‹ De l'Hystérie chez les enfantsChapitre 27 sur 34 · Recueillie par M. Parinaud · texte numérisé non relu

Recueillie par M. Parinaud

plis propres aux spasmes de l’orbiculaire, les clignements sont peu fréquents. Lorsqu’on commande à la malade d’ouvrir l’œil, le muscle frontal se contracte énergiquement, mais la paupière n’exécute aucnn mouvement. Toutefois si l’on relève la paupière avec le doigt, elle retombe plus brusquement que dans le ptosis paralytique, il y a en outre de la photophobie et dans le demi-jour, la malade relève plus facilement la paupière, particularités qui ne sont pas propres au ptosis paralytique.

Cet œil est en outre amblyope S = V 7 .

Il est strabique depuis longtemps, du fait d’une hypermétropie : il n’est pas possible de dire si l’affaiblissement de l’acuité visuelle est d’origine récente, mais il existe un rétrécissement assez prononcé du champ visuel. Toutes les couleurs sont reconnues — Le fond de l’œil est normal.

L’exploration de la sensibilité cutanée ne donne pas de renseignements précis. Tantôt les excitations sont moins bien senties du côté droit, tantôt elles sont plus douloureuses.

Depuis deux mois la malade éprouve de l’engourdissement dans le bras droit, ainsi que des douleurs dans la région iliaque droite, douleurs qui s’irradient dans la cuisse du même côté. Elle n’a jamais boîté. Elle n’écrit plus avec la même facilité, elle éprouve parfois de la difficulté à détacher ses doigts du porte-plume.

L’état de la malade reste stationnaire pendant une dizaine de jours, puis la douleur de la hanche s’exagère et la malade cesse de venir à la clinique pendant un an environ.

Dans cet intervalle, elle a boîté.

Antérieurement à ce premier examen, à la suite d’une chute, elle a éprouvé dans le bras droit des accidents sur la nature desquels la mère est très diffuse. Elle parle de luxation, d’entorse, mais il est probable qu’on a eu là affaire à de la contracture. Les doigts sont / restés cinq à six semaines fléchis.

La malade revient à la clinique le 19 novembre. 1882.

On constate dans le même œil droit un blépharospasme caractéristique, avec .photophobie et douleurs péri-orbitaires. Le champ

visuel est notablement rétréci pour le blanc et les couleurs. L'acuité visuelle est meilleure qu’au moment du premier examen S= 1/3, au lieu de 1/7. La lésion oculaire est manifestement de nature hystérique.

Le blépharospasme cesse spontanément le 23 novembre. A cette époque on constate une ovarile droite avec hyperesthésie du cuir chevelu à droite.

Il est assez rare que les fibres musculaires annexées aux fonctions de la vie organique soient envahies par la paralysie ; cependant, les tuniques musculaires de l’intestin sont quelquefois atteintes. Alors on voit survenir un gonflement anormal de l’abdomen : on constate une tumeur sonore comme dans les cas de tympanite par spasme musculaire ; ici c’est le manque de tonicité des tuniques qui permet aux gaz accumulés dans l’intestin de les distendre, donnant lieu ainsi à une tympanite par paralysie comme nous avions tout à l’heure une tympanite par spasme. Le résultat définitif est le même, le mécanisme seul diffère. Seulement chez les jeunes hystériques cette lésion est extrêmement fréquente et on la rencontre chez presque tous.

Les fibres de l’intestin et du rectum peuvent perdre, elles aussi, leur contractilité. Ces cas sont beaucoup plus rares.

Quant aux muscles striés de la vie organique, le diaphragme, les muscles du larynx, ils sont quelquefois pris, les derniers surtout. Ils déterminent alors chez les petits malades une aphonie qui apparaît brusquement et dont nous avons signalé plusieurs cas dans nos observations.

Ces troubles de la parole nous conduisent à dire un mot de l’aphasie hystérique infantile. Nous en avons vu un cas dans le service de M. Charcot, à la Salpêtrière. Celte variété

Rétrécissement concentrique du champ visuel

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Rétrécissement concentrique du champ visuel

d’aphasie avait du reste été signalée chez l’adulte. Elle consiste dans la perte totale ou partielle de la faculté cérébrale du langage apparaissant brusquement et sans cause, on la voit un beau jour disparaître tout d’un coup après être quelquefois restée très longtemps dans le statu quo.

Voici l'histoire d’une malade qui fut atteinte d’aphasie hystérique qui guérit spontanément.

Observation XXII

Hystérie chez une enfant de H ans. — Attaques. — Aphasie hystérique. — Rétrécissement considérable du champ visuel.

Marie Dig..., âgée de 11 ans, entre le 21 avril 1885 dans le service de M. le professeur Charcot, salle Duchenne (Boulogne).

Antécédents héréditaires. — Le père a en des convulsions en étant tout jeune. Jusqu’à l’âge de 13 ans, il laissait tomber fréquemment les objets qu’il tenait dans ses mains en faisant entendre l’interjection ah ! en même temps qu’il exécutait un léger saut. Frère de son grandpère hémiplégique ; mère bien portante ; cousine maternelle folle — elle fut longtemps dans un asile d’aliénés; — frère, 20an=, convulsions à l’époque de la dentition. Il a des tics.

Antécédents personnels. — Sa mère dit à deux ou trois reprises que la malade n’a pas eu de convulsions pour ses dents, mais qu’à peine l’intelligence de sa petite fille s’éveillait-elle qu’elle pleurait déjà sans grand motif. Rougeole à 4 ans ; scarlatine à 9 ans et demi. Ni l’un ni l’autre de ces exanthèmes fébriles n’ont provoqué de phénomènes nerveux extraordinaires. Notre petite malade, qui a un caractère taquin, a été, aux derniers jours de novembre passé, suivie par un chien griffon qui, ayant mordu son carton, lui causa une grande peur. A ce moment elle s’est mise à crier : « Maman, il me regarde! » sans pouvoir se sauver. Une vingtaine de jours après, elle a eu une sensation de malaise, d’oppression et de serrement à la poi- Peugniez 16

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trine accompagnée d’hallucinations dans lesquelles elle voyait de gros chiens rouges ou gris qui hurlaient. Elle a vu sur un petit espace sept cents chiens parmi lesquels des animaux h tête d’homme, et a eu des convulsions. Quand, en dehors de ses crises, on déchirait par hasard un linge ou on faisait grincer quelque instrument de cuisine, elle avait des tressaillements et se retournait en frissonnant - ce qui commence à influencer le moral de son frère.

L’étouffement et les convulsions, médiocres ,du reste de décembre, continuent à se manifester en janvier 1885.

Au commencement du mois suivant, ses crises augmentent dans leur intensité : la malade perdant connaissance quatre minutes au plus et les convulsions étant plus inquiétantes pour la famille ; les choses en étaient là, lorsqu’à la fin de février, aux troubles susdits vint s’ajouter une contracture des muscles du bras et de 1 avant bras, qui se mettait en pronation forcée et des muscles du cou qui faisait dévier un peu la tête à droite ou à gauche ; la malade toussait pendant la crise. . , .

Alors elle parlait encore, mais de plus en plus bas, sa voix s affaiblisssant graduellement, jusqu’au commencement de mars, elle devint tout à coup aphasique, mais non aphone, car depuis ce moment jusqu’à son admission elle prononçait quelques bouts de phrases : « Ah . maman je.... pas, etc. » comme font les aphasiques ordinaires.

Etat actuel (24 avril). — Sensibilité cutanée. - Les plaques, insensibles à ’a piqûre et au pincement, qu’on constatait il y a trois

iours sur différents endroits du corps, sont à présent moins nombreuses

et peut-être plus étendues; un morceau de glace promené sur la peau montre que le trouble thermique est plus régulier: elle le sent nota, blement moins à gauche et en avant qu’à droite.

Ovarite droite.

Sens musculuaire affaibli dans les membres droits.

Dynamomètre 10, à droite; 20 » gaocto. Reüeics terrdineax presque normaux.

S ms spèciaux. — L’aloès ne lui cause aucun goût désagréable, l’odeur du vinaigre est confondue avec celle d’autres substance*.

Moistfe entendue à peu près bien des deux côtés ; le champ visuel est tellemement rétréci que la malade est âchromatopsique.

M lle Dig..., qui présente le type de l'aphasie décrit par Broca, répond très bien aux questions par écrit, a une mimique vive.

Elle peut dire: a — o, — mais non e — i — u ; la langue ne peut être tirée d’elle-même, sa pointe est arrêtée derrière les dents, mais lorsqu’avec le doigt on soulève assez l’organe pour qu’il dépasse l’arcade dentaire elle peut le maintenir tiré et la pointe en est déviée à droite et portée vers le bas. La langue a une consistance ferme et est comme contracturée. Lorsqu'on déshabille la malade, elle fait des interjections modulées: ah-oh, etc.

M. Charcot lui écrit la question : « Dis-moi ce que tu veux. » Une poupée qui dise papa, maman ; elle m’apprendra à parler, » a été sa réponse faite avec la netteté désirable.

Description d'une de ces attaques. — La jeune Dig.., une demiheure environ avant d’être prise d’une attaque, devient inquèle, ne fait pas attention à ce qu’on peut lui dire, perd un peu le contrôle ordinaire sur soi-même et sur certains actes réciproques envers ses compagnes de salle, sa figure pâlit et rougit par petites zones et à peu près simultanément, enfin elle a des sortes d’absences : on la couche et, après avoir fait entendre un nombre variable de grognements, elle jette, sans violence, ses membres d’un côté et d’autre, se tourne plusieurs fois sur elle-même en faisant en même temps quelques culbutes espacées ou quelques salutations à peine esquissées, sourit d’une manière saccadée et prononce quelques phrases interrompues : — « Oh ! il est... est rouge; ne mordra-t-il pas? »

Ces phénomènes ne sont pas longs à finir, en sorte qu’au bout d’une vingtaine de minutes elle commence à recouvrer sa connaissance, mais ne répond pas aux questions ; seulement, si on lui demande, par écrit, quelle espèce de chien elle a vu, elle se montre surprise et croit à une plaisanterie.

Le 11 mai, vers 40 heures du malin, une dispute s’étant engagée entre quelques malades, notre petite malade en a été tellement saisie, qu’elle se met à courir en poussant des hurlements, cherche à se ca-

cher dans les vêtements d’autres personnes, et, tout ahurie, elle dit :

« méchante! J’ai peur! » À partir de ce moment, son vocabulaire s’accroît rapidement, et, au bout de quelques jours, elle cause suffisamment avec ses voisines, qui cherchent h la faire parler.

Nouvel examen pratiqué par M. Parinaud, trois jours après l’accident On constate l’absence du violet et du vert du côté gauche et un simple rétrécissement pour le champ visuel du côté droit, sans dyschromatopsie.

La malade, soumise dès son entrée h la franklinisation, 1 est encore jusqu’à sa sortie; elle a fait usage'des pilules de Rabuteau et de quelques douches, sans parler de l’isolement d’avec les siens — condition très importante, conseillée toujours par M. Charcot.

Exeat. — Presque complètement guérie (1).

Un caraclère commun à tous ces troubles paralytiques, commun également, du reste, aux contractures, c’est la faculté avec laquelle ils se déplacent, quittant un groupe musculaire pour en frapper un autre. Après être restés des mois entiers immobilisés sur un membre, on les voit tout à coup l’abandonner pour aller s’implanter sur le membre du côté opposé ou sur un groupe musculaire plus éloigné ; ce qui les distingue encore, et ce qui fait bien ressortir leur nature hystérique, c’est la soudaineté de leur apparition, la brusquerie de leur disparition. Us empruntent à la grande névrose son cachet dominant de variabilité et d’inconstance et cette brusquerie d'allures, cette diversité de symptômes même en fait un caractère de plus, aidant à prouver que l’hystérie est toujours une et identique à elle-même, rien n’étant si constant que son instabilité.

On doit ranger dans l’élude de ces spasmes une mala-

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