Legrand duSaulle, des hystériques, p
tomac, pais commence à vomir. Les vomissements deviennent de plus en plus fréquents et finissent par se produire à la moindre ingestion d’aliments. En même temps, on s’aperçut d'un affaiblissement progressif des membres inférieurs, qui va jusqu’à la paralysie presque absolue, au point de confiner le petit malade dans son lit.
La sensibilité s’est émoussée en même temps que la motilité diminuait, et l’anesthésie est complète aux membres inférieurs vers le mois de janvier 1878. La sensibilité de la région pharyngienne est aussi très obtuse. Pas de troubles visuels, ni de paralysie des muscles moteurs de l’œil.
L’amaigrissement est visible, mais pas très marqué. Uu jour, il est impossible de rien faire avaler à l’enfant. On pratique le cathétérisme œsophagien avec une certaine difficulté, on éprouve au passage de la sonde une sensation de constriction. Pendant trois mois, on est obligé d’alimenter le malade avec la sonde.
Tous les médicaments antispasmodiques sont essayés successivement sans succès : bromure de potassium, valerianates, etc... L’électricité ne produit aucune amélioration.
M. Charcot est appelé en consultation. Il remarque de suite le caractère particulièrement féminin de l’enfant qui portait une bague au doigt, aimait à se parer, à jouer à des jeux de petite fille. Il essaie de faire cesser les accidents par le sommeil hypnotique et la compression du testicule sans succès. Enfin il conseille de reprendre l’hydrothérapie qui avait été essayée inutilement, mais en la combinant avec l’isolement, loin de la famille.
L’enfant est transporté dans un établissement hydrothérapique, seul avec une domestique, et soumis à des douches froides violentes : le lendemain, il mangeait seul, remuait les jambes, se levait et manifestait le désirnle rentrer le jour même chez ses parents.
Depuis lors, les accidents paralytiques et spasmodiques ne se sont pas reproduits. Cependant la sensibilité pharyngienne est restée obtuse. On peut toucher l’épiglotte avec le doigt sans provoquer de réflexe.
Le caractère est toujours féminin et hystérique. L’enfant est très
intelligent, et il a tous les prix de sa classe; mais il est d’un caractère inégal et emporté, impressionnable à l’excès, il pleure facilement.
A côté des spasmes des voies digestives, il faut citer les spasmes des organes respiratoires. De ces spasmes résultent des bruits vocaux bizarres, aboiements, hurlements pouvant imiter une foule de cris d’animaux. D’autres fois ce sont des crises d’éternuement, de pleurs, de rires involontaires.
Le hoquet est très fréquent, les accès d’asthme plus rares que chez les adultes.
Une conséquence possible de ces spasmes, et très importante à signaler, ce sont les accès d’étouffement. Si en effet les contractions multiples et répétées se limitent aux constricteurs de la glotte, le résultat est une dyspnée intense, une angoisse terrible, et un observateur non prévenu pourrait penser au croup, et peut-être intervenir par une trachéotomie. Ces spasmes cependant ne sont pas dangereux, car lorsqu’ils sont assez rapprochés pour qu’il y ait menace d’asphyxie, celle-ci est toujours précédée d’une demi syncope pendant laquelle les muscles entrant en réso~. lulion l’air peut de nouveau pénétrer dans le conduit aérien. A ce moment, les spasmes peuvent reprendre pour aboutir bientôt à une nouvelle syncope, laquelle aura pour résultat une nouvelle rentrée d’air ; mais outre que ces accès ont rarement une intensité semblable, il est toujours facile, par
l’interrogatoire des personnes qui entourent le malade, de reconnaître la nature du mal et par suite son peu de gravité.
Quant à la toux hystérique, elle est extrêmement fréquente chez les enfants ; elle a les mêmes caractères que chez l’adulte, c’est-à-dire qu’elle est rauque, bruyante, sac-
cadée, l’inspiration qui suit la série de spasme constituant une quinte peut être bruyante comme dans la coqueluche, et il faut être prévenu de sa fréquence chez les jeunes hystériques pour éviter de la confondre avec cette maladie.
Les spasmes cardiaques ne sont pas rares chez les enfants hystériques. Presque tous, petites filles ou jeunes garçons, ont des palpitations de cœur sans qu’il y ait pour cela de lésion valvulaire. Gomme chez les adultes, on peut observer chez ces enfants des spasmes du col vésical, du sphincter, de l’anus ou du constricteur de la vulve, mais ces derniers sont beaucoup plus rares dans le jeune âge que ceux dont nous venons de nous occuper.
Contractures. — Les contractures hystériques qui surviennent chez les enfants sont de deux sortes. Elles frappent un ou plusieurs membres ou seulement un groupe musculaire.
Dans le premier cas, quel que soit le type qu’elles révèlent, elles offrent un certain nombre de caractères communs que nous allons passer en revue.
Leur mode de début varie. Un caractère général cependant domine toujours l’invasion : c’est la brusquerie, la rapidité, la soudaineté. La seule chose qui différencie leur apparition c’est qu’elles surviennent tantôt après une attaque, tantôt au milieu d’une santé parfaite, et alors c’est souvent une émotion vive, une frayeur, un traumatisme qui est la circonstance déterminante de leur apparition.
Nous avons vu que dans la première période de l’attaque il y avait souvent des contractures ; elles persistaient quelquefois pendant la phase de résolution de la période épileptoïde. Elles peuvent se maintenir pendant toute la
durée de l’atlaque, et lorsque l’enfant reprend connaissance, la crise finie, on peut voir la contracture subsister. Dès lors elle est établie et peut durer plus ou moins longtemps.
Elles sont quelquefois douloureuses, même lorsque les malades observent, à l’égard du membre frappé, la plus parfaite immobilité. Ces douleurs spontanées peuvent être très vives et nécessiter des interventions chirurgicales. La peau du membre qui est envahi par la contracture est le plus souvent frappé d’anesthésie, quelquefois cependant, c’est l’hyperalgésie que l’on y rencontre. Dans d’autres circonstances, la sensibilité est intacte. Ces considérations sur les troubles sensitifs qui accompagnent les contractures ne sont pas sans importance. Nous avons vu plus haut que certains agents appelés esthésiogènes étaient susceptibles de ramener après plusieurs oscillations la sensibilité perdue dans une moitié du corps. Certaines contractures sont sensibles aux mêmes agents. Sous l’influence d’un aimant, par exemple, on voit la contracture d’un bras, je suppose, passer au bras du côté opposé, puis revenir au côté primitivement envahi, pour retourner à l’autre et ainsi de suite un grand nombre de fois. En prolongeant suffisamment l’expérience, on voit la contracture disparaître après un nombre plus ou moins considérable de ces transferts.
Mais ces faits ne sont applicables qu’à un certain nombre de contractures. Les autres restent complètement indifférentes aux agents esthésiogènes. Les premières sont celles qui s’accompagnent de troubles de sensibilité. Dans toute contracture avec hypéralgésie ou anesthésie, il faut essayer les agents esthésiogènes, électricité, aimants, métaux. Près-
que toujours ils agiront avec succès sur elle. Si au contraire Ja contracture est isolée sans troubles sensitifs, il est fort à craindre que les agents eslhésiogènes restent sans action sur elle.
La forme de la contracture hystérique infantile n’est, pas plus que celle de l’adulte, livrée au hasard. Quand elle affecte le membre supérieur, c’est presque toujours le type de flexion qui domine. L’avanl-bras est fléchi sur le bras, la main sur l’avant-bras, les doigts dans la paume de la main. Au membre inférieur, au contraire, le type d’extension est le plus fréquent. La jambe est étendue sur la cuisse ; le pied est dans l’attitude du pied-bot, varices.
Voilà les caractères communs à toutes les contractures quelque soit leur siège ; voici leur mode de distribution le plus habituel.
Tout un côté du corps peut être envahi à la fois : c’est la forme hémiplégique.
Dans la forme paraplégique les deux jambes sont prises en même temps. Dans ce cas, les deux membres inférieurs sont immobilisés dans l’attitude que nous avons décrite plus haut, et en même temps les deux cuisses sont accolées l’une contre l’autre dans une adduction forcée, les genoux se touchent et il est impossible de les écarter l'un de l’autre. Très rarement, dans la contracture à forme paraplégique, on voit se réaliser le type de flexion dans lequel les cuisses sont fléchies sur le bassin, les jambes sur les cuisses, les genoux touchant presque le menton.
Les deux bras peuvent être pris comme les deux jambes, ou un seul bras ou une seule jambe. Dans ces deux derniers cas, c’est au type monoplégique que l’on a affaire.
C’est surtout à cette dernière variété que se rattachent les contractures consécutives au traumatisme. On voit souvent, à la suite d’un traumatisme chirurgical ou accidentel, même très léger, une contracture apparaître dans le membre froissé ou blessé, et s’y établir quelquefois avec une étonnante facilité. Il y a là ce que M. Charcot a appelé de la diathèse de contracture. La moelle paraît être dans un état de suractivité telle que là où un choc ordinaire aurait simplement produit une contraction réflexe, il produit chez le jeune sujet prédisposé une contracture permanente.
Ce qui semble vérifier la justesse de cette hypothèse, c’est que si l’on examine les réflexes tendineux chez un sujet atteint on les trouve toujours extrêmement amplifiés. Il y a là une exagération manifeste de toutes les actions dynamiques de la moelle qui ne demande que le plus léger prétexte pour entrer en réaction d’une manière disproportionnée avec l’excitation initiale. Du reste, l’exagération des réflexes et presque la règle chez les hystériques. Voici entre autres une observation où cette hyperexcitabilité est très nette.
Observation XX
Hystérie chez un enfant de 14 ans. - Attaques, troubles de sensibilité. — Point hystérogène. — Rétrécissement du champ visuel (1).
ElisaF. 14 ans, non réglée,
Antécédents héréditaires. — Père bien portant, mais très nerveux, n’a jamais eu d'attaques. Mère bien portante.