, sur les épaules, sur la tête d’un homme, et ne perd presque jamais l’équilibre. Le pouls bat 130, son œil est fixe le regard farouche, la pupille dilatée. Elle ne connaît personne, n’entend plus rien. Elle voit, mais n’observe pas ; elle est insensible aux piqûres, au feu même; elle frappe, se heurte et ne se plaint pas. Elle a souvent soif et crie « à boire, sœur . elle saisit la coupe, boit d’une manière convulsive, et semblable à l’hydrophobe, elle rejette cette coupe avec horreur. Elle se repose quelques minutes et recommence : puis elle caresse, rit, se mord et recommence encore.
Quelquefois, elle se jette à terre, frappe alternativement des bras et des jambes, son corps s’arque tantôt devant, tantôt derrière; d’autres fois, les mouvements ne se font que d’un côte, 1 autre semblant paralysé. Le mal cède graduellement, elle tombe affaiblie, mais ne sue pas, malgré ce travail et l’extrême chaleur de letable; elle soupire, étend les bras, demande h boire, à se coucher. Son sommeil est troublé par intervalles, il lui semble, dit-elle t avoir au gosier un corps qu’elle ne peut avaler », elle est agitée par des soubresauts, des mouvements convulsifs qui se calment, et après une heure tout est fini. Le pouls bat 120; à son réveil, elle éprouve un
peu de fatigue qui disparaît bientôt pour faire place à la parfaite tranquillité de ses sens. Les attaques sont irrégulières : tantôt deux fois par jour, tantôt une, et c’est l’ordinaire, quelquefois les accès nereviennent que tous les jours ; d’autres fois, ils laissent un intervalle de huit jours, sans que rien puisse expliquer ces irrégularités. La durée moyenne des accès est d’une heure, mais, ce qui m’a le plus surpris, c’est de pouvoir lui faire venir l’attaque et de pouvoir la lui faire disparaître à volonté. De légères frictions sur l’épigastre, pendant deux ou trois minutes suffisaient pour l’endormir pendant deux ou trois autres minutes, et tout se suivait comme il a été dit. Les mêmes frictions, exercées pendant trois ou quatre minutes la lui faisaient cesser; alors ce que j’appellerai sa convalescence , était plus pénible, plus longue. Elle se portait bien, mangeait de bon appétit et ne se plaignait que d’une douleur légère à la nuque suivie de rots qui la soulageaient (Motlard, Gaz. méd. de Paris, année 1836, p. 672) (I).
Observation VII
Hystérie convulsoire chez une enfant de treize ans. Attaque de clownisme
A. M..., jeune personne de treize ans, de forte constitution et ordinairement bien portante, fut prise, le 10 juin 1836, de quelques accidents nerveux analogues aux symptômes de la danse de Saint- Guy. Deux semaines auparavant, elle avait un peu de constipation et se plaignait de céphalalgie frontale. Les accidents nerveux débutaient soudainement, commençant par une aura qui remontait des orteils jusqu’à l’abdomen : il y avait un, deux ou trois spasmes de hoquet, puis un balancement latéral de la tête et du cou ; dans c ■ premier temps, le corps était penché, la partie antérieure des cuisses relevées vers l’abdomen, le front incliné sur la face postérieure de l’avantbras droit, qui était maintenu au poignet par la main gauche. Après