‹ De l'Hystérie chez les enfantsChapitre 18 sur 34 · Richer Loc. ci-t p · texte numérisé non relu

Richer Loc. ci-t p

Avant l’attaque se montre l’aura hystérique, consistant en douleur au pli de l’aîne gauche (le petit malade est monnorchide droit, le testicule gauche est encore dans le canal inguinal), épigastralgie, constriclion à la gorge, sifflements dans les oreilles, obnubilation de la vue, battemenis dans la tête, puis perte de connaissance.

1° La période qui suit cet état est caractérisée par de la raideur du corps, de la face, de la fixité du regard : les pupilles sont dilatées, les conjonctives hyperhémiées.

Ensuite apparaissent des mouvements rapides et grimaçants de la face, les oscillations des membres supérieurs et inférieurs gagnent tout le corps.

Ces mouvements classiques sont suivis de la résolution et du relâchement des muscles.

2* Après une à deux minutes de calme, le petit malade grimace, contourne ses membres, crispe ses doigts; puis il s’agite, jette les jambes à droite et à gauche, projette fortement son corps en avant, le recourbe en arc de cercle, ou bien, si on le laisse dans le jardin, il court à droite et à gauche en faisant des cercles concentriques et en poussant des cris stridents et prolongés. Ces contorsions suivies de grands mouvements ne tardent pas à disparaître.

3° Les attitudes passionnelles se montrent. Tantôt ce sont des poses comme pour lutter ou se défendre ; tantôt c’est celle d’un prédicateur ; mais elles durent à peine et la période de délire et des hallucinations commence.

4° Le petit malade ne voit pas d’animaux, mais il entend des bruits de pas, et voit des soldats jouant de la musique. D’autres fois, ce sont les tambours qui battent aux champs. Mais le délire s’accentue, le jeune X.... se met à prêcher, à pérorer. Puis tout rentre dans l’ordre, et le malade n’a plus qu’un vague souvenir de ce qui vient de se passer (1).

Quatrième période : Délire. — La dernière période commence. La connaissance revient peu à peu au petit ma-

t. Richer. hoc. cit., p. 435.

iade. Il commence à ouvrir les yeux, à regarder les objets qui l’environnent, à reconnaître les personnes qui l'entourent.

Mais il n’est pas encore dans son état normal. En effet, on constate bientôt qu’il suit une idée fixe ou qu’il prononce des paroles sans suite. Il délire. Ce délire peut encore, comme dans la période précédente se rattacher à une circonstance grave ayant produit une impression Vive dans la vie du malade. Il roule souvent sur le même sujet chez le même enfant, avec quelques variantes, bien entendu pour chaque attaque ; mais le plus souvent, le fond reste le même. Quelquefois gai, il est le plus souvent l’expression d’un sentiment de crainte et d effroi. Peu à peu il s’atténue ; l’enfant rentre de plus en plus dans la vie réelle : et au bout d’un quart d’heure d’une demi-heure, souvent beaucoup plus tôt, très rarement plus tard, le calme est complètement revenu, l’orage définitivement calmé.

Voici une observation qui donnera une idée de ce délire qui survient dans la dernière période de l’attaque de grande hystérie infantile.

Observation X

Attaques convulsives. — Crises de délire. — Influence d’une vive émotion sur l’adjonction d’une plase délirante aux crises d’abord uniquement convulsives.

R..., 13 ans. Entrée le 5 janvier 1883 service de M. Charcot, salle Duchenne (de Boulogne).

Fille de père et mère nerveux, cette jeune malade seplaint depuis

six mois de douleurs « dans le ventre » et a des attaques qu’on dit être des attaques de « folie. » La mère, en effet, nous raconte ce qui suit au sujet des attaques en question. Ces attaques se sont montrées il y a six mois ; la malade en avait eu déjà plusieurs, lorsqu’elle fut un jour effrayée par la vue d’un chien. Depuis ce moment, serait survenue une modification dans la physionomie des attaques, qui auraient été dès lors accompagnées de cris et d’hallucinations. Ces attaques reviendraient avec une certaine périodicité vers dix heures du soir. Depuis quelque temps, elles revêtiraient la forme de véritables attaques de folie. A différents reprises, la malade se serait armée d’un couteau et aurait cherché à blesser les personnes qui l’entouraient.

Etat actuel. — janvier 1883. — L’examen de la malade nous démontre ce qui suit: 1° Il existe un point douloureux, le point ovarique gauche ; 2° il n’y a pas d’hémianesthésie proprement dite, mais on constate que le froid est moins bien senti du côté gauche que du côté droit; 3° la sensibilité spéciale est affectée légèrement et d’une façon assez irrégulière ; l’ouïe est très diminuée des deux côtés ; il existe un rétrécissement du champ visuel, prononcé surtout à droite.

Depuis son entrée à l’hôpital, la malade a eu plusieurs attaques, et voici comment celles-ci se caractérisent.

L’aura consiste dans une sensation de pesanteur au niveau du creux épigastrique qui va remontant vers le cou (boule hystérique) ; en même temps il y a des battements dans les deux tempes.

Puis la malade se raidit, et cette phase épileptoïde est de 'courte durée et inconstante.

La phase des contorsions succède à la précédente. Elle est assez prolongée, consiste dans des mouvements irréguliers ; la malade mord son traversin, déchire ses draps. Elle ne se met pas en arc de cercle ni dans la situation du crucifiement.

Après les contorsions apparaît le délire. La malade voit un chien qui veut la mordre. Elle crie : « Maman, j’ai peur; chasse-le,chassele ! » en même temps elle dissimule sa tête sous ses oreillers comme pour échapper au chien qui l’effraye.

Depuis que la malade est dans le service, nous n’avons pas cons-

talé ce délire d’action donl la mère nous avait parlé ; mais cela tient vraisemblablement à ce que la malade est retenue par la camisole et n’a pas sous la main les objets, couteaux et autres dont elle paraît s’être servie chez elle pour dramatiser son délire.

Les attaques, chez cette malade, ont toujours été isolées ; nous ne les avons jamais vues survenir en série (1).

Nous venons de décrite une attaque de grande hystérie infantile dans ce quelle a de plus complet. Maisles choses ne se présentent pas toujours ainsi et on peut être appelé à constater des attaques qui, au premier abord, diffèrent notablement de la description que nous venons de donner.

Cette dissemblance apparente provient de ce que sou- •vent, une des périodes de l’attaque apparaît seule, prenant alors un développement exagéré et laissant les autres dans l’ombre; quelquefois même, celles-ci n’existent pas. C est ce qui arrive pour la petite fille qui faille sujet del’Obs. I et chez laquelle la période épileptoïde était seule. Ce sont les cas les plus difficiles à demèler ; car pour les autres, aucune affection convulsive ne ressemble aux grands mouvements et à l’arc de cercle de la 2™ période ni aux attitudes passionnelles de la 3 m ‘.

Quautau délire, il apparaît rarement seul : cependant voter une observation dans laquelle il tient une si large part qu’on peut le considérer comme constituant à lui seul l’attaque.

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