‹ De l'Hystérie chez les enfantsChapitre 19 sur 34 · Richer, loc. cit. p · texte numérisé non relu

Richer, loc. cit. p

Observation XI

Attaques convuliives avec idées de possession et de multiplicité de la personalité chez un enfant

Marguerite B..., âgée de onze ans, d’un caractère un peu violent, mais ayant des sentiments chrétiens et pieux, fut prise le 19 janvier 4829, sans avoir eu aucun malaise, d’attaques convulsives qui se répétèrent pendant deux jours, avec de rares et courtes interruptions. Tant que les convulsions duraient, l’enfant était sans connaissance, elle roulait ses yeux, faisait des grimaces et exécutait avec ses bras toutes sortes de mouvements bizarres. Le 21 janvier elle fit entendre à plusieurs reprises autour d’elle une voix qui disait : c On prie pour toi! » Aussitôt l’enfant revint à elle; elle était fatiguée, épuisée, mais elle ne savait rien de ce qui s’était passé, et disait seulement qu’elle avait rêvé. Le 22 janvier, une autre voix basse, qui différait manifestement de la première, commença à se faire entendre aussi. Cette voix parlait presque sans discontinuer, tant que la crise durait, c’est-à-dire une demi-heure, une heure et plus ; elle n’était que parfois interrompue par la première qui répétait toujours : « On prie bien pour toi ! « Evidemment, cette voix voulait représenter une personne differente de celle de la malade et s’en distinguait exactement en se rendant objective et en parlant de la malade à la troisième personne. Dans ce que disait cette voix, il n’y avait pas de confusion, ni d’incohérence; elle parlait avec une conséquence rigoureuse, répondant d'une manière logique à toutes les questions ou les rejetant avec un air moqueur.

Mais ce qui faisait la différence principale de ces discours, c’était leur caractère moral ou plutôt immoral ; ils exprimaient la vanité, l’arrogance, la raillerie ou la haine contre la vérité, contre Dieu et le Christ. — « Je suis le fils de Dieu, le sauveur du monde, tu dois m’adorer. » Voilà ce disait d’abord cette voix, puis elle le répéta souvent : moqueries contre les choses saintes, contre Dieu, le Christ et la Bible ; indignation violente contre ceux qui aiment le bien ;

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malédictions les plus abominables, une foreur excessive, mille fois répétée et une rage affreuse en apercevant quelqu’un occupé à prier ou même joignant simplement les mains. On pouvait considérer tout cela comme les symptômes d’une influence étrangère, bien que cette voix n’ait pas trahi elle-même le nom de celui qui tenait tous ces discours, en se nommant un diable, comme cela arrive souvent. Dès que ce démon se faisait entendre, les traits de la jeune fille s’altéraient immédiatement d’une manière surprenante, et elle avait alors chaque fois un aspect diabolique, dont on peut se faire une idee en lisant dans la Messiade le tableau du diable offrant une pierre a

Jésus. , ,,,

Le 26 janvier, à onze heures du matin, c’est-à-dire à 1 heure, ou d’après son dire, un ange lui avait annoncé, plusieurs jours auparavant qu’elle serait délivrée, tous ces phénomènes cessèrent. La dernière’ chose qu’on entendit, ce fut une voix sortant de la bouche de la malade et qui disait : « Ya-t-en, esprit immonde, retire-toi de cette enfant. »

Le 31 janvier, le même état se reproduit avec les memes symptômes. Mais peu à peu de nouvelles voix s’ajoutèrent à la première, jusqu’à ce que la malade en comptât six, différant entre elles, soit par le timbre, soit par le langage, soit enfin par leurs discours, dont chacune représentait la voix d’une personne distincte, et était annoncée comme telle à la malade par la première voix qu’elle avait si souvent entendue. La violence delà rage, des malédictions, des blasphèmes et des reproches que lui adressaient ces voix atteignit, dans cette période de la maladie, le degré le plus élevé, et les intervalles de lucidité dans lesquels, du reste, la jeune fille ne gardait aucun souvenir de ce qui s’était passé pendant le paroxysme (elle priait alors et lisait avec ferveur), ces intervalles, dis-je, furent plus rares et plus courts. Le 9 février, qui, comme le 31 janvier, avait été annoncé à la malade comme un jour de délivrance, mit fin à cet état misérable, et, comme la première fois, ce fut à 11 heures du matin, après que la voix eut annoncé à plusieurs reprises son départ, qu’on entendit sortir de la bouche de la malade ces mots : « Ya-t-en, esprit immonde, re-

tire-toi de celte enfant ; ton règne est fini maintenant. » La jeune fille revint à elle, et depuis lors, elle n’a pas eu de rechute ( Kermer, Geschichten Besemner. Stuttgard, 1834 (1).

Quelquefois, on voit se mêler aux attaques des phénomènes de léthargie, de catalepsie ou de somnambulisme comme cela a été décrit chez les adultes.

Ainsi, au milieu d’une attaque, on voit quelquefois le petit malade tomber comme frappé de mort et rester immobile pendant des heures entières. D’autres fois, c’est à la fin de l’attaque que l’enfant semble s'endormir d’un sommeil réparateur ; mais le reveil se fait attendre et on a beau le secouer, le sujet reste plongé dans le sommeil : on se trouve en face d’une attaque de léthargie qui est venue compliquer l’attaquer d’hystérie. D’autres fois, la léthargie survient d’emblée, constituant à elle seule l’attaque. Voici quelques exemples de ce genre.

Observation XII

Accès de suffocation avec palpitations. — Hoquet continuels durant deux ou trois heures et revenant à diverses reprises. — Crises convulsives très violentes présentant tous les caractères de la grande attaque hystérique. — Attaque de léthargie avec mort apparente ayant duré une heure. Sur une attaque d’hystérie portée au plus haut degré, recueillie par le citoyen Severin-Marestant, médecin de l'école de Paris (2).

Clémentine F.... née à Paris, âgée de treize ans, cheveux et sourcils blonds, d’une constitution délicate, ayant les seins et les parties géni-

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